"Il faut une réforme systémique"

Publié le 22/06/2009

Direct Matin Plus publie sous ce titre une interview de Jean-Louis Malys sur l'avenir du système de retraite, dans son édition du 22 juin 2009.

Le débat sur l’allongement de l’âge de départ à la retraite a été relancé par le gouvernement. Etes-vous prêts à en discuter ?

On a l’impression que le gouvernement fait du zapping politique et des annonces à contretemps. Tel qu’il est posé, le débat ne va pas au fond. Le débat sur la vie après 60 ans est nécessaire, mais il ne doit pas être instrumentalisé pour éviter celui sur la crise. Il y a eu, la semaine dernière, l’annonce du déficit impressionnant de la Sécurité sociale, plus de 20 milliards d’euros. La principale raison de la dégradation des comptes, c’est la crise et le taux de chômage en pleine augmentation. Ce qui se traduit par une moindre rentrée de cotisations et l’augmentation des dépenses, et par un taux d’emploi des seniors de plus en plus faible.

Cela signifie-t-il qu’il ne faut pas parler des retraites aujourd’hui ?

Un débat est prévu en 2010 entre les partenaires sociaux et le gouvernement, suite à la remise d’un rapport du Conseil d’orientation des retraites. Mais on ne pense pas, à la CFDT, que la question centrale des prochains mois, et même de l’année prochaine, soit celle des retraites. L’urgence, c’est de traiter la crise et de préparer la sortie de crise. Le dossier des retraites est de plus très anxiogène. A chaque fois que l’on annonce des mesures, les salariés se précipitent pour savoir quand ils pourront partir, avec la peur que les conditions soient plus défavorables après une éventuelle réforme.

La CFDT est favorable à une réforme du système. Pourquoi ne pas la faire ?

Il faut regarder ce dossier avec rigueur et nous pensons qu’il faut une réforme systémique. Il existe des problèmes structurels même si, ces dernières années, suite aux réformes de 1993 et de 2003, beaucoup d’efforts ont été consentis par les retraités et les futurs retraités. Mais on ne peut se contenter d’une réforme qui joue sur les paramètres, durée de cotisations, âge de départ à la retraite, montant des cotisations et niveau des pensions. Tous ces paramètres sont secoués par la crise. Il faut discuter du système lui-même et notamment de la nécessité pour la société de contribuer au financement des retraites. Mais, pour la CFDT, il y a deux préalables : les questions de la pénibilité et de l’emploi des seniors. Sur le premier dossier, la négociation avec le Medef a échoué, de son fait, sur la question de la réparation pour les salariés qui font des travaux pénibles. Quant à l’emploi des seniors, s’il ne progresse pas, aucune réforme ne sera efficace.

Propos recueillis par R. Bx.