"Il faut recentrer le travail des agents de Pôle emploi sur l'accompagnement des chômeurs"

Publié le 30/01/2012 à 00H00
Retrouvez l'intégralité du chat de Gaby Bonnand, président CFDT de l'Unedic, avec les internautes du monde.fr, le 26 janvier 2012.
Guest : Comment jugez-vous globalement le résultat de la fusion Pôle emploi-Unedic et l'état de Pôle emploi aujourd'hui ?

D'une manière générale, cette fusion a été précipitée dans sa mise en œuvre. Par ailleurs, le nouvel organisme a été confronté à une hausse importante du nombre de chômeurs en 2009. Il a été déstabilisé dans son organisation. Cela a conduit à faire de Pôle emploi un outil davantage centré sur le contrôle et le suivi que sur l'accompagnement des demandeurs d'emploi.

Bernard : Combien faudrait-il de personnes supplémentaires à Pôle emploi pour faire face à la hausse du chômage ?

La question n'est pas simplement mathématique. Il faut certes des moyens supplémentaires, c'est évident. Mais il faut également recentrer le travail de des agents de Pôle emploi sur l'accompagnement à la qualification et à la formation de ceux qui sont aujourd'hui le plus éloignés du marché du travail.
On a trop souvent tendance à penser – du moins dans l'expression publique des politiques ou des responsables économiques – que la résorption du chômage passera par Pôle emploi. Pourtant, l'évolution du nombre de demandeurs d'emploi est surtout corrélée à celle de la croissance. Or celle-ci est aujourd'hui en berne.

Ce qui veut dire qu'au moment où l'augmentation du nombre de salariés à Pôle emploi est décidée, il faut aussi agir sur trois autres niveaux pour sortir de la spirale dans laquelle nous sommes. D'abord, les entreprises doivent mieux former les salariés; ensuite, les politiques publiques doivent arrêter de subventionner le travail des personnels qualifiés ; enfin, Pôle emploi doit participer à la formation de ceux qui sont les plus exclus du marché du travail.
 
Guest : Combien de chômeurs chaque agent de Pôle emploi doit-il actuellement suivre ?

Si l'on fait le ratio entre ceux qui sont directement assignés à des tâches d'accompagnement avec le nombre total de chômeurs, le chiffre varie entre 150 et 350, voire plus suivant les agences et les bassins. Or, les demandeurs d'emploi n'ont pas tous les mêmes besoins. C'est la raison pour laquelle nous avons insisté dans la convention entre l'Etat, l'Unedic et Pôle emploi pour que le moment de l'inscription soit l'occasion d'un véritable diagnostic. Et pour qu'à partir de là on mette en place des parcours d'accompagnement en fonction de la situation spécifique de chacun.

Michèle : Comment expliquer la difficulté à communiquer de Pôle emploi ? Autrefois les agences etaient pleines et vivantes, les personnels disponibles et attentifs; aujourd'hui, on ressent une certaine distance.

Il ne faut pas généraliser. Mais il est vrai que l'accueil des demandeurs d'emploi dans certaines agences n'est pas au niveau espéré. La volonté de centraliser et de segmenter les tâches a provoqué une perte de sens du travail des personnels de Pôle emploi – j'ai pu l'observer lors de tournées que j'ai relaté dans mon livre 'Pôle emploi: de quoi j'me mêle'. Cela a eu des conséquences sur le service rendu aux chômeurs.
 
J Eymery : Pôle emploi a-t-il pour fonction de faire disparaitre les chômeurs des statistiques ou est il là pour permettre de retrouver un travail?

Pôle emploi est chargé de faciliter le retour sur le marché du travail ; sa tâche n'est pas de faire disparaître les chômeurs des listes des statistiques. Mais il est vrai qu'il ne créera pas ces emplois. Son action porte sur l'accompagnement des chômeurs vers plus de qualification, d'employabilité, de formation... ; sur tout ce qui peut permettre aux demandeurs d'emploi d'être plus réactifs dans un marché du travail très mobile.

Grogro : Les agents du Pôle emploi semblent démunis face à de jeunes diplômés pourtant de plus en plus nombreux. Un accompagnement plus adapté est-il envisagé ?

En effet Pôle emploi n'est pas toujours adapté à la situations des diplômés. Toutefois, son organisation permet de gérer aussi leur cas de puisqu'il y a des agences spécialisées pour l'encadrement.

Plop : Comment expliquer que des réunions de présentation des services de Pôle Emploi et des droits et obligations des demandeurs d'emploi soient parfois animées par des intervenants externes. Sont-ils vraiment les mieux placer pour cela ?

Etant au conseil d'administration de Pôle emploi depuis 2009, j'ai été, avec d'autres administrateurs, amené à intervenir sur cette question car j'ai constaté que l'évaluation des prestataires extérieurs auxquels fait appel Pôle emploi n'est pas suffisante. Je ne suis pas défavorable à une telle externalisation mais trop de missions ont été sous-traitées pour des raisons, au départ, budgétaires. D'autant qu'il n'est pas sûr que les services ainsi rendus soient en définitive moins coûteux. Enfin la question de l'efficacité ces prestataires se pose. J'estime que les missions essentielles d'accompagnement, d'information qui concernent les droit des chômeurs et les services auxquels ils peuvent avoir accès doivent être réalisées par des agents de Pôle emploi.

Seb : Pourquoi ne pas renforcer les moyens des cotraitants de Pôle emploi comme les missions locales ou ils existe un réel accompagnement du demandeur pour un coût divisé par deux ?

Le conventionnement que Pôle emploi réalise avec les missions locales ou avec d'autres prestataires doit se faire sur des bases claires avec des objectifs précis. Il faut comparer que ce qui est comparable. Je ne sais pas sur quoi s'appuie ceux qui assurent que les prestations des missions locales coûtent moitié moins cher que ce que fait Pôle emploi. Les tâches des missions locales et de Pôle emploi sont très complémentaires. Les premières sont spécialisées dans l'accompagnement d'un public spécifique – les plus jeunes – et elles ont besoin du second pour un certain nombre de dispositifs, de formations, de qualifications. Quand on ramène la totalité du coût de cet accompagnement, il semble difficile de dire que la prestation des missions locales est à moitié prix.

Jason : Quelles actions Pôle emploi peut-il mener en faveur des plus âgés des demandeurs d'emploi ?

Le nombre de chômeurs de plus de 50 ans est en effet en forte hausse (+16 % sur un an). Les entreprises licencient ou parviennent à se séparer par d'autres moyens des salariés les plus âgés qui n'ont pas toujours eu, dans leur carrière, les formations qui leur aurait permis de rebondir. Par ailleurs, les employeurs conservent de fortes réticences à embaucher des personnes de plus de 50 ans. D'un côté donc on licencie les seniors sans qualification; de l'autre, les entreprises ne recrutent plus après un certain âge. Dans ces conditions, quelle peut être la responsabilité de Pôle emploi ? Elle doit se situer dans un travail plus précis, plus partenarial avec les branches professionnelles qui sont aujourd'hui invitées à négocier sur l'embauche et le maintien des seniors dans l'emploi. C'est ce travail plus rapproché qui doit donner des perspectives à Pôle emploi dans son accompagnement des seniors.

Ideophage : Les conseillers de Pôle emploi connaissent-ils bien les divers dispositifs d'aide au retour à l'emploi dont pourraient bénéficier un éventuel employeur?

Il y a une difficulté. Dans le cadre des contrats aidés, par exemple, les conditions pour un recrutement sont en permanence en train de changer. Sur le plan du nombre, il y a eu à la fois des budgets prévus pour ce type de contrat qui ont fait l'objet ensuite de réductions. Les agences de Pôle emploi se sont engagées auprès de collectivités locales ou d'associations pour dire qu'elles pouvaient prétendre à recruter dans ce cadre-là. Les conditions ayant changé, Pôle emploi se trouve parfois dans l'obligation de dire qu'elles n'y ont plus droit. En fait, les agents de Pôle emploi sont souvent confrontés à des politiques de yo-yo de la part des pouvoirs publics.

Billaud : L'annonce faite par Nicolas Sarkozy d'embaucher 1 000 contrats à durée déterminée (CDD) chez Pôle Emploi sera-elle vite réalisée ?

Cette annonce a été confirmée par le ministère du travail. Toutefois, c'est insuffisant. Et quoi qu'il en soit, il ne serait pas très sérieux de positionner des CDD en situation d'accueil et d'accompagnement de chômeurs. Si l'on veut être sérieux et en phase avec les engagements pris par l'Etat, l'Unedic et Pôle emploi dans la convention qu'ils viennent de signer, nous ne pouvons pas considérer que l'accompagnement soit une chose ponctuelle. Il y faut de la durée ; et donc des agents qui aient une connaissance de la réalité du bassin d'emploi dans lequel ils travaillent. Il faut qu'ils soient capables de donner des informations sur les dispositifs existants. Mettre des CDD en position d'accueil des chômeurs ne va pas dans le sens des engagements pris. A titre d'exemple, en 2009-2010, 1 500 CDD avaient été recrutés. Dans certaines agences, les directions avaient engagé des plans de formation à destination de ces salariés. Une fois devenus compétents, l'Etat a décidé de supprimer tous ces postes en CDD.

J Eymery : A combien estimez vous le nombre de demandeurs d'emploi en fin de droit ?
Le nombre de chômeurs indemnisés est aujourd'hi de 2,4 millions.
 
Libellule : Ne faudrait-il pas plafonner les indemnités de chômage quand on voit que certains peuvent vivre pendant deux ans avec plusieurs milliers d'euros sans la moindre contrainte ?

L'assurance-chômage est, de fait, un régime assurantiel. Si on allait dans le sens d'un abaissement du plafond des indemnités, la question se poserait de baisser aussi celui du salaire sur lequel les salariés cotisent. Et il est probable, et mêmecertain que le régime se trouverait alors mis en difficulté. J'ajouterai que la grande majorité des demandeurs d'emploi avaient un salaire mensuel net de moins de 2 000 euros par mois. Pour autant, ceux qui ont des rémunérations supérieures cotisent à l'assurance-chômage ; baisser leurs cotisations aurait pour conséquence de baisser les recettes.

Alain : La complexité de la réglementation rend la tâche des agents de Pôle emploi de plus en plus difficile. Ne conviendrait-il pas de la simplifier ?

La réglementation de l'assurance-chômage est en effet complexe du fait même de la complexité du marché du travail. La règle d'indemnisation n'est pas très compliquée pour un salarié qui est licencié après quinze ans d'entreprise ; il a alors droit à 24 mois d'indemnités s'il a moins de 50 ans et à 36 mois s'il a plus de 50 ans. Par contre, pour un salarié qui enchaîne un CDD court, suivi d'un temps partiel, suivi d'une période de chômage, et encore un contrat, jusqu'à avoir plusieurs employeurs, cela nécessite pour l'agent de Pôle emploi de prendre en compte toute cette complexité. Ce qui est difficile, c'est moins la réglementation que la galère dans laquelle se trouve la personne qui enchaîne tous ces contrats.

Lili : Pourquoi n'avez-vous rien pu faire en tant que président l'Unedic contre la coupe des moyens de Pôle emploi ?

Pôle emploi est financé au deux tiers par l'Unedic, et à un tiers par l'Etat. L'Unedic n'a pas baissé sa dotation qui a même augmenté. Dans le même temps, l'Etat, dans le budget 2011, a décidé dans le cadre de la loi de finances, de baisser la sienne. Or, la loi de finances est du ressort de la représentation nationale. Ce sont donc les députés qui ont pris la décision de baisser les moyens de Pôle emploi en 2011.

Chat modéré par Jean-Baptiste Chastang