"Il faut protéger le modèle social français"

Publié le 31/01/2012 à 00H00
Dans une interview accordée au Journal de l'Île de la Réunion, François Chérèque exprime son inquiétude sur le financement de la protection sociale en France et plaide pour un nouveau modèle économique dans les Dom.

Vous avez jugé utiles les quelques mesures issues du sommet social. Sont-elles de nature, comme l’affirme le gouvernement, à avoir des effets immédiats sur le chômage ? 

François Chérèque - Malheureusement, je ne le crois pas. Parmi les options retenues par le gouvernement, certaines mesures seront utiles. Notamment celles sur le chômage partiel : le dispositif sera simplifié, 100 millions d’euros supplémentaires y seront affectés. Les effectifs de Pôle emploi augmenteront de 1 000 postes (la CFDT en demandait le double). Malgré cela, notre inquiétude persiste sur le financement de la protection sociale. La CFDT reste opposée à la mise en place de la TVA sociale. Une réflexion plus globale sur le financement de la protection sociale est nécessaire. Elle doit notamment avoir lieu au sein du Haut conseil pour le financement de la protection sociale.

Le sommet du 18 janvier a évacué le débat sur le financement de la protection sociale. En quoi la hausse de la CSG que vous préconisez est-elle forcément plus efficace qu’une revalorisation de la TVA à laquelle vous êtes hostile ? 

La TVA affecte proportionnellement plus les salariés aux bas revenus, qui n’ont pas les moyens d’épargner et dont une grande partie du salaire est consacrée aux dépenses de la vie courante. Une hausse de la CSG serait plus juste car elle porterait également sur les revenus hors salaire, notamment ceux du capital. En baissant les charges salariales et en compensant la hausse de la CSG par une hausse des salaires, on pourrait créer un vrai choc de compétitivité. La CFDT demande que le Haut conseil pour le financement de la protection sociale, qui se met en place, puisse étudier cette question.

Les premiers éléments des programmes des candidats sont-ils de nature à vous rassurer, ou vous-inquiètent-ils au contraire ?

La campagne tarde à aborder les sujets de fond. Les salariés doutent de la capacité des candidats à répondre à leurs problèmes, notamment en matière d’emploi et de pouvoir d’achat. Si nous n’abordons pas les vrais sujets, l’extrême droite en profitera. Les vrais sujets, c’est-à-dire l’Europe, l’avenir de l’industrie, la compétitivité, la réduction des inégalités…

Comment la CFDT entend-elle peser sur la campagne présidentielle ? 

La CFDT s’attachera à interpeller les candidats, donner des clés de lecture à ses adhérents, tout en respectant leurs choix politiques, et s’engagera pour que les citoyens votent. Aux candidats, nous allons présenter les attentes de la CFDT sur la réduction des inégalités, les grands défis économiques et sociaux et sur la place de la démocratie sociale.

L’UMP reproche aux leaders syndicaux d’avoir perdu leur neutralité au cours de cette campagne et de pilonner le bilan de Nicolas Sarkozy. Vous êtes d’accord avec ce jugement ?

Non, je ne suis pas d’accord avec cette analyse. La CFDT est attachée à son autonomie vis-à-vis du politique. Elle ne s’engagera en faveur d’aucun candidat.

L’agence S&P a retiré à la France son triple A. Le modèle social français (allocation chômage, minima sociaux, régimes de retraite...) résistera encore longtemps à la crise ?

Il est nécessaire de protéger notre modèle social sinon les plus modestes seront encore les premières victimes. Nous avons les moyens de faire des économies sur d’autres dépenses et d’avoir une fiscalité plus juste pour protéger ce modèle social.

De nombreux pays européens comme la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal... n’ont pas hésité à tailler dans les dépenses sociales. La France est-elle condamnée à les imiter ou pas ?

Je le répète, non. La France a les moyens de faire d’autres choix également en rendant notre économie plus compétitive en augmentant nos moyens en recherche et développement et en améliorant la qualification des salariés, en particuliers les plus jeunes.