"Il faut créer un fonds social pour l'emploi des jeunes"

Publié le 11/02/2011 à 00H00
Dans une interview aux Echos, en date du 8 février 2011, Laurent Berger fait le point sur les revendications CFDT pour l'emploi des jeunes au moment de l'ouverture de la négociation.

Quel objectif se fixe la CFDT dans la négociation qui démarre aujourd'hui ?

Nous devons trouver des réponses rapides à une urgence conjoncturelle. La crise a décuplé les problèmes d'emploi que rencontrent les jeunes. Vous avez près de 1 million de moins de 30 ans actuellement au chômage, dont 4 sur 10 depuis plus d'un an. Ce sont aussi les jeunes qui subissent le plus la flexibilité du marché du travail. Cela dit, le dossier n'est pas le plus facile : cela fait plus de trente ans que l'emploi des jeunes est un problème en France. On ne le réglera pas d'un coup de baguette magique.

Ne craignez-vous pas que le résultat des discussions ne soit pas à la hauteur des enjeux et des attentes ?

Des mesures sur le logement ou les transports ne sont pas anecdotiques. Elles sont nécessaires pour aider les jeunes à s'insérer sur le marché du travail. Nous défendons notamment l'idée d'utiliser le 1 % logement via Action logement pour construire 15.000 logements destinés aux moins de 30 ans. Mais la négociation ne doit pas se limiter à ces sujets. Nous devons réfléchir plus globalement à la place que le marché du travail fait aux jeunes. Nous regrettons la frilosité des entreprises vis-à-vis de la jeunesse. Elles recherchent des moutons à cinq pattes, diplômés avec expérience. Il n'est pas acceptable qu'elles renvoient la plupart des jeunes à la précarité.

Que proposez-vous ?

Il faut d'abord renforcer l'accompagnement des jeunes demandeurs d'emploi, et pas seulement ceux indemnisés par l'Unedic, car trop sont enfermés dans le chômage. La CFDT propose en outre de créer un fonds social pour l'emploi des jeunes, alimenté par le Fonds paritaire de sécurisation des parcours et l'Unedic ainsi que l'Etat, mais aussi les entreprises. Il pourrait permettre de développer l'embauche de jeunes dans les filières industrielles stratégiques, aider au financement de formations ou d'un accompagnement renforcé. Par ailleurs, on pourrait réfléchir à des dispositifs de pré-embauche pendant les études. Enfin, lors de cette négociation, nous devons traiter des stages pour lutter contre les abus.

Que peuvent faire les partenaires sociaux sur l'alternance ?

Nous jouons un rôle moteur sur les contrats de professionnalisation. Le patronat doit prendre un engagement chiffré en la matière. En outre, il faut recentrer ces formations sur les jeunes les plus en difficulté. Au moins 60 % devraient être ciblés sur des jeunes demandeurs d'emploi et 50 % sur ceux qui sont peu ou pas qualifiés. Nous devons aussi améliorer la qualité des formations en alternance en construisant un cahier des charges.

Propos recueillis par Leïla de Comarmond