"Il faut consolider le socle social de l'Union"

Publié le 16/04/2010 à 00H00
Le Monde publie sous ce titre une tribune de Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la CFDT et Gabriele Bishoff, responsable à la Confédération des syndicats allemands (DGB).

L'Union européenne se veut la 'réunion toujours plus étroite des peuples' tout en respectant la diversité des cultures et des histoires nationales, comme le proclame sa devise 'unis dans la diversité'. Ainsi, en dépit d'une réalité sociale très hétérogène, elle s'est construite avec des caractéristiques communes, notamment en ce qui concerne la protection sociale et le dialogue.

Mais les situations très variables sur le niveau et les modalités de protection sociale, la place du dialogue social (domaines abordés, force des acteurs, articulation loi-négociation...), le coût du travail, les modalités de représentation des salariés... sont des handicaps quand ils alimentent une concurrence entre les Etats.

Ainsi, dans bon nombre d'Etats membres, un salaire minimum est défini. Certains l'établissent par la loi, d'autres par la négociation. Et là où il n'existe pas, certains souhaitent continuer à s'en passer alors que d'autres, au vu de la faiblesse des salaires dans certains secteurs, revendiquent sa mise en place. Le niveau de ce salaire minimum est très variable : en 2009, il allait de 123 euros mensuels à 1 642 euros. Selon les pays, ce salaire minimum mensuel représente entre 1 % et 4 % du PIB par habitant.

Les entreprises profitent de l'abaissement des barrières réglementaires et de l'extension du marché européen à de nouveaux pays. Mais elles ont aussi souvent tendance à jouer sur les concurrences entre Etats pour améliorer leur compétitivité, favorisant le moins-disant social et fiscal. Il est vrai qu'elles sont également soumises à une dure concurrence de la part d'entreprises basées dans des pays où les standards sociaux sont inférieurs à ceux de l'UE. Mais la compétitivité par les coûts ne peut constituer une stratégie pour les entreprises européennes.

Les mutations économiques auxquelles sont confrontés les salariés, accentuées par la crise, tendent à renforcer une vision de l'UE incapable de répondre aux défis sociaux, ainsi que, par voie de conséquence, les replis nationaux. Ce qui ne fait qu'aggraver la concurrence entre salariés et affaiblir la position du modèle européen de relations sociales dans la mondialisation face à des Etats-continents comme les Etats-Unis ou la Chine, ou, demain, l'Inde, le Brésil ou la Russie.

Socle social commun

L'approfondissement du marché unique est un moyen de répondre à la concurrence mondiale, mais, pour que cet objectif soit partagé par les salariés, il faut réussir à construire un marché du travail européen où les différences nationales constituent un atout et une richesse et non une concurrence destructrice. Concrètement, il faut avancer sur l'harmonisation de la fiscalité des entreprises et des placements financiers, et consolider le socle social européen.

C'est en travaillant à l'intégration de l'économique et du social au niveau européen et dans les entreprises et les secteurs professionnels, par le dialogue social et la législation, que l'on pourra avancer sur la consolidation de ce socle social commun. La recherche d'une autre gouvernance des entreprises, prenant le contre-pied du rendement financier de court terme, devrait donner à l'Europe les moyens de sa performance, en donnant du sens au travail et à l'activité économique.

La négociation collective fait partie de cette gouvernance d'entreprise en Europe, elle est essentielle pour traiter du problème du partage de la valeur ajoutée tenant compte de l'avenir de l'activité économique et de l'emploi, et des conditions de travail des salariés qui participent à sa production.

Pour relever les défis révélés par la crise financière, il est indispensable de développer une politique économique et industrielle européenne, alors que les propositions stratégiques à l'horizon 2020 sont loin de donner une telle impulsion. Ces politiques doivent s'appuyer sur l'innovation, consolider le marché unique et donner des perspectives de parcours professionnels aux salariés.

Cela ne peut se faire qu'en donnant plus de place au dialogue social et sous une impulsion forte des institutions européennes. C'est de cette manière que les salariés, associés aux évolutions nécessaires à la construction d'un marché de l'emploi européen, s'inscriront dans une dynamique de progrès pour tous les Européens.

Le Monde