"Dire aux militants comment se préparer pour la rentrée"

Publié le 12/06/2009 à 13H23
Le Républicain Lorrain publie sous ce titre une interview croisée de Marcel Grignard, secrétaire national de la CFDT, et d'Alain Gatti, secrétaire général de l'Uri Lorraine.

La crise écrase toutes les autres questions. Comment tenir un discours lucide et objectif qui ne soit pas catastrophiste ?
Marcel Grignard : «Tous les gens qui ont une responsabilité sont placés devant ce dilemme. Ce qu’on est en train de vivre est inédit, et sans doute structurel. Nous tenons un discours sans détours à nos responsables syndicaux au sein des entreprises. Ils n’ont sans doute pas les mêmes propos vis-à-vis des salariés. Mais notre responsabilité, c’est d’anticiper l’avenir, et la seule manière de s’y préparer bien c’est de regarder la situation en toute lucidité. Si on disait 'ça va bien se passer à la rentrée', ce serait dramatique. On doit dire à nos responsables de se préparer à donner des perspectives aux salariés qui auront des baisses d’emploi dans leurs entreprises et aux jeunes qui vont être sur le marché de l’emploi et qui auront du mal à trouver un travail ou un stage.»
Alain Gatti : «Il y aura à la rentrée 23 000 jeunes sortant du système scolaire, dont 1 800 à 2 000 sans qualification, qui s’ajoutent aux 25 000 jeunes de moins de 25 ans au chômage.»

Comment la Lorraine se défend-elle face à la crise. A-t-elle par sa culture de la mutation quelques armes supplémentaires ?

A.G. : «La Lorraine est touchée plus durement que d’autres par la nature de son socle industriel. Mieux armée ? Je ne sais pas répondre. On a en tous les cas une vraie difficulté à travailler sur l’anticipation. J’interrogeais dernièrement une branche professionnelle sur l’avenir du métier, eh bien cette branche ne savait pas dire s’il faudrait plus de soudeurs dans les années qui viennent. Comment dès lors construire les métiers de demain si on ne se donne pas les outils permettant d’anticiper ?»
M.G. «Toutes les régions sont confrontées à quelque chose de nouveau dans la forme et les conséquences. La Lorraine a des atouts, et c’est sa capacité à rebondir. Les forces sociales et syndicales ont pendant des décennies géré des mutations économiques extrêmement fortes et ça a créé une culture, une manière de penser l’avenir qui devrait aider cette région. Les problèmes ne sont pas différents d’ailleurs, mais cette région a une petite longueur d’avance.»

Quels sont les secteurs à privilégier pour l’avenir ?

A.G. : «Il faut développer la recherche et le développement autour des métiers émergents. L’économie de la construction et l’éco-industrie ont des potentialités, mais sont sous développées dans une région qui a la 2ème forêt française.»
M. G. «Il est clair qu’on n’a pas assez anticipé. On a de sérieux problèmes sur la formation. Les entreprises se sont mal préparées à affronter l’avenir, la puissance publique a mal préparé les populations. Mais il faut relativiser. On est dans la première crise mondiale systémique. On n’a pas d’expérience. On voit aujourd’hui les conséquences en chaîne : la détérioration des dépenses publiques conduit des communes à retarder ou annuler des travaux prévus, et les grandes entreprises du BTP se replient sur des petits chantiers qu’elles négligeaient, prenant des parts de marché à des petites boîtes… L’Etat a pris quelques mesures, notamment sur le chômage partiel, mais globalement en terme de relance c’est extrêmement faible, c’est du recyclage, et c’est du national. Donc c’est contre-productif. Il y a des petites choses qui se font, comme la levée du secret bancaire…»


Propos recueillis par Monique Raux