"Demain, nous espérons faire aussi bien que le 1er mai"

Publié le 12/06/2009 à 11H27
Le Parisien-Aujourd'hui en France publie sous ce titre une interview de François Chérèque à la veille de la journée de mobilisation du 13 juin.

Comment s’annonce la journée de mobilisation ?
Nous espérons faire au moins aussi bien que le 1er mai. Les mesures gouvernementales ne sont pas à la hauteur de ce qui va se passer après l'été.

Craignez-vous un embrasement social ?

En septembre, 650 000 jeunes vont arriver sur le marché du travail. Une partie d'entre eux vont grossir encore les rangs des chômeurs. Les milliers de salariés des grands plans sociaux vont eux aussi se retrouver au chômage à la rentrée. Par ailleurs, on peut craindre que certaines grandes entreprises qui ont jusqu'à présent résisté à la crise se mettent aussi à licencier. Je répète depuis des mois qu'il y a deux risques d’embrasement. D'abord, une multiplication des actes de radicalisation dans les entreprises. Et puis des débordements de la jeunesse, tout aussi désespérée. Le gouvernement doit prendre des mesures avant l'été s'il veut éviter une rentrée sociale très chaude.

Cinq journées de mobilisation en six mois, cela fait beaucoup. N'y a-t-il pas un risque d'usure ?

Bien sûr. Mais on aurait tort de réduire le mouvement syndical à ces journées d'action. Il y a un immense travail fait au quotidien par les équipes syndicales auprès des salariés en difficulté. Et, sur le terrain, la situation est tendue. Que nous explique Christine Lagarde, la ministre de l'Economie? Qu'il y aura encore plusieurs trimestres de chômage. De ma vie de syndicaliste, je n'ai jamais entendu un gouvernement dire cela. Prétexter d'un éventuel essoufflement du mouvement pour ne pas faire plus serait mettre de l'huile sur le feu d'un chaudron social qui risque d’exploser.

Nicolas Sarkozy devrait vous réunir début juillet pour ajuster son plan. Que voulez-vous de plus ?
Nous avons déjà obtenu, c'est vrai, quelques avancées. Le Fonds d'investissement social est enfin mis en œuvre pour accompagner les salariés au chômage partiel et les jeunes. Mais ce ne sera pas suffisant. Il faut aussi la suppression du bouclier fiscal, la fin des exonérations sur les heures supplémentaires et la création d'une tranche supplémentaire pour les plus hauts revenus. Le gouvernement doit remettre en cause les suppressions de postes dans la fonction publique, qui ont conduit à désorganiser le service public comme dans Pôle emploi, l'Education nationale et les directions départementales du travail.

Un coup de pouce au smic ne semble pas à l'ordre du jour pour le 1er juillet. Que réclamez-vous ?

Moins les entreprises payent leur salariés, plus elles sont aidées. Du fait des allègements de charges sur les bas salaires qui représentent 30 milliards d'euros, il y a tous les ans de plus en plus de salariés au smic. Bientôt, on aura un salarié sur cinq au smic. Est-ce qu'on peut vivre correctement en faisant toute sa carrière au smic ? Non. Le gouvernement a deux solutions : conditionner les aides aux entreprises par l’existence d’un déroulement de carrière ou bien accorder une hausse conséquente du smic pour augmenter le pouvoir d'achat de ces salariés. Le président de la République avait promis cette réforme, il faut la mettre en œuvre dans les tous prochains mois.

Avec les résultats des élections européennes, Nicolas Sarkozy a toute légitimité pour ne pas changer de cap...
Il y a eu un taux de 60% d'abstention, concentrée chez les jeunes et les ouvriers. Ce sont eux les victimes de la crise. Alors, faisons attention. L'activisme du président de la République doit se concentrer sur  l'essentiel : l'aide aux salariés en difficultés, le pouvoir d'achat des plus modestes et la formation. Nicolas Sarkozy nous a demandé d'aller vite sur l'accord de la formation professionnelle. Nous avons conclu au début de l'année. Le projet de loi est finalement reporté à la fin de l'été. A quoi bon ! Tout ça pour faire passer avant le projet de loi sur le travail du dimanche qui n'apportera aucun emploi de plus. C'est un choix électoraliste, ce n'est pas un choix d'efficacité pour notre pays.

Propos recueillis par Catherine Gasté-Peclers