"Conférence environnementale : nous n'avons pas le droit à l'erreur"

Publié le 10/09/2012 à 00H00 (mis à jour le 13/09/2012 à 14H01)
Cinq ans après le Grenelle de l'environnement, la conférence environnementale du 14 et 15 septembre devra fixer les objectifs et l'agenda en termes de développement durable. La CFDT, plusieurs organisations de la société civile et des experts font part de leurs espoirs à travers cette tribune cosignée sur le site du Nouvel Observateur

Il faut absolument réussir la conférence environnementale pour la transition écologique. Après la conférence sociale, il faut aborder le temps long de l’environnement, qui est une des composantes pour nous sortir de la crise. A ce titre, la transition énergétique et plus largement la transition écologique est essentielle.

Inégalités sociales et environnementales vont de pair

Depuis plus de cinq ans, le monde est soumis à des turbulences économiques qui menacent les équilibres. Ces turbulences, déclenchées par une crise financière, montrent les impasses des réformes du système bancaire et financier depuis trente ans. Les crises financières et économiques masquent les autres menaces bien réelles sur le monde.

Le dérèglement climatique, la perte de biodiversité, la hausse du coût des matières premières, le chômage, les compétitivités hors coûts sont des indicateurs passés au rouge. La gouvernance mondiale piétine.

En regardant avec lucidité la situation actuelle, nous pouvons affirmer que les inégalités environnementales vont de pair avec les inégalités sociales. Il faut donc construire un nouveau modèle de développement qui soit économe en ressources naturelles et vivantes, respectueux de l’environnement en réduisant son empreinte écologique, et qu’il garantisse la justice sociale tout en créant de la richesse. Ceci est primordial si nous voulons transmettre un monde vivable aux futures générations plutôt que l’angoisse de résorber les dettes (économiques et écologiques !) contractées par leurs aînés.

Ne pas céder au pessimisme ambiant

C’est bien la notion de temps qui est au centre de la prochaine conférence. Il faut décliner les temporalités sur les pôles du développement soutenable. L’urgence aujourd’hui est la sauvegarde et l’amélioration des orientations sociale et écologique de l’Europe, et partant de la sauvegarde de l’euro, dans une rénovation de sa gouvernance. On ne doit pas céder au pessimisme ambiant. L’impuissance dans ce domaine marquerait le début d’une régression majeure.

L’Europe doit retrouver son esprit initial, celui de la solidarité, de la combativité et surtout démontrer qu’elle a construit un modèle social et environnemental exemplaire, porteur d’espoir en l’avenir et que tout ceci fait partie de son identité et doit lui permettre de retrouver le chemin de la compétitivité, de l’emploi et d’une nouvelle croissance. Sa capacité unique, parmi les grandes régions du monde, à gérer le défi environnemental constitue certainement le point d’appui le plus solide pour construire ce nouveau modèle de société.

Mettre fin à une croissance destructrice
 
Les signataires attendent de la conférence environnementale qu’elle aborde la prospective de nos sociétés.

Cette prospective s’appuiera aussi sur les voies ouvertes par la conférence sociale. S’il n’y a pas des emplois d’avenir solides, des transitions professionnelles, une révision du régime des prélèvements obligatoires, la croissance soutenable sera incomprise. Le mot croissance peut inquiéter dans un univers dont les ressources deviennent rares, mais l’adaptation à un monde naturel sous tensions est en soi, par ses investissements colossaux, génératrice de croissance, mais une croissance qui ne sera plus destructrice. Il nous faut à l’occasion de la conférence construire des indicateurs de bien-être qui ne masquent pas les souffrances quotidiennes.

La conférence ne peut mettre de côté les acquis des Grenelles de l’environnement et de la mer, elle doit les faire fructifier pour trouver comme pour le Grenelle 1 un compromis national.

On peut admettre la réduction de l’énergie nucléaire dans notre mix énergétique, mais sans la sécurisation des parcours des salariés, nous allons au conflit. Le défi est de développer l’emploi par l’amélioration de l’environnement, non de s’enfermer dans le faux dilemme 'emploi OU environnement'.

Ce que nous attendons de la conférence

La démocratie sera au centre de la conférence, il faut des expertises contradictoires et soumises à des critères  scientifiques  et de connaissance de la demande sociale, mais aussi des organisations en prise avec la société et qui s’engagent. 

Un programme est concevable et il faudra :
 
- Mettre en œuvre un programme de recherche et d’innovation autour des pôles du développement durable, dont l’éducation.

- Renforcer et financer la stratégie nationale pour la Biodiversité pour en faire au même titre que l'énergie et la lutte contre le réchauffement climatique, un axe central de recomposition de notre modèle de développement et du ménagement de nos territoires.

- Construire et lancer un important programme de réhabilitation thermique du bâti (réponse à la précarité énergétique comme au déficit de la balance des paiements) et d’investissement dans les infrastructures de transport et de production, économes en ressources voire productrice de 'plus environnementaux'.

- Lancer un ambitieux programme pour améliorer conjointement santé humaine et santé des écosystèmes, qui ont parties liées.
- Mettre en place une procédure de révision des régimes de prélèvements obligatoires.

- Etudier, avec des dispositifs d’expérimentation, l’économie de fonctionnalité qui économiserait les ressources  naturelles et vivantes.

- Concevoir des temporalités différentes selon les objets de notre développement, et réviser les temps de la mobilité.
- Elargir les débats publics pour sortir des corporatismes qui bloquent la société qu’il faut réformer
- Construire des dialogues, social et environnemental, articulés avec l’efficacité économique.
- Développer une stratégie européenne concertée, de solidarité.

Nous avons du temps, mais peu de temps, pour remplacer la finance devenue folle par les acteurs d'un avenir solidaire et durable. Beaucoup de nos concitoyens attendent, la suite de notre nouvelle histoire de France, dans une Europe résolument optimiste.

 
 
Christophe Aubel, directeur d’Humanité et Biodiversité
Alain Alcouffe, économiste, professeur à Toulouse 1Dominique Bourg, philosophe, Université de Lausanne, vice-président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme (FNH)
Patrick Criqui, économiste, directeur de recherche au CNRS
Alain Grandjean, économiste, membre du Comité stratégique de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme (FNH)
Bruno Genty, président de France Nature Environnement
Patrice Halimi, médecin, secrétaire général de l’Association santé environnement France (Asef)
Jean-Charles Hourcade, économiste, directeur de recherche au CNRS
Jean Jouzel, directeur de recherche  au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
Jacques Weber, directeur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad)
 Pierre Henry, directeur général  de France Terre d’asile
Luc Bérille, secrétaire général de l’UNSA
Gilbert Cette, économiste
Serge Guérin, sociologue, professeur à l'ESG Management School
Vincent Merle, professeur au Conservatoire national des arts et métiers
David Courpasson, professeur de sociologie EMLYON Business School, chercheur, OCE Research Center
Francis Kessler, école de droit de la Sorbonne, université de Paris 1
Jérôme Gautié, économiste, professeur à l'université Paris 1
Marc Fleurbaey, professeur d'économie à l'université de Princeton (États-Unis)
Emmanuel Combet, économiste
Olivier Dupuis, secrétaire générale du Comité national des entreprises d’insertion
Antoine Bevort, professeur de sociologie au Cnam
Bernard Perret, socio-économiste
Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux
Estelle Sommeiller, docteur en économie Ires (Institut de recherches économiques et sociales)
Christian du Tertre,  économiste, professeur à l'université Paris Diderot – Paris 7
Patricia Savin, présidente d’Orée
Syndex et Antoine Bastide, Jeanne Hominal, Jean-François Poupard, Jean-Paul Raillard du comité de direction
L’association 4D et Pierre Radanne, président, et Jacques Varet, vice-président
Bettina Laville, directrice de la rédaction de Vraiment durable
Françoise Héritier, anthropologue, professeur honoraire au Collège de France
Robert Barbault, écologue, professeur émérite à l'UMPC
Hélène Valade, présidente du Collège des directeurs du développement durable (C3D)
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