"Cette réforme des retraites corrige l'injustice de la précédente"

Publié le 06/06/2012 à 00H00
Lors d'un chat avec les internautes du site www.lemonde.fr le 6 juin 2012, Jean-Louis Malys est revenu en détails sur le décret "carrière longues" présenté le jour même en Conseil des ministres.
Bernard : Etes-vous satisfait des décisions du gouvernement ?

Jean-Louis Malys : Pour l'essentiel, oui. Elles corrigent l'une des principales injustices de la réforme de 2010. Elles s'inscrivent dans une logique que la CFDT défend depuis 2003. La durée de cotisation doit être le critère principal. C'est la CFDT qui a été à l'origine du dispositif 'carrières longues'. La prise en compte des deux trimestres maternité et chômage améliore le dispositif pour tout le monde.

Maxime : Beaucoup de spécialistes disent que le système actuel des retraites n'est pas viable sur le long terme. A-t-il été question d'une éventuelle refonte par le gouvernement ? Qu'en pensez-vous ?

Notre système de retraites issu des 'trente glorieuses' doit s'adapter. Nous sommes favorables à cette mise à plat afin d'améliorer la contributivité et la solidarité de nos systèmes, offrir des choix aux salariés, tenir mieux compte de leurs parcours professionnels et donner des perspectives d'équilibre, à terme, de nos régimes. Le débat que nous avons obtenu aura lieu. Nous ignorons quelles seront les intentions du gouvernement sur l'ampleur et la qualité d'une nouvelle réforme. La CFDT, elle, est prête.

Guest : Toutes ces réformes, c'est très bien, mais qui va payer ?

Le défaut principal de la réforme de 2010 est d'avoir fait porter les efforts principalement sur les salariés les plus modestes, ceux qui ont des carrières les plus longues, les profils les moins dynamiques. Cette réforme corrige cette injustice. Par ailleurs, elle est financée par une augmentation de 0,1 % des cotisations dès 2013 pour les salariés comme pour les employeurs. Lorsque cette réforme aura atteint son rythme de croisière, elle coûtera 3 milliards par an et l'augmentation des cotisations, en 2017, sera de 0,25 % pour les salariés et autant pour les employeurs.

Les déséquilibres structurels de notre système liés à la démographie et au chômage massif nécessitent une refonte, y compris dans le financement. L'essentiel, pour nous, est de maintenir la logique de répartition (les actifs, en payant la retraite des plus anciens, acquièrent leurs propres droits). Le défi sera qu'une réforme réponde à cette exigence.

Glandus : Comment va-t-on continuer à financer les retraites en revenant à 60 ans ? Dans la plupart des autres pays, la retraite est à 65 ou plus.

C'est vrai et c'est faux. De nombreux pays bénéficient de dispositifs divers et variés permettant de tenir compte davantage que chez nous des situations, par exemple d'invalidité, de rupture sociale. Il existe aussi des dispositifs de retraite progressive qu'il faudrait également imaginer chez nous. Mais le décalage de l'âge de la retraite à 67 ans est prévu... en 2029. Et ce ne sera jamais un âge minimum, mais pivot.

Philippe, délégué syndical CFDT : Ceux qui ont commencé encore plus tôt (16 ans) peuvent-ils espérer partir aussi plus tôt, ou partiront-ils comme ceux qui ont commencé à 18 ou 19 ans ?

Notre réponse comportera une part d'incertitude car nous n'avons pas le texte définitif du décret. Le dispositif 'carrières longues' est évidemment maintenu pour cette population, en revanche, nous ignorons si leur départ pourra être réellement anticipé. Nous en saurons plus dans les heures qui viennent.

Lannig : Quelle application pour les fonctionnaires ?
Le dispositif sera exactement le même que pour les salariés du privé, nous dit le gouvernement. Et c'est normal ! 

JCL : Les salariés relevant des régimes spéciaux de retraite (EDF, SNCF, ...) et ayant les annuités requises sont-ils concernés par ce décret ?

Ces régimes ont été réformés en 2007. Les allongements sont en cours et prendront plein effet en 2017. Sans doute qu'à ce moment-là, ils bénéficieront des mêmes dispositions.

Bbourgeo : Les trimestres du service militaire sont-ils pris en compte en trimestres cotisés ?

Pas de changement. Les trimestres du service national sont assimilés à des périodes cotisées (travaillées) dans la limite de quatre par personne.

 A. Giacomini : J'ai commencé à travailler à 20 ans. A 60 ans, j'aurai 42 annuités, pourrai-je partir avec une retraite complète ?

Vous êtes sans doute une dame et vous bénéficiez d'une majoration de durée d'assurance liée à la naissance d'un enfant. Malheureusement, dans ce cas, ces périodes ne sont pas assimilées à des périodes ni cotisées ni travaillées. Elles permettent par contre d'effacer la décote au moment du départ à l'âge légal. A 62 ans, vous aurez effectivement votre retraite complète.

Lornage : Ayant eu trois enfants, comment doit-je calculer le nombre de trimestres supplémentaires dans la nouvelle proposition du gouvernement ? Est ce deux trimestres par enfant, soit six trimestres supplémentaires ? D'autre part, bénéficie-t-on toujours des majorations de deux ans par enfant pour une famille de trois enfants, soit 24 trimestres, pour un arrêt de travail de cinq ans pour l'éducation de mes enfants, comme c'était le cas jusqu'à aujourd'hui ?

Notre système de retraites est malheureusement très complexe, et les choses ne se calculent pas de cette manière. Pour bénéficer de quatre trimestres cotisés dans une année, il faut avoir 'gagné' l'équivalent de 800 heures de smic horaire. Si une dame s'interrompt pour sa maternité et a, par ailleurs, obtenu ce salaire, il n'y a pas l'utilité des trimestres liés à la maternité. Ces trimestres bénéficient principalement aux personnes qui ont eu des interruptions ne permettant pas d'obtenir des trimestres cotisés.

Beaucoup de personnes nous interrogent sur leur situation personnelle. Il est impossible d'y répondre dans un chat. Le dispositif démarrera au 1er novembre, et chacun devra s'adresser à son organisme de retraite.

Jean-Marie : Les deux trimestres supplémentaires pour les mères s'appliquent-ils uniquement pour les mères de trois enfants et plus, comme il est écrit dans différents articles de presse ?

Non. Ils s'appliquent à toute mère de famille qui n'a pu obtenir ses quatre trimestres cotisés au cours d'une année où arrive un enfant. Les dispositifs pour trois enfants concernent les majorations de montant de retraite exclusivement.

Ben Nasr : Est-ce que les indemnités journalières après un accident du travail seront considérées comme cotisées ?

Les périodes d'accident du travail et de maladie sont estimées cotisées (travaillées) à hauteur de quatre pour toute une carrière et pour tous ces motifs cumulés. Le décret prévoit deux trimestres supplémentaires pour la maternité et deux trimestres au titre du chômage, ce qui est nouveau.

 Marie : Je vais avoir 60 ans en octobre, et suis au chômage depuis 2008. Malgré toutes mes tentatives pour retrouver un emploi, je n'ai eu aucune proposition de poste. J'ai commencé en 1969 et suis mère de trois enfants. Je me sens une nouvelle fois pénalisée.

Le décret corrige une partie des inégalités inhérente à notre système de retraites. Nous avons interpellé la ministre [des affaires sociales, Marisol Touraine] sur la situation spécifique des chômeurs en fin de carrière. Le dispositif 'carrières longues' ne permet pas de répondre à toutes les situations, même si les deux trimestres supplémentaires au titre du chômage constituent une avancée nouvelle. Le gouvernement s'est engagé à avancer le débat dès fin 2012 sur une réforme globale prévue à l'origine en 2013. Les questions liées aux carrières précaires, à la pénibilité, au polypensionnés mais aussi aux carrière féminines, tant discriminées, devront être traitées. Notre système actuel ne répond plus suffisamment à toutes ces situations.

Dominique : Je suis née le 5 février 1952, j'ai commencé à travailler à 18 ans dans l'éducation nationale, j'ai donc largement plus des 41 annuités requises, pourquoi dois- je attendre le 1er novembre pour partir à la retraite ?

Selon nos interlocuteurs gouvernementaux, ces délais de mise en œuvre sont nécessaires pour que cette réforme s'applique simultanément dans le privé et dans le public. Nous le regrettons.

Pébru : Que signifie, concrètement, commencer à 18 ans ?

Il faudra qu'à la fin de l'année civile de vos 19 ans, vous ayez validé cinq trimestres. Pour les personnes ayant commencé à travailler à 19 ans, il s'agira d'avoir cinq trimestres à la fin de l'année civile des 20 ans.

Cette mesure, également complexe à expliquer, a pour vocation d'éviter que des personnes ayant eu des activités courtes au cours de sa jeunesse (jobs d'été par exemple) mais ayant commencé leur carrière professionnelle bien plus tard, bénéficient d'une sorte d'effet d'aubaine.

Vincent : Je suis au lycée, et je voudrais savoir à quel âge je risque de prendre ma retraite, sachant que j'envisage de faire des études de plus de cinq ans ?

J'espère que vous avez d'autres préoccupations que la retraite dans votre vie ! Ceci dit, les retraites se construisent très jeunes puisqu'elles sont le reflet d'une vie. Nous souhaitons que vos générations puissent bénéficier d'une retraite en respectant vos choix de carrière et en tenant compte de la situation démographique qui sera la vôtre dans une cinquantaine d'années.

 Philippe : Je suis né en 1955 et j'aurai 166 trimestres cotisés à 60 ans et 3 mois ! Est-ce que je devrai attendre 62 ans pour partir à la retraite ?

Vous pourrez partir à 60 ans et 3 mois à condition que vous ayez commencé à travailler avant 20 ans. Vous pouvez partir plus tard si vous le souhaitez !