"Ce n'est pas aux salariés de payer la facture"

Publié le 26/03/2010 à 00H00
Le Progrès publie sous ce titre un entretien avec Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT et président de l'Unedic, dans son édition du 25 mars 2010.

Depuis la fusion ANPE-Assedic pour créer Pôle Emploi, l'Unedic n'a-t-il pas perdu certaines de ses missions ?

C'est plus une réorganisation qu'une perte de missions. L'Unedic reste un organisme paritaire qui a pour mission la mise en œuvre de la convention d'assurance-chômage signée par les partenaires sociaux. Les partenaires sociaux ont créé des droits pour les demandeurs d'emploi, et il faut évaluer comment ces droits peuvent se mettre en œuvre.

Difficile dans le contexte économique actuel ...

On a subi une augmentation forte du chômage. Ce qui nous amène à une situation particulièrement difficile en ce qui concerne les personnes en fin de droit. Et du fait de la crise, il y a davantage de personnes qui ne trouvent pas de travail à la fin de la période indemnisée.

Lorsque vous étiez candidat à la présidence de l'Unedic, vous aviez fait des propositions à ce sujet…

La CFDT demande un élargissement du nombre de personnes bénéficiaires de l'assurance de solidarité spécifique, afin que le nombre d'années de travail prises en compte pour en bénéficier, actuellement cinq, passe à quatre ou trois. Il faut aussi qu'on accompagne davantage les demandeurs d'emplois dans leur parcours. Pôle Emploi doit se mobiliser, passer d'une gestion de dossiers à un traitement d'individus.

Cela demande des moyens ?

Des moyens en personnel, mais aussi une organisation. Le médiateur de Pôle Emploi vient de publier son rapport, dans lequel il énumère des situations qui demanderaient plus de temps pour être traitées. Ne serait-ce que pour expliquer leurs droits aux chômeurs, notamment à ceux qui sont les plus éloignés de l'emploi. Mais nous voulons faire, en ce qui concerne les chômeurs longue durée, d'autres propositions. Les partenaires sociaux sont d'accord pour que les chômeurs de longue durée soient indemnisés par un cofinancement Etat-Unedic. Mais que cofinancer ensemble ? La CFDT veut que ce soit de l'accompagnement, et du maintien des revenus.

Comment financer tout cela ?

Il est inadmissible que des gens soient privés de revenus, et tout le monde doit contribuer aux efforts. Par exemple, maintenir le bouclier fiscal est scandaleux. Il est normal que des gens à très hauts revenus soient mis à contribution. Aujourd'hui, la dette de l'Unedic dépasse les cinq milliards d'euros. L'Unedic collecte chaque année 30 milliards d'euros, et quand la situation économique est bonne, elle est en positif, comme en 2007 où elle a fini l'année à plus 4 milliards. La CFDT a proposé l'idée de créer un fond de régulation à l'Unedic, afin de gérer ces situations. Mais la crise est intervenue avant sa mise en place.

La CFDT proposait aussi la création d'une tranche d'impôts supplémentaires ?

Oui, ce serait une création momentanée d'une tranche d'imposition qui toucherait les revenus au-delà d'un certain seuil (plus de 3 000 à 400 000 euros annuels), et les revenus autres que ceux du travail. La France a baissé fortement son taux marginal d'imposition, et les niches fiscales profitent aux plus riches. Dans une période où l'effort national doit être porté sur les populations les plus fragiles, ce n'est pas aux salariés de payer la facture.

La situation, aujourd'hui, est préoccupante ?

Oui, et la crise n'est pas dernière nous. Le nombre de chômeurs sans emploi depuis un an ou plus est inquiétante, car plus on reste longtemps éloigné de l'emploi, moins on a de chances d'en retrouver en cas de reprise. Et puis il y a aussi les jeunes de moins de 25 ans, les seniors, et tous ceux qui perdent leur emploi, après vingt ans dans une entreprise dans laquelle bien souvent ils n'ont jamais bénéficié de formation, ce qui réduit leur employabilité.