48e congrès : Présentation du rapport d’activité

Publié le 02/06/2014

Intervention de Laurent Berger, Secrétaire général, le 2 juin 2014, pour présenter le rapport d'activité lors de l'ouverture du 48e congrès de la CFDT à Marseille.

Seul le prononcé fait foi.

Bonjour à toutes et à tous,

Merci Charles pour ton accueil chaleureux,

Merci à Marion, merci à toutes les militantes et tous les militants de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui depuis déjà plusieurs semaines et même plusieurs mois, se sont investis sans compter pour nous permettre tout au long de cette semaine de travailler, d’échanger et de débattre dans la convivialité.

Bienvenue à vous toutes et à vous tous les 1760 délégués du 48e congrès de la CFDT. Vous représentez tous nos syndicats du public et du privé, toutes nos unions territoriales de retraités, nos fédérations, nos unions régionales, nos unions confédérales.

Parmi vous, bienvenue  aux jeunes militants, délégués aussi, auxquels nous avons voulu faciliter la participation à ce congrès. Bienvenue à Marseille à tous nos invités : 

-  Bienvenue aux représentants des organisations syndicales étrangères et aux représentants des organisations syndicales françaises.

-  Bienvenue à nos partenaires associatifs, aux représentants des organisations de jeunesse, aux journalistes, et à tous les observateurs ici présents.

Voilà, nous y sommes… après des mois de préparation et de débats dans les organisations. Je suis très heureux d’être ici à Marseille avec vous tous  pour partager ce grand moment démocratique qu’est notre congrès confédéral.

Marseille est notre deuxième éco-congrès. Nous avons voulu prolonger et amplifier notre démarche éco-responsable lancée à Tours en 2010. Aussi, nous avons décidé d’aller plus loin dans la réduction des différents impacts de notre congrès sur l’environnement.

À travers la gestion en ligne des inscriptions et des amendements, à travers le recours privilégié aux transports collectifs et au covoiturage, vous avez d’ores et déjà largement contribué à relever notre défi. Cette démarche collective va nous animer tout au long  de cette semaine, et au-delà je l’espère dans la vie quotidienne de chacun d’entre nous.

Il y a quatre ans à Tours, nous avions fixé le cap de notre action « Reconstruire l’avenir avec les salariés », avec une obsession : réduire les inégalités. 

Ce cap, nous l’avons tenu malgré l’adversité dans un contexte d’incertitudes et de difficultés économiques et sociales particulièrement lourdes.

Ce cap, nous a guidés dans notre analyse des problèmes, dans notre vision des enjeux, dans notre démarche pour affronter la complexité de la réalité et peser sur les choix décisifs pour aujourd’hui et pour demain.

Ce cap, nous a portés dans nos engagements pour construire des réponses crédibles, pour obtenir des garanties qui protègent davantage les salariés, notamment les plus fragiles, les plus précaires  et les plus éloignés de l’emploi.

Ce cap a stimulé notre mise en mouvement pour relever le défi d’une CFDT proche des salariés, proche et au service de ses adhérents, proche et en soutien de tous ses militants.

Dans la spirale de doute, de perte de repères qui délite insidieusement notre société,

Les élections européennes viennent d’en donner une brutale et douloureuse illustration et je vais y revenir. Dans cette spirale infernale, ce cap, notre cap, nous a permis de demeurer lucide, de garder courage et détermination, pour continuer d’agir et de défendre les salariés.

C’est bien dans l’action, par nos prises de positions sans concession, par nos engagements pleinement assumés, par nos résultats concrets pour les salariés que nous nous sommes démarqués et avons conforté notre vision du syndicalisme moderne.

-  Un syndicalisme qui ne se paye ni de slogans faciles, ni d’esquives tacticiennes.

-  Un syndicalisme qui prend à bras le corps le présent dans toutes ses difficultés et toutes ses attentes.

-  Un syndicalisme qui prend le risque de s’engager pour faire de l’avenir une promesse de progrès pour tous.

-  Un syndicalisme européen, soucieux du devenir de la société.

-  Un syndicalisme qui revendique sa préoccupation de l’intérêt général, de la justice sociale et de la solidarité sans lesquels on ne peut faire société.

Durant ces quatre années ce sont les militants CFDT, partout dans les professions, dans les territoires, à tous les niveaux de l’organisation, qui ont tracé le chemin de ce cap ambitieux. Ni héros, ni avant-garde éclairée, pas davantage relais de forces politiques qu’elles soient victorieuses ou défaillantes, les militants CFDT ont tout simplement, et bien souvent loin des scoops médiatiques, fait leur travail de syndicalistes.

Le travail de femmes et d’hommes responsables et engagés dans le combat quotidien d’un syndicalisme utile aux salariés. Car la question centrale que nous devons nous poser aujourd’hui est bien là.  Avons-nous été utiles aux salariés ? La réponse est oui, osons le dire ! Utiles aux salariés qui plus que jamais ont besoin  de l’action collective, ont besoin de la CFDT.

Marquées par de multiples bouleversements et de profonds traumatismes, ces quatre années n’ont pas été de tout repos. Le rapport de forces a été de tous les instants, mené en tous lieux et avec tous nos interlocuteurs qu’ils soient patronaux, gouvernementaux et même syndicaux.

Il nous a fallu bien souvent combattre l’immobilisme jamais très loin du renoncement et du repli. Il nous a fallu dénoncer la fuite en avant  d’une radicalisation des discours, dont le degré de violence n’a d’égal que le vide des propositions. Il nous a fallu déjouer les instrumentalisations et contrer les options dangereuses d’où qu’elles viennent. Ce bras de fer permanent, nous n’avons cessé de le mettre au service de la réduction des inégalités et de la construction de nouvelles solidarités. Ce sont des enjeux vitaux de notre cohésion sociale aujourd’hui gravement fragilisée.

Durant ces quatre années, l’emploi et le travail ont été notre priorité partout. Nous l’avons mise au cœur du dialogue social, des négociations et de toutes les concertations économiques et sociales du niveau de l’entreprise jusqu’au niveau européen.

La CFDT ne s’est pas contentée de dénoncer et d’interpeller les différents décideurs politiques et patronaux. Cela nous l’avons fait autant de fois que nécessaire, avec toute la force qu’exigeait la gravité des problèmes. Mais notre responsabilité d’organisation syndicale ne s’arrête pas aux bornes de l’indignation et de l’invective.

La CFDT reste la CFDT.

Fidèle à ses valeurs et ses objectifs, portée par sa cohésion interne, elle ne rentre pas aux abris quand les vents s’annoncent mauvais. Faire face, affronter les obstacles, c’est notre ligne de conduite de toujours, celle que nous avons suivie pour que la démocratie sociale  soit partie prenante de l’écriture de notre destin collectif.

Pour cela, nous avons mené des chantiers d’évolution   de notre fonctionnement et de nos pratiques afin de faire vivre une CFDT à l’écoute des salariés dans leur diversité, attentive aux adhérents dans leurs attentes, et davantage en soutien des militants dont la mission est chaque jour plus ardue. Pour cela, nous avons approfondi nos analyses, aiguisé  nos critiques, forgé nos propositions, fourbi nos arguments. Forte de ce travail collectif, la CFDT n’a pas craint durant ces quatre années de se battre et de s’engager pour changer la vie des salariés.

Se battre et s’engager pour vaincre la désespérance qui nourrit les extrêmes et détruit la société. Pour faire du dialogue social un levier à part entière de la transformation sociale.

Se battre et s’engager pour réduire le primat de l’économique sur le social,  en obtenant pour les représentants des salariés de nouveaux pouvoirs et des moyens de peser dans les entreprises. Pour contrer la logique comptable à l’œuvre dans les fonctions publiques et obtenir un service public de qualité construit dans le respect du dialogue social avec les agents.

Se battre et s’engager pour permettre par la négociation collective des solutions qui sauvegardent les emplois et les compétences   des salariés menacés. Pour apporter de nouveaux droits aux salariés touchés par le chômage et la précarité.

Se battre et s’engager pour faire de la sécurisation des parcours professionnels, de la qualité de vie au travail, un horizon possible pour tous les salariés du public comme du privé. Pour peser sur le contenu de la croissance afin qu’il soit porteur d’un nouveau mode de développement moteur de progrès pour tous.

Cette action collective, ces engagements de la CFDT qui ont marqué ces quatre années de notre histoire commune, je vous propose maintenant de les partager à nouveau à travers un retour en images et je vous donne rendez-vous dans quelques minutes.

 Film de présentation du rapport d’activité.

Après ce retour en images, je veux revenir sur les grands axes de notre action durant ces quatre années. Une action qui s’est déroulée dans un contexte complexe et instable. Le monde est traversé par de profondes mutations, des risques environnementaux croissants et de fortes tensions.

Les crises multiples et les drames humains en sont les symptômes les plus criants : horreurs du terrorisme au Nigéria, montée du nationalisme en Inde, déchirements en Ukraine, coup d’État en Thaïlande, drame du Rana Plaza au Bengladesh, catastrophe minière de Soma en Turquie… Dans ce contexte mondial préoccupant,  l’Europe, la France n’ont pas été épargnées par les difficultés ces dernières années. Des années minées par la dégradation de notre économie, l’accroissement continu du chômage et de la précarité, l’aggravation des inégalités et de la pauvreté, le développement   du mal être au travail. Des années difficiles, marquées par le doute et l’incertitude en l’avenir.

Comment, comment dans un tel contexte ne pas comprendre le profond malaise, la colère parfois, des salariés, des retraités, l’inquiétude de nombreux foyers et la défiance des citoyens ? Le désarroi des plus fragiles, nous le savons, est un terreau propice  pour ceux qui tentent de distiller le poison de la xénophobie, les replis haineux et les mauvaises réponses.

Ces discours populistes ont malheureusement reçu un nouvel écho. Nous en avons eu une terrible démonstration aux élections européennes. Le Bureau national proposera au congrès d’adopter jeudi une motion d’actualité dont l’ambition est de redonner à l’Europe un projet porteur de progrès social.

Car au-delà de la forte abstention, le choc du score de l’extrême droite partout en Europe et du Front national ici en France est une très grave alerte. Le Front national n’est pas un parti comme les autres, il est une menace pour la démocratie et les droits des salariés. Oui, nous devons dénoncer ses idées dont le but, derrière l’appel à un patriotisme rance, n’est autre que de promouvoir une société qui a pour socle l’intolérance, la division et le rejet de l’autre. Nous en connaissons les dérives. Elles sont intolérables, coupables de tant de maux dans le passé et encore aujourd’hui.

Mais proclamer cela avec force ne suffit pas à combattre ses idées dangereuses et ses fausses solutions. Chercher refuge dans l’infantilisation de ses électeurs serait une lâche erreur. Personne, personne ne pourra pour faire l’économie de regarder la réalité en face.  La responsabilité du syndicalisme est, elle aussi, interpellée. Ce danger qui nous effraie, c’est par le contenu de notre action que nous devons le combattre, c’est par notre écoute et notre proximité redoublées auprès des salariés, c’est par les réponses apportées et les résultats concrets obtenus avec eux, pour eux, que nous pouvons vaincre les peurs, et redonner l’espoir qui manque à tant de citoyens et de salariés.

Plus que jamais nous devons garder le cap pour lutter contre les inégalités et construire de nouvelles solidarités. Car, malgré l’ampleur des difficultés pour nombre de salariés et de familles, beaucoup ont cependant conscience que rechercher des bouc-émissaires est une impasse qui ne répond en rien à leurs difficultés.  Ils n’en expriment pas moins leur défiance avec juste raison. Car ce n’est pas avec des choix confus et l’absence de perspectives qu’on mobilise les forces pour construire l’avenir.

Depuis le début d’une crise toujours recommencée beaucoup d’efforts ont été demandés aux français. Certains plus que d’autres en ont payé et en payent toujours le prix fort sans voir le bout du tunnel. Ce sont aujourd’hui plus de 3 millions de chômeurs et 5 millions de salariés en situation de sous-emploi.

Des efforts sont nécessaires, peu de citoyens le contestent.  Mais ils veulent des décisions claires, des efforts justement répartis, et des choix qui font sens.  Oui, le présent est difficile mais il doit être capable de maintenir les solidarités indispensables notamment pour les plus fragiles. Oui, l’avenir est toujours indécis mais il doit être capable de justice sociale et de progrès possible pour tous.

Ces défis ne sont pas seulement ceux des décideurs politiques et économiques, ils sont ceux de toute la société. Ces défis sont les nôtres. Ils ont été notre fil rouge durant ces quatre années.

« Reconstruire l’avenir avec les salariés ». Notre mot d’ordre lancé à Tours n’a jamais pris autant sens que durant ces quatre années. La crise de confiance est profonde, nous le savons, elle n’épargne pas le syndicalisme. Nous sommes, nous aussi, comptables des réponses qu’attendent les salariés. La CFDT n’a eu de cesse d’appeler chacun à la responsabilité. Nous n’avons pas fui la nôtre.

Dans ce contexte perturbé, nous avons pris notre part dans les difficultés à affronter.

Ni résignée à subir, ni repliée sur des discours d’intention, la CFDT a fait le choix de l’action.

Ouverte et combative, elle a souvent agi avec ses partenaires de la société civile, convaincue du rôle que doit jouer la démocratie sociale. Elle a porté sa vision d’un syndicalisme engagé auprès des salariés, engagé au sein de la société sans cesser de s’interroger. Où sont les enjeux ? Quelles sont les priorités ? Où sont nos responsabilités ? Quels sont les leviers mais aussi les limites de notre action syndicale ? Répondre à ces questions, c’est répondre à celle de l’utilité du syndicalisme. L’utilité du syndicalisme dans un monde en plein bouleversement où les risques pour la justice sociale, la démocratie et, au final, pour la liberté et la paix ne sont pas une fiction.

C’est parce que nous sommes conscients de ces menaces, que nous voulons faire progresser notre syndicalisme critique et constructif. Un syndicalisme qui propose, se bat, s’engage pour obtenir des résultats. Une CFDT qui se frotte à la réalité sans minorer ses difficultés ni ignorer ses atouts qui sont ceux de notre pays. Une CFDT qui refuse l’immobilisme, accepte la confrontation et revendique le compromis parce qu’elle affirme ce qu’elle veut et sait où elle va.

Alors, au regard de cette ambition, sans méconnaître nos limites, nous pouvons être fiers aujourd’hui de notre action et des avancées obtenues durant ces quatre années. La première de ces avancées qui font notre fierté collective, c’est notre progression aux élections professionnelles.

Deuxième organisation dans le secteur privé à un pouce de la CGT, mais aussi, on le sait moins, deuxième organisation dans le secteur public. Première organisation chez les cadres. Ce n’est pas le fruit du hasard. La CFDT est l’organisation qui a été capable de déposer le plus de listes dans les entreprises et de les faire gagner.

Et cela c’est le résultat du travail des militants et des syndicats. C’est votre résultat ! C’est un succès pour toute la CFDT !

Ce travail nous devons l’amplifier chaque jour mais c’est une CFDT confortée qui aborde les prochaines échéances électorales.

Ces quatre années, ce sont aussi des avancées sur nos revendications avec de nouvelles étapes dans la sécurisation des parcours professionnels sur le recul de la précarité et de nouveaux  droits  pour les salariés. Ce sont des mesures de justice sur les retraites avec notamment, l’obtention du compte pénibilité après des années de bras de fer    avec le patronat. Un bras de fer que nous mènerons jusqu’au bout pour que chaque salarié puisse en bénéficier ! C’est aussi, depuis hier, une meilleure prise en compte des périodes de congé maternité pour les femmes. Ces quatre années, c’est notre implication dans la Confédération européenne des syndicats en faveur d’un plan d’investissement européen, l’obtention d’une « garantie jeunes » pour l’accès à l’emploi et la formation, l’amélioration de la directive détachement des travailleurs.

 

Ce sont également des enjeux et des choix sur lesquels nous nous sommes investis et nous avons pesés :

-  sur la transition écologique, sur le développement durable et la responsabilité sociale des entreprises, sur la compétitivité,

-  sur la politique industrielle, sur la fiscalité, sur la perte d’autonomie.

Ces quatre années, ce sont de nouveaux leviers pour l’action syndicale avec la Base de données unique notamment. C’est une place renforcée pour le dialogue social.

C’est aussi une CFDT plus attractive, et plus visible avec un nouveau site et un nouveau logo. Enfin, ces quatre années, c’est une CFDT en mouvement. À Tours, nous avions dit que nous ne bougerions pas  les structures.  Et bien nous avons fait la démonstration qu’en les maintenant, nous pouvions améliorer notre fonctionnement et nos pratiques.

Le temps fort de l’Assemblée Générale des syndicats de Novembre 2012 a confirmé cette volonté d’amplifier le mouvement :

Pour une CFDT plus proche de tous les salariés : en renforçant ses pratiques de proximité, en ayant une nouvelle approche des salariés des petites entreprises, en accompagnant les nouvelles implantations, en développant de nouveaux outils, en lançant   une campagne de syndicalisation.

Pour une CFDT au service de ses adhérents : avec l’expérimentation de « réponse à la carte »  mais aussi d’autres initiatives comme « l’Ouvre boîte », en ligne sur notre site.

Pour une CFDT en soutien de ses militants  développant l’écoute, l’accompagnement et les liens avec ses élus comme nous l’avons fait lors du grand rassemblement de 5000 élus et mandatés en octobre 2013 à Paris.

Toutes ces avancées que je viens rapidement d’évoquer  et que vous retrouvez dans le rapport d’activité sont importantes. Elles sont la démonstration que nous avons tenu notre cap.

Mais ce qui donne corps et sens à notre démarche : C’est avant tout ce que voient concrètement les salariés, ce qui change leur quotidien. C’est la capacité des militants à se confronter en première ligne à une réalité souvent brutale à faire face aux difficultés d’emploi, au désarroi des salariés. C’est l’action menée par les équipes CFDT pour améliorer concrètement la vie au travail, l’emploi, les salaires, l’égalité professionnelle…

Cet engagement des équipes, je l’ai vu dans mes nombreuses rencontres.

J’ai vu combien les militants sont déterminés à se battre pour obtenir des résultats.

Il y a beaucoup à faire, nous ne sommes pas au bout du chemin. L’épreuve du terrain est un challenge quotidien dans lequel les militants s’investissent sans compter. Nous en sommes tous fiers. Mais nous devons prendre garde collectivement à ne pas trop charger la barque, à redoubler d’attention et de soutien auprès de toutes celles et tous ceux qui sont en première ligne pour porter les couleurs de la CFDT.

S’engager pour peser sur le cours des choses dans un contexte aussi difficile, c’est accepter de prendre un risque, un risque pour ne pas subir des situations que nous refusons. C’est le risque de l’action. C’est le risque de l’émancipation. Pour nous c’est aussi cela faire société.

Ni des croisés, ni des candides, nous sommes des syndicalistes qui comptons d’abord sur nous-mêmes et sur l’implication des salariés pour construire le rapport de forces permanent que sont les relations sociales. Nul besoin de tirer sur les autres pour exister, nul besoin de bouc-émissaires pour fédérer nos forces. Nous n’avons pas d’ennemis mais nous avons des combats à mener. Ils se nomment chômage, inégalités, pauvreté et injustices sociales.

Ce sont ces combats qui nous unissent. Ils sont difficiles, pas toujours aussi victorieux que nous le voudrions.  Nous les menons avec l’honnêteté que nous nous devons  à nous-mêmes et aux salariés.  Nous leur devons la vérité. Surtout quand elle est dure à dire et dure à vivre parce qu’on ne bâtit pas d’espérance et de solution sur le déni de la réalité.

Quel aveu de faiblesse et d’impuissance quand l’action syndicale des uns se fourvoie dans la surenchère des bons mots et la désinformation pour dénoncer ce qu’obtiennent les autres. Alors, comment s’étonner que des salariés perdent confiance dans les organisations syndicales quand certaines martèlent qu’elles n’obtiennent jamais rien, et que ce que les autres conquièrent ne sont que des reculs. Alors comment ne pas voir que ce discours toujours plus catastrophiste ne fait le jeu que des extrêmes, de droite comme de gauche, pour lesquels les coupables sont toujours    les mêmes, les solutions toujours ailleurs et toujours plus tard.

La CFDT refuse cet enfermement.

La CFDT est libre. Libre de ses analyses, libre de ses choix et de ses engagements.

Dans le respect des autres et de leurs divergences, nous assumons sereinement nos différences. Oui, le pluralisme est une réalité. Non, nous ne pratiquons pas le même syndicalisme, les salariés le perçoivent et ils nous font confiance. Non, nous ne rejetons pas l’unité syndicale mais nous n’en faisons pas non plus le préalable à notre action. Oui, nous sommes autant que d’autres preneurs d’un rapport de force unitaire quand il est possible.

Nous l’avons pratiqué lors de la réforme de 2010 sur les retraites quand il s’est agi de dire non à une réforme qui tournait le dos à tout principe de justice sociale. Nous l’avons fait pour dire non à une 5éme année de gel  du point d’indice dans les fonctions publiques. Nous l’avons mené au niveau européen pour porter le plan d’investissement ambitieux de la CES en faveur de la création d’emplois de qualité et d’une transition économique et environnementale. Nous avions aussi dit « chiche » en début d’année en prenant l’initiative de proposer une intersyndicale pour porter ensemble des propositions face à la gravité de la situation économique et sociale.

Nous sommes même parvenus à une déclaration commune de plusieurs organisations syndicales dont la CGT, pour obtenir des contreparties dans le pacte de responsabilité. Mais quand il a fallu passer de l’interpellation à l’engagement, toutes n’ont pas pu ou voulu franchir l’obstacle.

Alors quel est ce pacte de responsabilité diabolisé par certains, dans lequel la CFDT a décidé de peser et de s’engager ? Ce n’est ni l’alpha et l’oméga de la politique économique et sociale, ni la reddition devant un nouveau diktat patronal. Le Pacte de responsabilité pour nous, ce sont trois exigences fortes :

-       L’emploi

-       Le  dialogue social

-       L’efficacité des aides attribuées.

Pourquoi ces exigences ? Parce que l’emploi est la priorité absolue. Avec un chômage de masse persistant nous devons saisir toutes les opportunités pour en faire des leviers favorables à l’emploi  de qualité.

Pourquoi ces exigences ? Parce qu’il il y a un réel problème de compétitivité des entreprises, nous le disons depuis plusieurs années. Il faut y répondre. Les entreprises ce n’est pas que les patrons. L’entreprise c’est une propriété sociale, c’est l’outil de travail  des salariés, c’est leur emploi aujourd’hui et demain. La compétitivité, nous le savons, nous l’avons martelé, ce n’est pas qu’un problème de coût du travail. C’est aussi un manque d’investissement, d’anticipation, de montée en qualité des produits, des compétences… et c’est aussi trop souvent une faiblesse du dialogue social.

Pourquoi ces exigences ? Parce que les finances publiques sont fortement détériorées, elles imposent que chaque euro investi en faveur de l’emploi serve réellement l’emploi.

Avec ces exigences fortes, la CFDT s’est engagée dans la négociation et dans le relevé de conclusions. Le patronat s’est engagé lui aussi. La balle est désormais dans son camp.

C’est maintenant que toutes les branches professionnelles doivent ouvrir des négociations. Je le sais, beaucoup d’équipes doutent de la loyauté et de la volonté patronales tant ses divisions internes et ses déclarations intempestives jettent le trouble et encouragent la défiance. Pourtant, respecter ses engagements et en rendre compte n’est pas une sanction, c’est un devoir. Pourtant, la loyauté n’est pas davantage une option, elle est une condition impérative du dialogue social. Mais nous ne sommes pas crédules, les conflits d'intérêt sont forts et ils demeurent. Le rapport de force n’a pas pour habitude de se dissoudre dans la signature d’un accord, fut-il repris par la loi. Il se joue aussi, vous le savez bien, dans sa mise en œuvre, dans ses déclinaisons concrètes.  Le bras de fer n’est jamais terminé.

C’est pourquoi nous avons exigé une trajectoire du versement des aides aux entreprises jusqu’en 2017. Nous voulons pouvoir vérifier que les engagements pris sont au rendez-vous. S’ils n’y sont pas, tirons en les conséquences, corrigeons la trajectoire, et s’il le faut supprimons les aides !  C’est simple. Toute aide nouvelle ou ancienne doit faire la démonstration de son utilité. Nous n’avons pas, nous n’avons plus les moyens de l’inefficacité. Voilà ce que nous avons exigé, voilà ce que nous devons imprimer dans les faits. Sans procès d’intention mais sans naïveté non plus.

Nous voulons des résultats ! Nous jugerons aux actes !

Mais cela dépend aussi de nous. C’est pourquoi la CFDT a lancé une campagne sur l’utilisation du Crédit d’impôt compétitivité emploi. Tous les militants sont en droit et dans le devoir d’interroger leur direction. Qu’avez-vous fait ? Que faites-vous ? Qu’allez-vous faire de ces marges de manœuvre permises par le CICE, par le pacte de responsabilité pour favoriser l’emploi ?

Aujourd’hui, la CFDT réitère son avertissement au patronat : Cessez les plaintes, cessez les diversions ! Tenez vos engagements ! Assumez votre responsabilité Nous y veillerons fermement !

Le gouvernement a mobilisé des fonds publics. À lui d’être garant de l’efficacité de leur utilisation ! À lui de porter une haute exigence à l’égard du patronat ! À cela aussi, nous veillerons fermement.

Le gouvernement a lancé un plan d’économies. Ce plan n’est pas la conséquence du pacte de responsabilité. Il ne relève que du gouvernement et que du Parlement.

Pour autant, maîtriser les dépenses publiques est une nécessité, nous l’avions dit et nous en avions même débattu au congrès de Grenoble en 2006.

La question est comment ? Comment ne pas transmettre le poids de la dette aux générations futures ? Comment préserver la cohésion sociale ?  Comment faire progresser la justice sociale ? Comment faire vivre des services publics de qualité ? Comment soutenir l’investissement qui prépare demain ? Des questions trop souvent sans réponses réelles et efficaces.

La CFDT a dénoncé les mesures inacceptables annoncées et fait entendre son exigence d’une répartition plus équitable des efforts. Cela aurait dû passer par la réforme fiscale que nous appelons de nos vœux mais que les gouvernements successifs se sont attachés à repousser systématiquement.

Nous avons été en partie entendus dans l’inflexion du plan d’économies sur les basses retraites et le plan pauvreté. Mais nous avons été bien seuls du côté syndical pour défendre les plus fragiles. Par contre, la décision de maintenir jusqu’en 2017 le gel du point d’indice traduit un véritable mépris à l’égard des agents. C’est le déni de reconnaissance de leur travail pour continuer de faire vivre des services publics souvent exsangues.  Ce déni est inacceptable !

Les agents nous l’ont dit avec force, nous l’avons vu tout au long  de la semaine de mobilisation dans les fonctions publiques en avril, beaucoup d’entre eux sont à bout, la situation est devenue intenable. Le 15 mai dernier, nous avons fait entendre ce ras le bol des agents publics.

Nous avons porté leur revendication de rémunérations revalorisées, de carrières dynamiques et d’amélioration des conditions de travail. Le dialogue social, c’est valable pour tous les employeurs, y compris l’État ! Nous continuerons à donner de la voix aux revendications des agents dans notre campagne pour les élections professionnelles  dans les fonctions publiques. Une campagne portée par toute la CFDT !

Faire le bilan de ces quatre années, c’est aussi avoir  un regard lucide sur ce qui n’a pas fonctionné,  là où nous devons progresser, là où nous avons failli.

Oui, je vous l’ai dit, je vous l’ai écrit, je vous le redis aujourd’hui, sur Gasel, nous avons failli. Non sur la pertinence de ce projet ambitieux mais dans sa mise en œuvre. Vous avez été nombreux à me dire que nous avions besoin de ce nouvel outil de gestion des adhérents et des structures pour répondre à notre ambition d’être plus proches et au service de nos adhérents. Mais nous avons sous-estimé l’ampleur de sa complexité  et de son impact sur nos procédures et les dispositifs existants. Les dysfonctionnements persistants qui ont accompagné la montée en charge de notre outil, ont nécessité d’énormes efforts et charges de travail pour nombre de militants, en particulier les trésoriers des syndicats et des UTR. Face à ces difficultés, nous n’avons pas toujours su répondre au besoin d’accompagnement des syndicats malgré  les gros efforts déployés par les services confédéraux,  les fédérations et les unions régionales.

Il y a eu aussi beaucoup d’incompréhensions, comme lorsque vous disiez « cela ne marche pas » et que j’entendais dans les services « mais si ça marche ». Nous avons voulu comprendre pourquoi une telle situation, pourquoi ces difficultés et ces incompréhensions. C’est l’objectif de la mission d’audit que nous avons confiée  à un cabinet extérieur.

Que dit cet audit ? Le principal enseignement est qu’entre l’objectif stratégique non contesté et le résultat attendu, il y a eu un chaînon manquant, que l’on appelle la maîtrise d’ouvrage, autrement dit la capacité de vous accompagner de bout en bout jusqu’au déploiement complet de l’outil.

L’autre enseignement important est celui d’un délai trop ambitieux au regard de plusieurs éléments :

-  les choix technologiques complexes nécessitant de nombreux intervenants,

-  la diversité des usagers, des applications et des pratiques,

-  le nombre important des données, pas toujours fiables à la source avant même leur migration dans Gasel.

Ces enseignements sont sévères. Vous nous direz dans vos interventions comment ils font écho pour vous. Au-delà des excuses que je tiens à renouveler auprès de toutes celles et ceux qui ont subi les défaillances de ce nouveau système, je veux résolument me tourner vers l’avenir. Aussi, je préciserai dans ma réponse les actions correctives que nous allons engager dans l’immédiat mais également dans la durée pour éviter de tels dysfonctionnements et que tout cela se reproduise.

Cette épreuve nous l’avons affrontée et nous la dépasserons collectivement parce que la CFDT est forte. Forte de sa cohésion interne, forte des enjeux et des priorités  qu’elle porte, forte de l’intérêt et de la confiance que lui accordent   les salariés. Ils l’ont montré dans leur vote aux élections professionnelles, ils l’ont montré dans leur adhésion à la CFDT. Durant la mandature, 271 000 salariés et retraités ont fait le choix de rejoindre la CFDT. Bien sûr, il y a aussi des départs, trop nombreux, mais le solde de 53 000  nous permet d’afficher un résultat positif. Nous pouvons en être fiers. C’est le résultat du travail de nombreux syndicats et militants qui agissent jour après jour dans leur entreprise, leur administration et font vivre avec conviction et efficacité les valeurs de la CFDT. Ce résultat nous pouvons, nous devons l’amplifier. C’est le nouveau challenge de notre campagne d’adhésion. Il doit booster toute la CFDT !

Voilà notre bilan. Le bilan de l’activité confédérale. Elle n’a de sens que si elle s’inscrit pleinement dans le vécu, l’action et les ambitions de toute la CFDT... des équipes syndicales, des syndicats, des UTR, des fédérations, des Unions régionales et des Unions confédérales. Ce bilan est celui du Bureau national, de la Commission exécutive et bien sûr de deux secrétaires généraux. Aussi je veux aujourd’hui rendre hommage à François qui porte avec moi une part de cette dense et fructueuse activité de la CFDT durant cette mandature.

Nous pouvons collectivement nous réjouir d’avoir ensemble vécu ce passage de témoin dans la sérénité et la continuité de nos engagements. C’est la force d’une organisation rassemblée, attachée à ses valeurs, concentrée sur ses enjeux et ses priorités. Une CFDT solide et combative qui doit beaucoup à la détermination, à l’énergie et au courage de François. Alors, encore merci à lui qui sera parmi nous mercredi et jeudi!

Nous allons maintenant profiter ensemble de ce grand moment de démocratie qu’est l’expression des syndicats, des unions territoriales de retraités et des organisations de la CFDT. Notre ambition à ce congrès est que nous redonnions ensemble confiance aux salariés et espoir en un avenir de qualité plus juste et plus solidaire. Il vous appartient maintenant de vous exprimer sur l’activité intense de ces quatre années, sur vos réalités, sur vos difficultés dans cette période difficile, mais aussi que vous nous fassiez partager vos combats et vos réussites.

Alors à vous la parole !