En Dordogne, la CFDT se mobilise pour que l'école reprenne

Publié le 08/06/2020

En Dordogne, les syndicats Sgen, FEP et Interco se sont coordonnés pour préparer efficacement la réouverture des écoles et des collèges. Une action qui rassure les personnels et renforce le réseau CFDT.

Au début mai, à la veille d’une réouverture plus large des établissements scolaires, le stress est à son comble dans les collectivités locales. Et plus encore en Dordogne, où deux écoles ont dû reporter la date de reprise des cours à cause de deux cas de coronavirus chez des agents. La situation sanitaire est observée comme le lait sur le feu, dans le public comme dans le privé. La santé des élèves mais aussi celle des personnels, enseignants et agents territoriaux, sont en jeu. L’idée d’une action coordonnée entre les syndicats CFDT qui représentent ces différents personnels – Sgen pour les enseignants du public, Syndicat de l’enseignement privé (SEP) pour les établissements du privé et Interco pour les Atsem et les agents des collèges et des lycées – s’est imposée naturellement aux militants. « L’initiative en revient à Jean-Christophe Silva, secrétaire général d’Interco 24, explique Xavier Marliangeas, du Sgen Aquitaine. Il nous a contactés à la suite d’échanges qu’il avait eus avec les élus et l’association des maires de Dordogne à propos de l’application du protocole sanitaire publié par le ministère de l’Éducation nationale. »

Un souci de pragmatisme, en accord avec les intéressés

Un courrier commun portant les exigences de la CFDT en matière de sécurité sanitaire est rédigé par les trois cédétistes. « Notre vision du protocole était qu’il devait être adapté à chaque établissement, rédigé, explicité puis montré aux enseignants, et ensuite testé par les enseignants eux-mêmes avant l’arrivée des élèves, comme pour un exercice incendie, explique Christophe Gorius, secrétaire général du syndicat SEP 24 (70 adhérents). Une approche pragmatique est nécessaire sinon le protocole ne sert à rien. » L’installation des salles de classe, les provisions de savon, de gel et de masques, la signalisation, l’affichage à propos des gestes barrière… tout doit être prêt en temps et en heure. Le courrier est adressé à l’ensemble des chefs d’établissement du département, aux responsables académiques et aux collectivités territoriales. « Nous avons arrosé toute la Dordogne, jusqu’à l’évêché », précise Christophe.

Localement, au sein de chaque établissement, ces préconisations se concrétisent avec plus ou moins de succès, en fonction de la présence d’élus du personnel, de la qualité du dialogue social et de la bonne volonté du chef d’établissement. « Notre direction a présenté au conseil d’administration un plan de reprise calqué sur celui du ministère, explique Xavier. Nous allons dans un premier temps accueillir environ 90 élèves sur les 720 qui fréquentent le collège. Tout est prêt, les collègues de techno ont même fabriqué des supports de visières en 3D. »

La coordination entre les trois syndicats permet de remonter les informations du terrain. Les syndicalistes découvrent les réalités propres à chaque univers, sur les plans syndical et professionnel. « J’ai été étonné de constater que le dialogue social au sein des établissements publics était assez pauvre par rapport au privé, où nous avons des CSE, détaille Christophe. Cela n’empêche pas que, dans certains établissements privés, les directions poussent afin d’accueillir très rapidement tous les élèves de crainte d’une baisse des inscriptions à la rentrée prochaine. » Du côté d’Interco, le dialogue social peine à se faire entendre par endroits. « Les agents territoriaux ont été les premiers à reprendre le travail pour préparer les locaux, rappelle le secrétaire général d’Interco 24. Certains veulent même revenir à tout prix, ils ont parfois été coupés de tout lien avec leur hiérarchie pendant deux mois. » Pendant le confinement, maintenir le lien avec les adhérents isolés a été la priorité des militants qui redoutent les risques psychosociaux induits par la situation. « Nous nous sommes partagé le fichier des 400 adhérents du département, explique Jean-Christophe. Il nous est arrivé de passer une heure au téléphone avec des agents en détresse, inquiets pour leur santé et leur situation professionnelle. Nos adhérents nous ont bien accueillis, plutôt contents de voir qu’ils ne sont pas qu’une cotisation ! » Le Sgen a de son côté joué à fond la carte du numérique, dont il a fait un outil de développement privilégié. « Parallèlement à notre page Facebook, nous avons créé une boucle WhatsApp ouverte aux adhérents ; environ 20 % de nos collègues ont souhaité la rejoindre et y échangent régulièrement », se félicite Xavier.

Une efficace mise en commun des informations

Les trois syndicats ont mis en commun les informations glanées dans les établissements sur l’application des mesures de protection, prêts à donner l’alerte si les conditions de sécurité ne sont pas réunies, sans prôner un droit de retrait systématique. Ils ont également enrichi mutuellement leurs fichiers de contacts et leur connaissance du territoire. « Nous avons établi une cartographie des implantations CFDT sur Google Maps, relève Xavier. Nous nous sommes rendu compte que le maillage d’Interco était complémentaire du nôtre. » De son côté, Christophe, prof d’EPS, dispose d’un solide réseau d’enseignants de sa discipline, y compris dans le public, une vraie mine pour le Sgen. L’enrichissement est aussi professionnel, les enseignants du Sgen et de la FEP partagent la même inquiétude quant au risque de décrochage scolaire et les mêmes interrogations sur l’évolution de leurs pratiques professionnelles. À n’en pas douter, la coopération syndicale inaugurée en plein confinement perdurera.

mneltchaninoff@cfdt.fr