"Le dialogue social dans les PME est une nécessité"

Publié le 25/10/2010 à 00H00
Laurent Berger, secrétaire national en charge des petites entreprises, revient sur l'adoption de la loi sur le dialogue social dans les TPE ; une texte en-deçà des attentes de la CFDT.
"Le dialogue social dans les PME est une nécessité"
"Le dialogue social dans les PME est une nécessité"
Laurent Berger, secrétaire national en charge des petites entreprises, revient sur l'adoption de la loi sur le dialogue social dans les TPE ; une texte en-deçà des attentes de la CFDT.

La loi sur le dialogue social dans les TPE adoptée début octobre améliore-t-elle la représentation collective des salariés des petites entreprises ?

Ce texte, censé mettre fin à la discrimination existant entre salariés des grandes entreprises et ceux des TPE en matière de représentation collective se révèle au final très en deça de nos objectifs initiaux. Notre ambition était double : créer des commissions paritaires territoriales pour les entreprises de moins de 11 salariés, comme lieux de dialogue et de réflexion sur les conditions de travail, les parcours professionnels ou d’autres thématiques spécifiques aux TPE et permettre aux salariés des TPE d’élire leurs représentants par un vote sur liste, ce qui aurait dans le même temps permis de mesurer la représentativité des organisations syndicales dans ces entreprises. Au lieu de cela, la nouvelle loi sur le dialogue social propose qu’on utilise un dispositif existant de commissions paritaires territoriales, issues d’une loi sur la formation professionnelle de 2004, qui s’avère très peu utilisé. Sur le deuxième point, la loi précise que l’élection se fera sur sigle. Les salariés ne voteront donc pas pour des représentants qu’ils connaissent mais pour une organisation… Le risque est d’avoir une très faible participation au scrutin. On peut juste se féliciter d’avoir évité le pire, à savoir : pas de commission paritaire du tout !

L’élaboration de la loi a donné lieu à des manifestations antisyndicales très virulentes de la part du Medef et de la CGPME, alors que l’UPA soutenait le texte. Comment interpréter ce clivage au sein du patronat ?

Toute une partie du patronat, notamment au Medef et à la CGPME, ne croit ni à l’intérêt ni à l’utilité d’un dialogue social structuré dans les TPE. Ils pensent que tout peut se régler en direct, entre le patron et son salarié. Pire, ils considèrent que la représentation de ces salariés par un syndicat est un risque pour leur entreprise. C’est faire preuve d’une vision archaïque du syndicalisme et d’une approche rétrograde du dialogue social. A l’UPA en revanche, les responsables patronaux ont compris l’importance de lieux d’échanges, permettant l’expression d’intérêts contradictoires. L’UPA a également une pratique ancienne de  dialogue social avec les organisations syndicales qui donne des résultats.

Compte tenu de ces résistances, le dialogue social dans les PME est-il une utopie ?

Ce n’est pas une utopie mais une nécessité ! L’enquête que nous avons réalisée au printemps auprès des salariés des PME le montre clairement : 63% souhaitent avoir un porte-parole auprès de leur employeur, et pour les représenter, 53% font avant tout confiance à un syndicaliste. A nous maintenant de proposer une représentation adaptée, d’être présents auprès de ces salariés d’une manière différente de ce que nous faisons dans les grandes entreprises. Nous sommes bien décidés à avancer pour que le dialogue social dans les TPE devienne une réalité. Malgré les limites que représentent cette loi, la CFDT agira afin qu’elle soit pleinement mise en œuvre. Il ne faut pas se cacher que la marche est haute.

Propos recueillis par Emmanuelle Pirat