La formation, moteur de l’action syndicale chez Jtekt HPI

Publié le 07/02/2017 à 17H13
En à peine deux ans d’existence, la CFDT a su s’imposer chez Jtekt HPI. La section mise beaucoup sur la formation professionnelle, au bénéfice des salariés, des adhérents et du développement syndical.

« Les cadres ont bien plus conscience que les autres de l’impact de la formation sur leurs salaires et leur carrière », observe Ouassim Sbai, le délégué syndical qui a fondé la section CFDT de Jtekt en mars 2015. Or les salariés de Jtekt HPI, équipementier automobile établi à Blois, entre autres, sont dans leur grande majorité des opérateurs de production sans diplôme. Ce constat a conduit la CFDT à se saisir des nouvelles dispositions de la réforme de la formation professionnelle votée en 2014. À commencer par le compte personnel de formation (CPF). « On a fait le calcul : en principe, un salarié peut valider un niveau d’étude tous les cinq ans. Cela veut dire qu’en dix ou quinze ans de boîte, un salarié de niveau bac pro peut valider un diplôme à bac + 2 ou 3. Et un diplôme, c’est une véritable assurance pour l’emploi. » La formation devient « le moteur de l’action syndicale » de la jeune section. Au cours des négociations annuelles obligatoires de 2015, elle obtient ainsi que les salariés les moins qualifiés aient prioritairement accès aux formations.

Ambassadeurs de la CFDT

     

Du concret pour les salariés
Apporter des avantages concrets aux salariés, c’est la base de l’action syndicale selon la section. Un exemple ? Une boîte à idées permet aux salariés de faire des propositions afin d’améliorer la sécurité dans l’usine. Si l’idée est retenue, un bonus de 25 euros est versé au salarié ; la CFDT a obtenu qu’il passe à 30 euros. Autre exemple : la section a obtenu la mise en place des chèques-vacances.

Booster le développement
Deux tournées d’ateliers et de services par mois : c’est la règle que s’est fixée Abdel Kader, chargé du développement. Aller féliciter personnellement le collègue passé à un indice supérieur grâce à l’accord de classification signé par la CFDT, distribuer le flash info sur la nouvelle mutuelle… : tout est prétexte à susciter la discussion.

L’appui de l’organisation
La jeune section a su utiliser toutes les ressources de la CFDT pour se former. Le Syndicat Mines-Métaux 41 l’a coachée depuis le début. « Si j’ai besoin de quoi que ce soit, ils sont là », souligne Ouassim Sbai. Et le délégué syndical n’a manqué aucune occasion de se familiariser avec le réseau CFDT, que ce soit au Working Time Festival du 1er mai 2015 ou au 3X8 Festival organisé par l’Union régionale interprofessionnelle du Centre-Val de Loire les 25 et 26 juin 2016, deux événements qui lui ont permis de rencontrer le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger.

     

Des tournées dans les ateliers, y compris les nuits et les week-ends, permettent d’informer tout le monde sur le CPF. Les salariés se passent le mot : la CFDT les accueille dans son local et les aide à créer leur compte sur l’ordinateur de la section. Les adhérents ont droit à un traitement de faveur : les militants leur donnent un coup de main pour s’inscrire aux formations les plus à même de les faire progresser : la commande numérique, la maintenance, le certificat d’aptitude à la conduite en sécurité (Caces®) ou la préparation d’une validation des acquis de l’expérience (VAE). Autre possibilité réservée aux adhérents : être conseillé sur son parcours de formation. « Récemment, nous avons reçu un adhérent intéressé par une reconversion, explique le délégué syndical. Nous l’avons aidé à trouver les bonnes informations, télécharger son dossier, remplir sa demande et préparer son argumentation. » Deux adhérents ainsi accompagnés suivent actuellement une formation, l’un pour obtenir le Caces®, l’autre une certification dans le domaine des énergies renouvelables. Selon Abdel Kader, responsable du développement, cette action sur la formation professionnelle constitue la meilleure des publicités ; les adhérents deviennent ainsi les ambassadeurs de la CFDT auprès des autres salariés. La CFDT y gagne en popularité et en crédibilité auprès de la direction.

Cela n’était pourtant pas acquis d’emblée. Au tout début, l’équipe a dû jouer des coudes afin de s’imposer, tant vis-à-vis de l’employeur que des autres organisations syndicales. Dans cette entreprise née en 2000, la CGT était dans une situation de quasi-monopole, peu concurrencée par un délégué syndical FO isolé. Les représentants syndicaux ne passaient jamais dans les ateliers, les opérateurs ne se sentaient pas défendus. Pour y remédier, quelques salariés ont décidé de monter une section CFDT. Quand la CFDT participe à ses premières élections professionnelles, en 2015, elle obtient le score plus qu’honorable de 30,4 % des voix et talonne la CGT, qui, avec ses 49,8 %, n’est plus majoritaire. « Ils l’ont très mal pris ! », commente Ouassim.

Le comité d’entreprise et la BDES, des enjeux centraux

L’équipe CFDT est aussitôt confrontée à une forte opposition de la CGT. La direction, habituée de longue date à traiter avec un seul interlocuteur, ne facilite pas la tâche des nouveaux venus. « Pendant un an, nous n’avons pas pu accéder au comité d’entreprise ; les armoires étaient fermées à clé et l’ordinateur verrouillé. Nous avons dû faire une demande écrite officielle pour enfin pouvoir consulter les documents », se souvient le délégué syndical. Le comité d’entreprise, qui s’est contenté jusque-là de gérer les activités sociales et culturelles, est un enjeu central pour la CFDT, qui a réclamé dès son arrivée la mise en place de la base de données économiques et sociales (BDES) afin d’examiner de plus près l’activité économique de l’entreprise. La section a obtenu qu’une réunion soit consacrée à un état des lieux de la base de données et que la BDES soit consultable sur tous les postes informatiques des élus. « Nous allons maintenant vérifier que les informations qui doivent légalement nous être communiquées y figurent bien toutes », explique Ouassim, qui a prévu l’intervention d’un cabinet d’expertise.

Un diagnostic économique pour négocier la GPEC

Dans un contexte économique encore fragile, rien d’étonnant à ce que les salariés nourrissent quelques appréhensions. Même si, dans l’immédiat, il n’y a pas péril en la demeure. « L’entreprise a dégagé 8 millions d’euros de bénéfices cette année ; les carnets de commandes sont pleins, et cela nous garantit une certaine stabilité pour 2017 et 2018 », explique Ouassim. Cependant, les projets de la direction quand il s’agit d’assurer l’avenir de l’entreprise restent imprécis ; or, souligne Ouassim, « pour un projet qui débute en 2020, la signature du contrat, c’est maintenant ! ». Un cabinet d’expertise doit prochainement effectuer un diagnostic de la situation économique et aider la section à poursuivre la négociation relative à la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Ce qui suppose d’anticiper sur l’activité pendant les trois années à venir. À ce sujet, peu d’informations sont délivrées par la direction. Mais des bruits circulent parmi les salariés. Sur le site de Dijon, un poste autrefois occupé par un ouvrier est aujourd’hui tenu par un robot capable d’accomplir des tâches complexes. À Blois, une machine fabrique les propres machines de l’usine. Partout, les nouvelles technologies, la robotisation et l’impression 3D avancent à pas de géant. Aussi, les militants CFDT sont-ils clairement conscients de leur responsabilité vis-à-vis des salariés. Les aider à muscler leurs compétences face à ces nouveaux défis est une priorité.

mneltchaninoff@cfdt.fr

     

Repères

• Jtekt HPI, groupe japonais né en 2006 de la fusion de Koyo Seiko et Toyoda Machine Works, est spécialisé dans les roulements à billes, transmissions, systèmes de direction automobile.

• Le groupe compte quatre sites en France : Blois, Dijon, Lyon et Paris. Son chiffre d’affaires en France était de 230,3 millions d’euros en 2015 pour un effectif de 2 536 salariés. Le site de Blois emploie 280 salariés.

• Aux élections de 2015, la CFDT (30 adhérents depuis 2015) a remporté 30,4 % des voix, la CGT 49,8 % et FO 19,8 %.