Financiarisation des entreprises et dialogue social

Publié le 10/03/2009 (mis à jour le 06/12/2012)
Etude réalisée par Syndex pour la CFDT avec le financement de l’Agence d’objectifs de l'Ires. Présentation, synthèse et intégralité de l'étude.
Objet de l'étude :
Dans le contexte actuel de financiarisation croissante des entreprises, la CFDT a souhaité apprécier la nature et l’ampleur des impacts que la financiarisation peut avoir sur les salariés et leurs représentants, notamment en ce qui concerne le dialogue social et les rapports de force dans l’entreprise.
L’étude met en évidence que le cadre classique des entreprises dans lequel les représentants des salariés ont depuis longtemps situé leur rôle et leurs actions tend à être à la fois dilué et éclaté par une logique de financiarisation, qui réduit l’entreprise à un rouage d’une mécanique financière exogène. Celle-ci est de plus en plus pilotée par toute une "industrie de la finance", qui s’est déployée avec la montée en puissance de la finance de marché et qui est relayée en interne par le développement de la "corporate governance". Elle est motivée par la recherche de liquidité et de rentabilité des placements sans cesse croissante, induisant un raccourcissement des horizons de gestion et un transfert des risques, tant au sein de la sphère financière que vers la sphère productive.
Cette industrie financière se distingue par la complexité croissante des montages financiers, profitant à de nombreux acteurs financiers, ainsi que par son aptitude à contourner les réglementations. Les pratiques des fonds d’investissement et les montages LBO, plus particulièrement étudiés, en sont l’illustration la plus aboutie.
Les entretiens effectués auprès de représentants des salariés soulignent un sentiment unanimement partagé de confrontation à de nouvelles logiques de fonctionnement qui modifient les règles du jeu antérieures. La pression exercée sur les salariés prend des formes renouvelées, notamment à travers la politique d’individualisation des rémunérations, un puissant dispositif d’incitation à l’accroissement des performances financières et par le maintien de l’organisation en situation de sous-effectif permanent. L’intensification de la charge de travail et la mise en concurrence des salariés conduit à une fragmentation des collectifs et à une perte de sens du travail réalisé.
L’exercice des prérogatives syndicales devient plus difficile en raison de cette logique de fonctionnement, qui vise à contourner le collectif pour développer des relations bilatérales entre dirigeants et salariés, de la complexité et la volatilité des périmètres à prendre en compte, ainsi que de l’opacité de la mécanique financière d’ensemble.
Face à ce besoin de nouveaux repères, des leviers d’actions sont esquissés, comme la mobilisation des droits existants en matière d’information et de consultation des représentants des salariés, l’utilisation des zones de vulnérabilité de ces nouveaux modes de propriété "financiarisés", ou encore l’utilisation des nouveaux champs de légitimité revendiqués par les entreprises (RSE) pour promouvoir une meilleure prise en compte des intérêts des salariés.
 
Méthode :
Une revue de la littérature sur les manifestations de la financiarisation (actuelles et historiques) a permis de mettre en évidence la manière dont, en creux, les logiques à l’oeuvre évincent la question des dynamiques caractérisant le monde salarial. L’étude des quelques travaux réalisés sur ces interrelations en souligne, par ailleurs, les difficultés d’appréhension.
Une étude de terrain a été réalisée, sous deux formes complémentaires :
Des entretiens auprès de représentants des salariés CFDT en situation de dialogue social (IRP et DS) dans une douzaine d’entreprises, un travail de capitalisation à partir de 22 missions d’expertise portant sur des entreprises sous LBO (Leverage-Buy-Out).