Le défi de l'insertion professionnelle des jeunes ultramarins

Publié le 09/04/2015

Si le  diagnostic de cet avis porte à reconnaitre un important rattrapage au cours des dernières décennies dans la plupart des Outre-mers grâce aux efforts des collectivités locales, l'engagement des professionnels de l'éducation et des familles et les apports financiers notamment du Fonds social européen, il faut rappeler pour la CFDT la situation très préoccupante de Mayotte. Construire des écoles, former des enseignants, ou équiper les lycées professionnels de matériel moderne, sont autant d’urgences absolues pour ce département.

Tout en approuvant le diagnostic et les préconisations de cet avis, la CFDT regrette que les travaux des différents CESR et des conseils consultatifs sur la culture n'aient  pas été suffisamment pris en compte dans les travaux alors que les sociétés civiles et les partenaires sociaux des Outre-mers contribuent à l'élaboration de solutions et leurs mises en œuvre. La CFDT encourage les conseils consultatifs locaux à se saisir du Fonds européen Garantie Jeunesse pour en tirer le meilleur parti pour l'insertion des jeunes en particulier des décrocheurs.

Cette réflexion sur l'avenir des jeunes doit s'inscrire dans les contrats de plan régionaux de formation  qui permettent la mobilisation de tous les acteurs. Parmi les priorités pour améliorer le service public d'éducation, pour la CFDT il convient de renforcer la formation des enseignants contractuels et de leur permettre de préparer les concours de titularisation.

Février 2015 - Présenté par Eustase Janky (Groupe Outre-mer) - Au nom de la délégation à l'Outre-mer

DECLARATION DU GROUPE CFDT 

 

Même s’il faut rester vigilant en raison de l'écart qui subsiste avec la métropole en matière d'offre scolaire et universitaire, d'accès à l'emploi pour les jeunes et de la persistance de l'illettrisme, le diagnostic porte à reconnaitre un important rattrapage au cours des dernières décennies dans la plupart des Outre-mers grâce aux efforts des collectivités locales, à l'engagement des professionnels de l'éducation et des familles et aux apports financiers notamment du Fonds social européen.

En revanche, à Mayotte, des efforts matériels et humains massifs sont nécessaires pour amorcer ce rattrapage tout en améliorant la gouvernance pour une utilisation adéquate des fonds. Construire des écoles, former des enseignants, ou équiper les lycées professionnels de matériel moderne, sont autant d’urgences absolues pour ce département.

Cet avis devrait mieux rendre compte du chemin parcouru tout en dégageant des priorités car il reste beaucoup à faire pour une population juvénile nombreuse et désireuse de réussir.

Tout en approuvant le diagnostic et les préconisations de cet avis, la CFDT regrette que les travaux des différents CESR et des conseils consultatifs sur la culture n'aient  pas été suffisamment pris en compte dans les travaux alors que les sociétés civiles et les partenaires sociaux des Outre-mers contribuent à l'élaboration de solutions et leurs mises en œuvre. La CFDT encourage les conseils consultatifs locaux à se saisir du Fonds européen Garantie Jeunesse pour en tirer le meilleur parti pour l'insertion des jeunes en particulier des décrocheurs.

Cette réflexion sur l'avenir des jeunes doit s'inscrire dans les contrats de plan régionaux de formation  qui permettent la mobilisation de tous les acteurs. Parmi les priorités pour améliorer le service public d'éducation, pour la CFDT il convient de renforcer la formation des enseignants contractuels et de leur permettre de préparer les concours de titularisation.

En préservant les mêmes objectifs d'insertion sociale et professionnelle des jeunes qu'en métropole, il est indispensable toutefois de prendre en compte les spécificités qui résultent de l'éloignement et de l'isolement de ces petites économies qui affectent le devenir des jeunes comme  les questions de mobilité régionale, l'impact des migrations internationales et l'apprentissage des langues.

La langue maternelle créole est à reconnaitre comme point d’appui pour l’apprentissage de la langue française.

Tout en renforçant les services d'insertion locale, il faut aussi aménager l'intégration régionale et l'accès aux services de formation en métropole qui demeurent des vecteurs d'insertion sociale et professionnelle.

Pour la CFDT l'amélioration de l'offre d'enseignement professionnel et technologique est primordiale en développant des formations à tous les niveaux. L'avis reconnait que le renforcement des liens avec les milieux professionnels est majeur pour diversifier et adapter les formations et développer les réponses en matière d'alternance, notamment d'apprentissage .

Des solutions innovantes doivent être recherchées dans ce tissu économique local dominé par les petites  et très petites entreprises. Dans son avis récent sur la microfinance, le CESE met l'accent sur l'accès des jeunes à ces types de financement et aux besoins d'accompagnement dans leurs projets.

La CFDT a voté l’avis.

 

 SYNTHESE OFFICIELLE DE L'AVIS

 

En maintenant une approche globale de la question de l’insertion professionnelle et sociale des jeunes ultramarins, en s’intéressant à leur scolarisation, du plus jeune âge jusqu’à l’enseignement supérieur, mais aussi à leurs activités associatives, culturelles et sportives ainsi qu’à leurs conditions d’insertion sur le marché du travail et dans la société, l’avis du CESE veut souligner les spécificités ultramarines et proposer un ensemble de préconisations dédiées aux jeunes ultramarins en vue de leur insertion. En effet, leur situation vis-à-vis de l’emploi demeure, depuis plusieurs années, difficile et doit être rapidement améliorée pour garantir leur avenir et le développement économique, social, culturel et environnemental de l’ensemble des Outre-mer.

Les préconisations du CESE

 

Améliorer la connaissance sur la formation et l’insertion professionnelle et sociale des jeunes ultramarins

 Pour atteindre cet objectif, le CESE préconise :

- que les populations de Mayotte, de Saint-Martin et de la Guyane soient mieux dénombrées, en particulier les jeunes ;

- que la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), service statistique du ministère de l’Éducation nationale, prenne mieux en compte les territoires ultramarins ;

- que le chapitre « Outre-mer » de la publication Repères et références statistiques de la (DEPP) fournissent les statistiques relatives au domaine scolaire pour chaque territoire ultramarin ;

- que le programme de travail du Centre d’études et de recherches sur les qualications (CEREQ) intègre de nouveau les problématiques ultramarines ;

- que les moyens humains et financiers du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse, actuellement fragilisés, soient au contraire confortés et que les appels à projets dédiés aux Outre-mer soient maintenus.

Améliorer les politiques éducatives et le niveau de formation des jeunes ultramarins

À cette le CESE préconise :

- que l’ensemble des acteurs concernés prennent toutes les mesures nécessaires à l’amélioration des conditions de scolarisation des enfants ultramarins à partir de deux ans afin de faciliter la maîtrise du français chez les plus jeunes, une bonne articulation avec les langues vernaculaires et prévenir l’illettrisme ;

- sur les territoires particulièrement concernés par ces enjeux comme Mayotte, la Guyane ou Saint-Martin, l’élaboration de plans spéciques de construction, de rénovation et de rétrocession des bâtiments scolaires et des terrains aux communes ;

- que soit mise en place dans chaque territoire ultramarin, sous la responsabilité du rectorat, une cellule rassemblant des professeurs de l’université et les enseignants du secondaire afin d’améliorer l’orientation en fonction du choix des élèves, des possibilités offertes par les universités et de la capacité des élèves à suivre une filière ;

- de favoriser l’accès des bacheliers technologiques et des bacheliers professionnels aux Instituts universitaires de technologie (IUT) et aux Sections de technicien supérieur (STS) et d’augmenter le nombre de places dans ces filières ;

- que la création d’emplois étudiants au sein des universités ultramarines soit soutenue

- de faire monter en puissance les lycées des métiers adossés à des internats dans l’ensemble des DOM, dans le cadre des contrats régionaux de développement des formations professionnelles

- qu’une Université régionale des métiers et de l’artisanat (URMA) soit implantée prioritairement dans les Outre-mer disposant d’une université afin de favoriser les synergies ;

- une « prépa année zéro » qui s’intercalerait entre le baccalauréat et la Première année commune aux études de santé (PACES) à l’attention des jeunes ultramarins volontaires qui souhaiteraient entreprendre des études de médecine. Cette année supplémentaire, non universitaire et facultative aurait pour objectif d’accroitre les chances des étudiants de réussir la PACES ;

- de mieux faire connaître auprès des étudiants ultramarins de médecine le Contrat d’engagement de service public (CESP) ;

- que les Agences régionales de santé (ARS) et les collectivités territoriales ultramarines mettent en place des dispositifs incitatifs pour favoriser le retour sur leur territoire des jeunes diplômés en médecine étant donné les enjeux de santé ;

- que le dispositif de santé scolaire et universitaire dans les Outre-mer soit conforté ;

- qu’un effort de formation continue des enseignants soit consenti prioritairement dans les territoires ultramarins en prenant appui notamment sur les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) ;

- que tous les enseignants dans les territoires ultramarins reçoivent obligatoirement, en amont de l’année scolaire, une initiation aux principales langues vernaculaires et aux cultures du territoire dans lequel ils travaillent ;

- que les nouvelles Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) initient dans les Outre-mer les futurs professeurs des écoles à l’inter-culturalité et aux langues vernaculaires ;

- de mettre à la disposition des enseignants des personnes parlant à la fois le français et la langue vernaculaire pour les aider dans leurs enseignements.

Évaluer, prévenir et mieux lutter contre l’illettrisme et le décrochage scolaire dans les Outre-mer

 

À cette effet le CESE préconise :

- que l’enquête « Information et vie quotidienne » (IVQ), qui permet de mesurer l’illettrisme, soit menée de façon régulière et simultanée dans l’ensemble des 11 territoires afin d’évaluer les actions mises en place ;

- la scolarisation des jeunes ultramarins le plus tôt possible en maternelle et la mise en place d’un dispositif de détection et d’accompagnement des enfants en difficulté dès l’école primaire avec des aides aux devoirs réalisés sur crédits publics ;

- qu’un chargé de mission de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) soit désigné en Polynésie française et à Saint-Martin ;

- que des plans de prévention et de lutte contre l’illettrisme soient élaborés pour la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Saint-Martin ;

- qu’un chef de file soit clairement identifié pour chaque plateforme ultramarine de suivi et d’appui aux jeunes décrocheurs et que le dispositif soit mis en place à Mayotte. Il préconise également que des dispositifs équivalents aux plateformes de décrochage scolaire soient opérationnels dans toutes les collectivités d’Outre-mer ainsi qu’en Nouvelle-Calédonie et qu’une évaluation de ces dispositifs soit effectuée et différents acteurs concernés ;

- que le réseau « Formation, qualification, emploi » (FoQualE) soit mis en œuvre à Mayotte et que des dispositifs analogues soient mis en œuvre dans les collectivités d’Outre-mer et en Nouvelle-Calédonie.
 

Revaloriser la mobilité des jeunes ultramarins

 

Afin de revaloriser la mobilité des jeunes ultramarins, le CESE préconise :

- que soit rétablie la prise en charge complète du coût du transport aérien, pour un voyage par an, pour l’ensemble des jeunes ultramarins dont les familles remplissent les conditions de ressources instaurées par la réforme du passeport mobilité-études ;

- qu’un bilan de la réforme des dispositifs de mobilité en faveur de jeunes ultramarins soit effectué d’une part pour vérifier que les objectifs visés ont été atteints et d’autre part pour s’assurer que les jeunes ultramarins n’ont pas été lésés ;

- la mise en œuvre, par L’Agence de l’Outre-mer pour la mobilité (LADOM), d’un accompagnement des étudiants ultramarins bénéficiaires du passeport mobilité-études ;

- que les jeunes mineurs puissent bénéfi cier du passeport mobilité professionnelle et que la période de versement de l’allocation complémentaire de mobilité couvre toute la durée de la formation ;

- que l’Agence Erasmus + France/Éducation Formation dispose de moyens spécifiques pour communiquer et informer en direction des territoires ultramarins et prendre en charge davantage de jeunes ultramarins dans le cadre d’ERASMUS + ;

- que l’enseignement et la formation aux langues étrangères soient améliorés dans les Outre-mer avec un véritable enseignement dès le primaire et des stages linguistiques dès la seconde ;

- d’expérimenter dans un territoire ultramarin volontaire, un dispositif selon le modèle d’ERASMUS + dans l’espace régional des territoires ultramarins en le finançant notamment par des fonds européens et de l’évaluer avant une éventuelle généralisation ;

- que l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) conclue des conventions relatives à la mobilité avec chacun des territoires ultramarins ;

- de définir des offres de formation et de recherche dans les domaines où les Outre-mer présentent un avantage comparatif, qui contribuent au développement régional, et qui soient visibles et ouvertes sur l’international.

Améliorer l’insertion et l’accés à l’emploi dans les Outre-mer

 

À cette fin, le CESE préconise :

- dans chaque territoire ultramarin la création d’un observatoire régional des métiers et la mise en œuvre d’une Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) territoriale ;

- que le Service militaire adapté (SMA) soit doté des moyens financiers et humains nécessaires à la prise en charge des jeunes, et notamment que les crédits d’investissement en infrastructures et en équipements, indispensables pour la pérennité de son action, soient mis en adéquation avec la réalité des besoins et le cas échéant augmentés. Le CESE insiste pour que la durée minimum de formation ne soit pas inférieure à huit mois afin que les jeunes en retirent un bénéfice durable et que les taux d’encadrement des jeunes ne soient pas diminués ;

- de favoriser l’accès à l’alternance et au premier emploi ;

- une augmentation du nombre de contrats aidés en faveur des jeunes pour chacun des territoires ultramarins. Le CESE recommande également une évaluation de l’utilisation de ces contrats afin de lever à la fois les freins à leur mise en œuvre et de vérifier leurs effets sur le parcours d’insertion des jeunes notamment en termes de formation ;

- que le dispositif « Garantie jeunes » soit déployé en 2015, le plus rapidement possible en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane et que Mayotte soit également prise en compte ;

- de bien identifier les acteurs associatifs sur chaque territoire ultramarin et les potentialités qu’ils présentent en termes de lien social et d’insertion des jeunes, de les faire connaitre et de les soutenir dans leurs actions et programmes ;

- que les jeunes ultramarins puissent faire reconnaitre et valider les compétences résultant de leurs activités associatives, culturelles et sportives (travail d’équipe, esprit d’initiative, sensibilité au multiculturalisme...), dans le cadre général d’une reconnaissance et d’une validation des acquis non formels ;

- une amélioration de l’offre d’équipements sportifs dans les territoires ultramarins ainsi que la promotion des emplois sportifs afin que le sport puisse contribuer davantage à l’insertion professionnelle et sociale des jeunes ultramarins ;

- que le service civique, et en particulier quand il participe à la lutte contre le décrochage scolaire, fasse l’objet d’une vigoureuse campagne d’information dans les Outre-mer, afin qu’il puisse bénéficier à davantage de jeunes, les moyens humains et financiers devant être adaptés ;

- que des mesures spécifiques soient prises en faveur de l’emploi des femmes dans les Outre-mer ;

- une augmentation du nombre de places dans les structures de travail protégé afin que leur taux d’équipement par territoire ultramarin rejoigne le taux métropolitain ;

que les conditions de formation des jeunes détenus au sein des établissements pénitentiaires et de leur réinsertion notamment sur le marché du travail fassent l’objet de mesures spécifiques soutenues en particulier par les collectivités locales et par l’Éducation nationale ;

- de promouvoir certains secteurs clefs ou d’avenir, porteurs d’emplois, dans le cadre d’un nouveau modèle de développement de chacune des collectivités ultramarines ;

- que soit facilité l’accès des jeunes ultramarins à tous les emplois publics par des mesures spécifiques de préparation aux concours et examens ;

- que l’Observatoire de la fonction publique de Saint-Pierre-et-Miquelon soit effectivement mis en œuvre et que l’évaluation de son fonctionnement préfigure également la création d’un tel outil dans d’autres territoires ultramarins ;

- la mise en œuvre d’un plan pour promouvoir l’entrepreneuriat auprès des jeunes ultramarins afin de les aider et les accompagner dans la création de leur entreprise et de leur propre emploi ;

- de conforter l’action des CESER ou des organismes équivalents dans l’évaluation et le suivi des politiques d’insertion et de tenir une conférence annuelle des représentants des Outre-mer sur ce thème permettant le partage d’expériences et donnant une cohérence d’intervention.

 

 

Le texte complet sur le site du CESE