La pédagogie numérique : un défi pour l'enseignement supérieur

Publié le 09/04/2015

La pédagogie numérique, si elle ne se limite pas à mettre en ligne le même cours que celui donné en amphi,  peut présenter plusieurs vertus : permettre à chacun d’apprendre à son propre rythme, favoriser l’apprentissage par les pairs, faciliter l’accès de tous au savoir universitaire, autant de facteurs de réussite. Cela demande des capacités en termes d’ingéniérie de formation, qui doivent être reconnues dans la carrière des enseignants-chercheurs. Ajoutons que de tels dispositifs peuvent renouveller la formation continue.

Pour la CFDT, il ne faudrait pas que les Mooc soient réservés à la seule « clientèle » solvable d’établisements supérieurs qui peuvent en répercuter le coût dans les frais de scolarité ou bien encore à la formation commanditée par les entreprises, comme cela se voit dans d’autres pays. L’avis se prononce au contraire pour un modèle français où la formation universitaire doit être accessible à tous, et la CFDT partage ce point de vue mais demeure inquiète cependant face aux inégalités qui perdurent entre universités et formations supérieures sélectives.

Février 2015 - Présenté par Azwaw Djebara (Groupe Jeunes - UNEF) et Danielle Dubrac (Entreprises - Medef) - Au nom de la section de l'éducation, de la culture et de la communication.

DECLARATION DU GROUPE CFDT

 

Le présent avis prend sa place dans un ensemble d’avis passés ou à venir consacrés aux changements majeurs provoqués par l’introduction du numérique dans la plupart des champs de l’activité humaine et des savoirs.

Notre assemblée a adopté le 25 septembre 2012 un avis sur la démocratisation de l’enseignement supérieur, rapporté par Gérard Aschieri, dans lequel l’accent était notamment mis sur l’indispensable rénovation pédagogique pour permettre la réussite du plus grand nombre. L’avis qui nous est soumis aujourd’hui donne sans doute un élément de réponse par l’introduction de la pédagogie numérique. Si bien entendu celle-ci ne se limite pas à mettre en ligne le même cours que celui donné en amphi, elle peut en effet présenter plusieurs vertus : permettre à chacun d’apprendre à son propre rythme, favoriser l’apprentissage par les pairs, faciliter l’accès de tous au savoir universitaire, autant de facteurs de réussite. Cela demande des capacités en termes d’ingéniérie de formation, qui doivent être reconnues dans la carrière dees enseignants-chercheurs. Ajoutons que de tels dispositifs peuvent renouveller la formation continue : l’avis le souligne sans l’analyser plus avant, car ce n’était pas son objectif immédiat.

Le projet d’avis analyse avec pertinence les différents enjeux de cette introduction du numérique dans l’enseignement supérieur. La CFDT en identifie principalement trois.

Il y a d’abord son modèle économique : les Mooc coûtent cher et il ne faudrait pas qu’ils soient réservés à la seule « clientèle » solvable d’établisements supérieurs qui peuvent en répercuter le coût dans les frais de scolarité ou bien encore à la formation commanditée par les entreprises, comme cela se voit dans d’autres pays. L’avis se prononce au contraire pour un modèle français où la formation universitaire doit être accessible à tous, et la CFDT partage ce point de vue mais demeure inquiète cependant face aux inégalités qui perdurent entre universités et formations supérieures sélectives.

En second lieu, la question de la certification des formations suivies par l’intermédiaire de Mooc. Lorsque les Moocs ne sont qu’une des modalités d’une formation universitaire intégrant par ailleurs du présentiel, la question ne se pose pas. Mais comment certifier des formations suivies uniquement par l’intermédiaire de Mooc ? Qu’il s’agisse de formation initiale ou de formation continue ? Nous regrettons de n’avoir pu aller plus loin sur cette question essentielle.

Enfin, les Mooc et la pédagogie numérique en général peuvent constituer un vecteur important de modularisation des diplômes et de développement de la transversalité. Cette évolution est indispensable dans une époque où les études supérieures ne peuvent plus se limiter aux apports d’un seule université ou d’un seul établissement territorialement isolé. Mais les Mooc ne peuvent suffire à cela à eux seuls, c’est l’organisation des parcours de formation supérieure qui doit aussi le permettre : le numérique peut à cet égard servir de ferment et d’accélérateur de cette nécessaire évolution.

La CFDT partage les analyses et les préconisations du projet d’avis, et elle souhaite que ces aspects insuffisemment explorés aujourd’hui puissent faire l’objet d’un travail futur.

La CFDT a voté l’avis.

 

 

SYNTHESE OFFICIELLE DE L'AVIS

 

Le développement du numérique est venu, depuis quelques années, transformer notre mode de vie et nos habitudes dans tous les domaines. La rapidité de son évolution bouleverse une partie de nos pratiques. L’enseignement supérieur est un domaine où la pédagogie numérique a transformé le quotidien des enseignants et des étudiants.

Constat et enjeux : Où en sommes-nous de la pédagogie numérique dans l’enseignement supérieur ?

 

La pédagogie numérique est récente et n’est pas appliquée dans tous les établissements. Il est utile d’en faire le constat et d’en démontrer les enjeux.

Dans un premier temps il est utile d’évoquer l’historique de l’usage du numérique dans l’enseignement supérieur, en rappelant notamment l’émergence du e-learning et la création d’universités numériques. Depuis quatre ans, nous assistons à une accélération très importante du numérique, avec notamment l’apparition du phénomène MOOC. Des expérimentations ont été réalisées sur le plan mondial. En France, une initiative ambitieuse a été lancée, il s’agit de France Université Numérique (FUN).

De nombreux projets dans la pédagogie numérique sont conduits car nous vivons, véritablement, une révolution du numérique. La technologie du numérique doit être au service de l’apprenant. Dans ce cadre, le rôle du service public mérite d’être réaffirmé et sa réorganisation est nécessaire. La pédagogie numérique concerne aussi la francophonie qui constitue un enjeu réel.

Les préconisations :

 

Il n’est pas possible d’aborder toutes les problématiques et les champs qui mériteraient de faire l’objet de préconisations. La matière est trop récente et trop évolutive, aujourd’hui, nous nous contenterons d’aborder dans les préconisations les points qui nous semblent essentiels, sachant que nous ne pouvons pas prévoir l’avenir dans ce domaine, compte tenu de la fulgurance de l’évolution technique.

Développer la recherche et l’évaluation afin de disposer de données sur les pratiques

 

Tout d’abord, il est souhaitable d’évaluer l’existant, en particulier les équipements. Il faut réaliser un état des lieux. Cela pourrait déboucher sur la mise en place d’un plan national de mise à niveau du parc informatique des établissements.

Les expériences pédagogiques doivent être évaluées et leurs résultats diffusés. Cette évaluation pourrait être réalisée au niveau national par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur. Ce travail peut permettre au CNESER d’établir des recommandations quant aux objectifs à atteindre.

Ces évaluations doivent amener les acteurs à développer la recherche sur l’usage du numérique. Dans le domaine du développement, les recherches concernant le domaine pédagogique, doivent être impulsées et dynamisées.

Valoriser et favoriser l’engagement pédagogique des enseignants-chercheurs

 

La garantie à tous les enseignants d’un droit à la formation est nécessaire. Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation ont vocation à mettre en place une formation dédiée à la pédagogie numérique à tous les niveaux.

L’ouverture d’une négociation avec les représentants des enseignants-chercheurs semble utile. Ce chantier permettrait d’ajuster, modifier, réorganiser ce qui est nécessaire pour répondre aux enjeux du numérique et permettre aux enseignants-chercheurs d’être la tête de pont de la pédagogie numérique. D’autres questions inquiètent les enseignants, et plus particulièrement, celles de la propriété intellectuelle et du droit d’auteur. Des mesures de protection sont à envisager. Le développement des licences libres pourrait être également incité.

Structurer la stratégie nationale du numérique dans l’enseignement supérieur

 

La plateforme France Université Numérique doit constituer le vecteur principal de la stratégie française et pourrait également constituer une base pour l’Europe. Il s’avère nécessaire d’améliorer les statuts et la gouvernance de FUN. Par ailleurs des formes nouvelles de certifications doivent être créées.

Le développement des Universités numériques thématiques (UNT) doit être intégré dans le cadre de la stratégie nationale. Celle-ci doit s’appuyer aussi bien sur FUN que sur les UNTqui doivent être accompagnées. Ce développement est nécessaire pour l’accès à l’enseignement supérieur des territoires enclavés de la métropole comme de l’Outre-mer.

La protection des données personnelles pourrait se concrétiser par la réalisation, par la CNIL, d’un guide pratique.

Toujours dans le domaine de la stratégie, la France doit favoriser les initiatives de pédagogie numérique dans l’espace francophone. FUN peut en constituer un des piliers.

Dans le cadre de la formation continue, les SPOC sont appelés à devenir le principal outil de développement dans les établissements d’enseignement supérieur.

Poser un cadre de financement de la stratégie numérique

 

Cette stratégie nationale dans le domaine du numérique ne pourra se décliner que si un cadre de financement est arrêté. Il est nécessaire de mettre en oeuvre des solutions d’accompagnement financier des établissements par l’Etat. Ceux-ci doivent utiliser les nouvelles possibilités induites par le numérique afin de développer leurs fonds propres.

La mise en oeuvre de la pédagogie numérique dans les établissements

 

La pédagogie numérique dans les établissements passe tout d’abord par le développement des équipements. Les locaux et les équipements doivent être adaptés aux évolutions liées au numérique pour chaque établissement. L’accès au haut débit doit être garanti sur tous les sites de l’enseignement supérieur.

Il faut développer les systèmes d’information et de gestion pour qu’ils soient adaptés aux besoins. Pour cela des schémas de coordination du numérique doivent être mis en place au sein de chaque regroupement d’établissements. Par ailleurs les structures d’appui pédagogique et technique doivent être développées. Il faut accompagner les évolutions induites par le numérique en poursuivant la généralisation et le développement des services universitaires pédagogiques.

Faire émerger un écosystème du numérique dans l’enseignement supérieur

 

Il faut entendre par écosystème le fait de mettre en connexion et en synergie des acteurs divers opérant de façon autonome sur des sujets identiques, de sorte que leur production s’en trouve stimulée et enrichie pour un bénéfice commun.

La filière du numérique dans l’enseignement supérieur doit être structurée en favorisant le dialogue, la structuration de l’offre et de la demande et une répartition claire de ce qui doit relever de l’intervention publique et ce qui peut être délégué au privé.

Il est également recommandé d’initier des politiques d’investissements ciblés des projets nationaux et territoriaux oeuvrant au développement de la pédagogie numérique et à la constitution d’écosystèmes locaux.

Le développement de la pédagogie numérique est largement conditionné par l’existence de ressources pédagogiques de qualité. Il faut s’engager dès maintenant dans le développement de l’édition numérique. L’Etat doit intervenir pour lever les obstacles qui peuvent empêcher le développement de la structuration de la filière de la pédagogie numérique.

La transition vers la pédagogie numérique doit poursuivre un objectif de démocratisation, car le numérique est surtout et essentiellement un moyen qui peut apporter des solutions inédites.

Ce mouvement d’ensemble doit s’inscrire dans la durée pour que le maximum d’acteurs puisse s’approprier la pédagogie numérique.

 

Le texte complet sur le site du CESE