L'impact du chômage sur les personnes et leur entourage : mieux prévenir et accompagner

Publié le 02/06/2016

Si le travail est un déterminant de santé, de fait le non travail l’est également. Cet avis traite des impacts du chômage sur la santé physique et psychologique des personnes. L’avis préconise par exemple  l’établissement de statistiques sur le lien santé-chômage ainsi que des mesures de lutte contre les discriminations et les jugements de valeurs à l’encontre des personnes au chômage ayant un impact important sur leur santé psychologique.Plus globalement, la préconisation générale visant à vouloir changer le regard et mieux accompagner les personnes au chômage et leur entourage, sans s'enfermer dans le compassionnel, constitue pour la CFDT une ambition qu'il est impératif de réussir, même si la première ambition reste la résorption du fléau que constitue le chômage.  

 

 

Mai 2016

Présenté par Jacqueline Farache(CGT) - Au nom de la section des affaires sociales et de la santé

Ici le lien pour télécharger l'avis sur le site du CESE

DECLARATION DU GROUPE DE LA CFDT

 

Cet avis en raison de son traitement transmandature interrompu à deux reprises (saisine  sénatoriale et fin de mandat)  reste, hélas, d'une cruelle actualité. 

Cet avis n’est pas une étude de plus sur le chômage ses causes et ses remèdes. L'originalité de son approche réside dans la volonté d'aller au-delà des chiffres de base pour s'intéresser à ce que certains pourraient qualifier de "dommages collatéraux ". Toutefois, ces derniers sont révélateurs des conséquences intrinsèques au chômage notamment sur le plan physique et psychique qui, à moyen et long terme, aggravent la facture des systèmes de protection sociale et contribuent à mettre à mal la cohésion sociale.  

Pour la CFDT, cet avis montre clairement que si le travail est un déterminant de santé, admis dans le débat public, le non travail doit être également considéré comme tel. 

La préconisation générale visant à vouloir changer le regard et mieux accompagner les personnes au chômage et leur entourage, constitue pour la CFDT une ambition qu'il est impératif de réussir, même si la première ambition reste la résorption du fléau que constitue le chômage.  

La vigilance continue de la section de ne pas nous enfermer dans le compassionnel est à relever tant la subjectivité de la problématique posée pouvait nous y conduire. 

Pour la CFDT, toutes les préconisations allant dans le sens d'une meilleure prévention plutôt que d'une aléatoire réparation, sont pertinentes :

-  Mise en place d'un 21ème critère de discrimination ;

- Amélioration de  la connaissance par des études épidémiologiques ;

- Mise en place et le cas échéant renforcement des actions d'accompagnement global des individus et de leur famille, y compris en développant les lieux d'accueil des jeunes enfants, en articulant plus et mieux toutes les initiatives des acteurs publics et associatifs mais aussi celles de la société civile organisée sur les territoires ;

- Mobilisation de l'ensemble des acteurs de la santé. 

Pour ces différentes raisons la CFDT a voté favorablement cet avis.

 

SYNTHESE OFFICIELLE DE L'AVIS

 

Bien que le chômage soit désormais un phénomène massif, (3,6 millions de personnes en 2015 – Pôle emploi), le traumatisme qu’il entraine, ses conséquences sociales et l’impact sur l’entourage restent encore trop méconnus. Pour le Conseil économique, social et environnemental, les politiques publiques, notamment sanitaires, doivent mieux accompagner les personnes pendant le temps qui les sépare d’un retour à emploi. Au-delà, c’est toute la société qui doit s’impliquer pour changer de regard sur les personnes en situation de chômage.

Le chômage est la première préoccupation des Français. La crise économique de 2008 a aggravé une situation qui touche désormais 10,6  % de la population active. Il est aujourd’hui plus difficile de retrouver un emploi et la durée moyenne du chômage atteint 1 an et quatre mois (fin 2015). Plus préoccupant, certaines catégories comme les personnes peu qualifiées, les jeunes, les femmes, les séniors, les personnes en situation de handicap rencontrent des difficultés particulières d’insertion professionnelle, 5,4 millions de personnes alternent chômage et emploi précaire.

Au choc du chômage s’ajoute la précarité financière car si l’indemnisation joue un rôle d’amortisseur de la baisse des revenus, 40  % des chômeur.euse.s ne la perçoivent pas et la moitié d’entre eux.elles touchent moins de 500 euros par mois (2014). Des droits sont ouverts aux chômeur.euse.s comme la validation de trimestres retraite, sous certaines conditions, ou le maintien de la couverture santé antérieure (lorsque leurs ressources diminuent, ils peuvent bénéficier de la protection universelle maladie/PUMA et d’une complémentaire santé, CMU-c ou l’aide à la complémentaire santé – ACS – en fonction des revenus). Pour autant, le non recours à leurs droits à prestations sociales est un phénomène très marqué chez les personnes au chômage.

Le chômage est désormais une question de santé publique  ; 10 à 14 000 décès par an lui sont imputables du fait de l’augmentation de certaines pathologies, maladie cardio-vasculaire, cancer... (Enquête SUIVIMAX, Inserm). Il multiplie le risque de connaitre un épisode dépressif, 24  % des hommes et 26  % des femmes sont ainsi concernés (Dares 2015). Une progression de 10  % du taux de chômage se traduit par une augmentation de 1,5 % du taux de suicide (Bull épidémiologique 2015).

Le chômage a un impact social majeur. Il augmente le risque de séparation et d’isolement social, il impacte l’avenir scolaire des enfants (Insee, 2004), il retarde la venue d’un premier enfant (INED, 2011).

Non seulement ces conséquences sont ignorées mais «  une certaine fatigue de la compassion » s’exprime. Ainsi, 60  % des personnes interrogées estiment que les chômeur.euse.s pourraient trouver un emploi s’ils.elles le voulaient vraiment et 46  % que les pouvoirs publics n’en font pas assez pour les personnes les plus démunies contre 73 % en 1994 (enquête CREDOC). Pourtant, notre pays voit arriver chaque année 150 000 actif.ive.s de plus sur le marché du travail sans que notre pays puisse créer un nombre suffisant d’emplois.

Pour le Conseil économique, social et environnemental, le regard sur les personnes en situation de chômage doit évoluer et devenir plus bienveillant et objectif. Prévenir les conséquences sociales les plus dévastatrices pour les personnes au chômage et leur entourage suppose de lutter contre une stigmatisation qui nuit à l’exercice légitime de leurs droits, à l’image qu’ils.elles ont d’eux.elles-mêmes et in fine à leur réinsertion même sur le marché du travail.

 

LES PRECONISATIONS DU CESE

 

Changer de regard et mieux accompagner les personnes au chômage

 

FAIRE ÉVOLUER LA REPRÉSENTATION DES PERSONNES AU CHÔMAGE

 

- en soutenant la création d’un 21e critère de discrimination basé sur la précarité sociale et en inscrivant à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale la proposition de loi, déjà votée par le Sénat. Cette préconisation a fait l’objet d’un dissensus car ce critère apparait à certains comme une source d’insécurité juridique pour les entreprises relative à son inscription éventuelle dans le code du travail ;

- en organisant une campagne médiatique de sensibilisation et d’information nationale sur la réalité vécue par les demandeur.euse.s d’emploi et en encourageant les mobilisations citoyennes ;

- en développement des études sociologiques et statistiques sur l’impact du chômage sur les familles (les séparations, les conséquences sur les enfants et l’autonomie des jeunes).

les personnes au chômage

 

DÉVELOPPER LA PRISE EN CHARGE PRÉVENTIVE AU PLAN PSYCHIQUE ET PHYSIQUE

 

Développer des études épidémiologiques :

- en intégrant le facteur du chômage dans les cohortes sanitaires de population générale ;

- en diligentant des études épidémiologiques plus ciblées afin de mieux cerner les facteurs de risque liés au chômage.

Mettre en place des actions d’accompagnement psychologique :

- en diffusant de l’information sur les lieux d’écoute, de soutien et d’accompagnement ;

- en proposant un soutien psychologique à chaque personne reçue par Pôle emploi si elle le souhaite ;

- en élaborant un guide de bonnes pratiques, applicable par les employeur.e.s lors et après la notification de licenciements individuels ou collectifs et négocié par les partenaires sociaux.

Mobiliser l’ensemble des acteur.rice.s de la santé :

- en orientant les personnes qui le souhaitent vers un premier bilan médical,

dès le premier entretien avec le conseiller Pôle emploi ;

- en proposant une prise en charge préventive grâce à une meilleure coopération avec les centres d’examen de santé ;

- en favorisant un repérage précoce des situations de fragilité spécifiques au chômage grâce à une meilleure prise en compte de cette dimension dans la formation et le management des équipes des professionnel.le.s du travail social et de Pôle emploi ;

- en engageant des travaux pour réfléchir à l’organisation de la couverture de l’ensemble de la population active par le système de santé au travail et en prévoyant les moyens d’un suivi incluant la traçabilité des risques et des expositions professionnelles ;

- en associant plus étroitement le Régime social des indépendants (RSI) et les caisses d’Assurance maladie pour un meilleur suivi des travailleur.euse.s indépendant.e.s ayant involontairement cessé leur activité ;

- en diffusant les connaissances relatives au chômage comme facteur de risque dans le module sur la prévention du tronc commun de la première année des études de santé et dans la presse professionnelle.

 

RENFORCER LE CARACTÈRE GLOBAL DE L’ACCOMPAGNEMENT

 

- en améliorant la qualité de l’accueil à Pôle emploi :

. par la diffusion d’un guide d’accueil et d’accompagnement remis au demandeur.euse d’emploi ;

. par la clarification des courriers et le maintien de la possibilité d’un accueil physique afin que l’inscription ne soit uniquement dématérialisée ;

. par la formation et l’accompagnement des personnels afin de les aider à faire face à leur charge mentale et émotionnelle.

- en favorisant l’insertion sociale et professionnelle :

. des jeunes : en ouvrant des financements à la hauteur de la généralisation de la garantie jeunes ;

. des parents : en accélérant la création de places de crèches et en finançant des crèches à vocation d’insertion professionnelle, en garantissant l’accès de tous les enfants à la cantine.

- en prévenant certaines conséquences financières du chômage :

- en soutenant les approches budgétaires qui prennent en compte les conditions de vie et les manques ressentis ;

- en prévoyant des budgets d’urgence auprès de diverses institutions – action sociale des Départements et d’organismes de protection sociale – pour apporter un soutien financier face aux restes à charge des appareillages sanitaires (prothèses auditives et dentaires, lunettes).

- en favorisant les liens sociaux et la participation des personnes au chômage :

. en diffusant les bonnes pratiques des initiatives locales qui permettent d’associer les personnes en situation de chômage aux politiques publiques en faveur de l’insertion sociale et professionnelle ;

. en attribuant aux associations et organisations qui soutiennent et accompagnent les personnes privées d’emploi, les moyens financiers qui leur permettent d’accomplir leur mission et leurs actions.