L'emploi dans la transition écologique

Publié le 01/06/2015 (mis à jour le 01/07/2015)

Les changements climatiques en cours mettent en exergue notre capacité à prendre en charge les enjeux écologiques et de développement durable. La question de l’emploi est posée avec l’évolution du modèle de production et de consommation rendue incontournable pour économiser les ressources et réduire les pollutions et les atteintes à l’environnement. 

S’il est difficile d’évaluer quels seront réellement les impacts sur l’emploi, il est cependant nécessaire de mettre en place une veille prospective dans une démarche anticipative. Des besoins nouveaux vont émerger auxquels il faudra apporter des réponses en termes de formations et de perspective métiers. Des métiers évoluent déjà pour s’adapter aux changements climatiques et écologiques, ce mouvement va se poursuivre. L’avis propose que tous les acteurs, chacun à son niveau, s’impliquent dans une démarche cohérente et coordonnée et favorisant un dialogue social constructif.

 

Mai 2015

Présenté par Marie-Béatrice Levaux (PQ) et Bruno Genty (environnement) - Au nom de la section du travail et de l'emploi

DECLARATION DU GROUPE CFDT

 

Ce projet d’avis se situe dans la continuité des avis adoptés par le CESE sur les enjeux écologiques et le développement durable. Les auditions ont souligné la difficulté de mesurer toutes les conséquences en termes de création ou de suppression d’emploi. Il parait plus évident de parler d’évolutions des activités ou des métiers d’où l’importance d’agir le plus tôt possible par des mesures de veille, d’anticipation et d’accompagnement dans les territoires, les branches, les entreprises, pour détecter et répondre aux besoins nouveaux.

Certaines préconisations retiennent plus particulièrement notre attention.

La CFDT fait de l’emploi et de la sécurisation des parcours professionnels une priorité. Nous considérons, comme l’avis, qu’un dialogue social constructif est nécessaire pour répondre aux besoins de compétences et de qualifications, de certification, de formations et de conditions de travail.

Nous approuvons les recommandations en faveur de la GPEC et de l’élargissement du champ de l’information-consultation aux questions de la transition écologique, dans l’entreprise et la branche. Les entreprises sont au cœur du sujet mais pour la majorité d’entre elles se posera la question des moyens pour agir. Ce qui renvoie à la capacité des branches à s’organiser pour apporter visibilité et accompagnement aux changements induits par la transition écologique. La CFDT soutient fortement la proposition de renforcer les branches dans leur rôle d’aide aux petites et moyennes entreprises.

Nous considérons qu’il y a une importance particulière à promouvoir les travaux menés par les comités de filières et le CNI, à favoriser et renforcer le croisement des analyses prospectives émanant des branches et des territoires, ainsi qu’à améliorer la coordination entre les observatoires des métiers, de branches et de régions. Pour la CFDT cette coordination est indispensable et doit faciliter l’anticipation et la construction de passerelles entre métiers.

Ainsi les contrats d’Etudes prospectives contribuent à définir une politique de branche et à sensibiliser sur le sujet. L’étude prospective menée en l’IDF dans le cadre du plan Climat-Air-Energie sur les besoins induits par des politiques environnementales, énergétiques et climatiques est un exemple intéressant, l’intérêt de travaux intersectoriels est mis en évidence.

Les écoliers de Landéan sont venus nous dire, récemment, que les changements ont déjà commencé, que la prise de conscience peut être compliquée parce que les effets ne sont pas toujours visibles, mais que les conséquences peuvent être graves si rien n’est fait. Ils nous ont rappelé que l’adaptation passe par plus de pédagogie, d’informations en direction d’un public le plus large possible et notamment des jeunes.

C’est pourquoi la relance de la concertation nationale interprofessionnelle, prévue par la loi de grenelle 1 sur le développement durable, est nécessaire.

Il s’agit d’un changement de modèle économique qui concerne toute la société. C’est l’ensemble des acteurs qui doit participer à la réflexion et contribuer à la mise en place d’une stratégie politique cohérente, volontariste, nationale et européenne, notamment pour donner un cadre stable et éclairant aux acteurs sociaux, économiques et aux citoyens. Lors de la COP 21 l’emploi doit faire partie intégrante des débats et des objectifs.

La CFDT a voté l’avis.

SYNTHESE OFFICIELLE DE L'AVIS

 

Les liens entre une économie plus respectueuse de l’environnement et la création d’emplois apparaissent désormais régulièrement dans les déclarations et positions officielles aux niveaux national et européen.

L’engagement collectif dans les politiques de transition écologique conditionne la réalisation de ce potentiel de création et de transformation d’emplois. Or, en dépit de l’affichage d’objectifs de lutte contre le changement climatique et de protection de la biodiversité, l’action publique correspondante reste, dans bien des domaines, à consolider pour que la transition écologique apparaisse comme un

choix structurant. Les hésitations autour de la question du renchérissement du carbone et l’échec du marché européen des permis d’émission constituent une illustration de cette faiblesse.

La transition écologique ne sera une opportunité réelle pour l’emploi que si elle est engagée avec constance, détermination et cohérence. Aujourd’hui la politique qui répond le mieux à cet impératif est celle conduite dans le domaine de l’amélioration énergétique du bâtiment, avec la participation active de la profession et qui a des effets mesurables sur l’activité et l’emploi. Pourtant, il existe une complémentarité de fait et une articulation nécessaire entre l’accompagnement de la transition écologique et la politique de sortie de crise en France. Les évolutions du modèle économique, les innovations peuvent être capitalisées dans le cadre du Conseil national de de l’industrie (CNI).

La question de l’emploi est posée tant dans sa dimension quantitative que qualitative : l’appareil de formation initiale et continue doit accompagner la transformation des activités. L’emploi n’est pas une simple conséquence ou une simple variable d’ajustement de la transition écologique, il conditionne aussi la réussite de cette dernière. L’enrichissement en compétences et en qualifications, les transitions professionnelles doivent être envisagés avec un certain volontarisme comme faisant partie intégrante des stratégies conduites par les autorités publiques et les acteurs économiques, sociaux et environnementaux.

Dans une optique quantitative, l’appréciation des effets de la transition écologique sur l’emploi ne saurait se limiter à comptabiliser le nombre d’actifs dans « l’économie verte ». Elle doit au contraire embrasser l’ensemble des activités concernées par les mesures visant à changer en profondeur les façons de produire et de consommer.

Anticiper et favoriser les reconversions professionnelles, identifier et valoriser les compétences et les qualifications nécessaires à la transition écologique impliquent que les entreprises soient en mesure de traduire leurs orientations stratégiques au sein d’un processus de consultation des salariés sur l’emploi et la formation. Dans les grandes entreprises, l’obligation de négocier la Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) doit mieux intégrer l’objectif de transition écologique. Pour les entreprises de plus petite taille, des moyens d’anticiper les mutations sont à mobiliser dans les branches et les territoires.

Données Chiffrées :

 

- Les activités de l’économie verte emploient 5 100 000 personnes soit 19 % de la population active recensée (INSEE, 2010).

- 100 000 emplois supplémentaires créés entre 2014 et 2016, c’est l’objectif affiché par la Stratégie nationale de la transition écologique vers un développement durable.

- 75 000 emplois pourraient être créés par l’amplification de la rénovation énergétique des bâtiments.

Renforcer la prise en compte du volet emploi-formation de la transition écologique dans les branches, les entreprises et les territoires  

 

- aux partenaires sociaux dans l’entreprise, d’intégrer les enjeux de la transition écologique dans la GPEC et les plans de formation ;

- aux branches professionnelles, de renforcer leur rôle d’aide à la GPEC, au bénéfice des petites et moyennes entreprises et en lien avec les initiatives territoriales ;

- aux collectivités publiques, aux entreprises et aux associations, de proposer une formation qualifiante aux jeunes titulaires de contrats d’avenir dans les emplois de l’économie verte.

Améliorer l'évaluation de l'emploi dans la transition écologique

 

- mieux chiffrer l’emploi dans l’économie verte en s’attachant à l’évolution effective des pratiques professionnelles au regard d’objectifs environnementaux ;

- favoriser une collaboration entre le Conseil national de l’information statistique et les branches sur le sujet ;

- compléter les indicateurs de productivité par une mesure de la contribution des activités économiques à la préservation de l’environnement et à l’économie des ressources ;

- mettre la transition écologique à l’agenda des études prospectives conduites dans les secteurs d’activité ;

- prévoir un contrat d’étude prospective régional interprofessionnel sur la transition écologique par mandature des conseils régionaux.

Favoriser la concertation avec la société civile organisée sur l'emploi dans la transition écologique

 

- inviter, à titre expérimental, un représentant des organisations environnementales à participer aux travaux du Conseil national de l’industrie (CNI) ;

- prévoir, dans le cadre de la réforme territoriale, un schéma de gestion de GPEC territoriale de transition écologique sur lequel seraient consultés les Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux ;

- élargir la compétence des commissions de suivi de site en matière de prévention des risques pour leur permettre d’accueillir les alertes émises par les CHSCT.

 

Le texte complet sur le site du CESE