Le monde arabe, quels enjeux ?

Publié le 07/01/2013

Revendication de démocratie et de dignité, lutte contre le chômage endémique et la corruption caractérisent ce qui a été appelé le Printemps arabe. Nombre de pays de la région ont été traversés par ces révolutions : le peuple a manifesté son opposition à la dictature et sa détermination pour la mise en œuvre de la démocratie. La Tunisie, l’Égypte, la Libye, la Jordanie, le Yémen, le Maroc ont agi pour tenter de mettre fin aux abus de pouvoirs de dirigeants autocrates.

Le Printemps arabe a permis à des peuples de réclamer des libertés et des droits qui leur avait été confisqués. Pour autant, comprendre les mutations en cours dans le monde arabe n’est pas chose aisée tant la réalité historique, économique, sociale et culturelle de chaque pays est différente. La complexité des situations invite à la mesure quant à l’analyse des défis à relever pour ces pays.

L’objectif premier de ce numéro de La Revue de la CFDT est de donner à voir quelques tendances saillantes qui caractérisent les enjeux économiques, sociaux, religieux et géopolitiques de cette région. Le second objectif est d’apporter des éclairages sur les enjeux syndicaux qui se posent actuellement dans ce nouveau contexte aux forces syndicales nouvelles ou non.

La démocratie est un processus long comme nous l’explique d’emblée Pascal Boniface, directeur de l’Iris. Il n’est pas possible de connaître exactement quelle tournure prendra l’histoire de ces pays tant les attentes des populations, la réalité de l’exercice du pouvoir et le contexte économique sont des données qui influeront dans des sens différents. Les paramètres actuels sont incertains et les dynamiques à l’œuvre exigent la patience du temps qui fera son œuvre. Construire une nation libre où le peuple s’exprime librement ne peut se faire en seulement deux ans.

Dans le cas de la Tunisie, la présence au pouvoir du parti islamiste Ennahda est une réalité logique, selon le politologue de l’Institut universitaire européen de Florence, Olivier Roy. Même si ceux qui ont gagné les élections ne sont pas ceux qui ont fait la révolution, le parti Ennahda est une force d’opposition historique. Il exerce le pouvoir en acceptant les règles du jeu démocratique. Et ce n’est pas un hasard s’il a été élu car il défend des valeurs conservatrices avec des références religieuses qui correspondent à la population tunisienne.

En Syrie, le peuple tente aussi d’imposer son besoin de liberté et de développement social même si l’issue positive d’une naissance de démocratie ne semble pas pour l’instant l’emporter. Bertrand Badie, politologue à Sciences Po, analyse comment la Syrie est fondée sur un régime autoritaire très ancien avec des sensibilités très diverses dans l’opposition au régime de Damas. Personne ne peut dire qui gagnera et si les islamistes et la gauche démocratique syrienne pourront coexister. B. Badie souligne aussi dans toutes ces révolutions l’ambiguïté des postures occidentales fidèles à leurs intérêts diplomatiques, notamment au Bahreïn.

En tant que contre-pouvoir démocratique, les centrales syndicales du monde arabe tentent d’exister et de se structurer. Mustapha Tlili, coordinateur du Moyen-Orient pour la CSI, dégage les avancées tirées de la liberté d’association autorisée désormais dans un certain nombre de pays : en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen, au Maroc, en Algérie et en Jordanie. Il se félicite de l’émergence de syndicats autonomes engagés dans le courant démocratique même s’il s’interroge sur les difficultés pour ceux-ci à faire face aux tendances islamistes en présence. Il détaille les soutiens apportés par la CSI et ses revendications.

La promotion de la démocratie par la négociation et par une réflexion collective pour refonder un Etat stable est la priorité de l’UGGT tunisienne. Hassine Abassi, secrétaire général de l’UGTT, précise les orientations de sa centrale en faveur de réformes conjoncturelles et structurelles permettant de résoudre les problèmes socio-économiques de son pays et d’assurer la transition démocratique de façon pérenne.

La CFDT s’est toujours engagée à soutenir l’autonomie des syndicats dans le monde arabe. Marcel Grignard, secrétaire national responsable de la politique internationale, retrace les étapes de l’histoire de cette coopération de la Confédération pour faire émerger l’égalité des droits et un syndicalisme indépendant.

Quelle que soit l’issue de ces changements dans tous les pays du monde arabe, les évolutions actuelles reflètent une mutation en profondeur des sociétés du monde arabe.