"L'Islam est une religion de tolérance et de paix"

Publié le 02/01/2013 (mis à jour le 03/01/2013)
Entretien avec Chems-Eddine Hafiz, avocat, vice-président du Conseil français du culte musulman.

Pouvez-vous définir ce qu’est un musulman, un islamiste, un salafiste ?
Un musulman est un être qui croit en un seul Dieu. Le croyant doit observer les cinq piliers de l’islam: unicité de Dieu et reconnaissance de Mahomet comme le prophète, cinq prières par jour, jeûner lors du ramadan, pratiquer l’aumône légale et, si possible, faire le pèlerinage à La Mecque.
L’islamiste est une personne qui se définit comme un pratiquant plus orthodoxe, plus zélé. Les salafistes, eux, veulent revenir à une pureté originelle. Ils suivent les enseignements de Ahmad Ibn Hanbal, qui au IXe siècle avait une interprétation littéraliste de l’islam et rejetait toute innovation. Il a été suivi par Taymiya au XIVe siècle. Enfin, en Arabie Saoudite, les Wahhabites prônent un islam rigoriste.
Malgré ce qu’on entend dire trop souvent, on ne peut pas affirmer que les salafistes sont des terroristes. Ce serait un dérapage sémantique. 

La religion musulmane est-elle compatible avec la laïcité ?
Absolument. Je dirais même que la laïcité est une chance pour les religions et pour l’islam. Rien dans les cinq piliers de l’islam ne va à l’encontre de nos lois républicaines, dont celle de 1905. La religion musulmane est monothéiste et c’est une religion de tolérance et de paix que l’on doit suivre en toute discrétion. Il n’y a pas d’ostentation dans la vie spirituelle ou publique. La religion appartient à la sphère privée. J’insiste sur le fait que nous sommes pour la coexistence des religions. En aucun cas, un musulman –qui exerce son culte où que ce soit– ne doit exprimer une volonté hégémonique. L’absence de clergé montre d’ailleurs que le musulman n’a de compte à rendre qu’à lui-même. Il n’y a pas d’intercesseur entre lui et Dieu.

Est-ce légitime de s’inquiéter de l’évolution des quelques centaines de jeunes qui vont vers l’extrémisme religieux, le terrorisme ?
Evidemment. Nous pouvons tous être inquiets par les événements qui traversent notre société. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’un problème religieux. Ce sont des individus qui s’accaparent la religion pour commettre des actes criminels que rien ne peut justifier. Comme on ne peut pas justifier la montée d’un antisémitisme chez certains qui se réclament de l’islam. Il existe une souffrance sociale, un repli identitaire chez des jeunes qui connaissent bien mal la religion musulmane. Ils instrumentalisent la religion à des fins qui n’ont rien à voir avec le culte. S’ajoute bien sûr l’exportation du conflit israélo-palestinien qui ne devrait pas servir de prétexte. Je suis sidéré de constater comment on tente de monter les musulmans contre les juifs, contre l’Occident.

Après le débat sur l’identité nationale et les dérapages de certains partis politiques, avez-vous le sentiment que l’islam est stigmatisé ?
C’est l’évidence et les médias n’arrangent rien. Nous sommes pris en otages vis-à-vis des extrémistes. Il faut laisser les imams faire leur travail qui est aussi d’expliquer qu’au XXIe siècle, les femmes sont l’égale de l’homme et qu’on ne peut pas sortir avec une burqa. Nous n’avions pas besoin d’une loi et d’un grand débat national pour quelques centaines de personnes.
Après le débat sur l’identité nationale, la campagne présidentielle, puis celle qui se déroule actuellement dans certains partis, on peut être inquiets. Lors de la présidentielle, le candidat de la droite avait été jusqu’à déclarer que les musulmans posaient un problème en France !  A force, on instruit le procès des musulmans qui vivent et travaillent en France, qui, pour l’immense majorité, sont Français. On veut provoquer non seulement un délit de faciès mais de religion. S’il y a des problèmes sociaux et économiques, ce n’est pas la faute des musulmans. Certes, on sait que l’école dans les quartiers difficiles est un échec, que l’ascenseur social est en panne, que des jeunes sont des proies faciles pour des prédicateurs qui véhiculent des idées haineuses vis-à-vis de l’Occident, mais pour moi, ce ne sont pas des musulmans. C’est sans doute à nous de tendre la main, d’expliquer ce qu’est la vérité de notre foi et rassurer nos concitoyens.

Propos recueillis par Henri Israël