[Livre] “L’Exil ouvrier”, la saga des Brésiliens contraints au départ

Publié le 02/06/2015

La CFDT, qui entretient des liens forts et historiques avec les syndicalistes brésiliens, a accueilli ce colloque sur les sans-grades victimes de la répression militaire. Les travaux d’une chercheuse franco-brésilienne ne cachent rien des difficultés ni des opportunités qu’ont rencontrées ces exilés contraints.

Le 27 mai dernier s’est tenu un colloque dans les locaux de la Confédération, à Paris, sur le thème de l’exil des sans-grades brésiliens durant la dictature militaire (1964-1985). À l’origine, la thèse de Mazé Torquato Chotil, intitulée L’Exil ouvrier, la saga des Brésiliens contraints au départ (1964-1985), a motivé cette rencontre, à laquelle se sont rendus plusieurs dizaines de participants. Ce public était constitué pour l’essentiel de militants CFDT et de responsables de Syndex qui ont soutenu l’édition* de ce livre, ainsi que des élèves et professeurs de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), où Mazé Torquato Chotil a effectué ses recherches.

Le travail de Mazé Torquato Chotil porte sur « le petit peuple » du Brésil. Les exils des élites – dont certains sont devenus des stars comme les musiciens Chico Buarque, Caetano Veloso, Gilberto Gil – sont connus, mais pas celui des gens modestes. Au début de la répression militaire, les Brésiliens concernés dans cette thèse, employés, ouvriers, paysans, militaires sans grades, syndicalistes ont d’abord émigré vers le Chili, qui s’est montré accueillant jusqu’en 1973, date du coup d’État. À partir de 1974, le flux des migrants se dirige plutôt vers le Portugal, la Suède, Cuba, mais aussi l’Italie, l’Allemagne et, bien entendu, la France, qui deviennent des destinations pour ces sans-grades. Les premiers liens historiques forts entre la CFDT et les syndicalistes brésiliens datent de cette époque, comme l’a rappelé Yvan Ricordeau, le secrétaire national chargé de l’International à la Confédération.

« L’intégration de ces gens au capital culturel faible n’était pas évidente », montre Mazé Torquato Chotil. Des problèmes de langue d’abord mais aussi tout simplement d’adaptation à une nouvelle société rendent difficile cette intégration. On retrouve beaucoup de ces migrants dans des emplois de gardien ou d’employé de maison. Pour autant, ce travail de la chercheuse, s’il ne cache rien des grandes difficultés qu’ont rencontrées les Brésiliens en exil, ne jette pas un voile noir définitif sur cette partie de leur vie. « Si l’exil a apporté son lot de souffrances […] tel le déracinement, les séparations, les douleurs, il a engendré aussi de nouvelles opportunités, obligeant les individus à élargir leurs horizons », écrit-elle.

L’étude montre que nombre de ces migrants se sont formés en Europe, certains réussissant même des parcours universitaires remarquables. Parmi ceux qui étaient syndicalistes au Brésil, certains se sont « recasés » dans des organisations syndicales internationales ou parasyndicales. L’exil a même permis à certains de changer leur vision du syndicalisme. Ils sont retournés au Brésil, à la fin de la dictature, avec  une volonté d’en faire un véritable instrument de transformation sociale.

dblain@cfdt.fr

* Éditions Estaimpuis, 308 p.