Règles internationales et syndicats forts, indispensables pour réguler la mondialisation

Publié le 04/06/2014

Lors de la première table ronde du 48e congrès de Marseille, le 4 juin, Pascal Lamy (ex-directeur de l’OMC), Delphine Ernotte-Cunci (directrice générale adjointe d’Orange), Reiner Hoffmann (président du DGB) et Isabelle Guillemot (secrétaire du comité de groupe européen d’Alcatel-Lucent) sont intervenus sur les différents moyens de réguler la mondialisation.

« Au cours des vingt dernières années, un milliard de personnes dans le monde sont sorties de la pauvreté quand dans le même temps un milliard et demi y sont toujours et vivent avec un euro par jour ». Par ces mots, Marcel Grignard, secrétaire national CFDT en charge de l’international, introduit la table ronde sur le thème « Quelles régulations pour favoriser développement économique et progrès social dans un monde globalisé ? » Les intervenants commencent alors un état des lieux de la mondialisation.

Les anciens modèles de régulation obsolètes

Selon Reiner Hoffmann, tout nouveau président du DGB, la grande confédération syndicale allemande, « l’internationalisation des marchés et des capitaux a conduit la planète au bord du gouffre par la seule chute d’une banque américaine […]. Il faut imposer une régulation des marchés qui serve les intérêts de l’économie réelle. » Pascal Lamy, ex-directeur de l’Organisation mondiale du commerce et président d’honneur du think tank Notre Europe-Institut Jacques Delors, constate que « les grandes forces économiques du monde ont mis en concurrence des systèmes très différents des nôtres […]. Les anciens modèles de régulation sont aujourd’hui obsolètes. Les normes internationales se fondent sur le plus petit dénominateur social commun. »

Delphine Ernotte-Cunci, directrice générale adjointe du groupe Orange, pointe, elle, l’absence de restructuration dans les télécoms en Europe qui a plombé toute capacité d’investissement. « Les centres d’innovations se sont déplacés aux États-Unis et en Chine, alors que c'est pays comptent moins de dix opérateurs nationaux tandis qu’en Europe, il y en a 126 ! », souligne-t-elle. Secrétaire CFDT du comité de groupe européen d’Alcatel-Lucent, Isabelle Guillemot reconnaît que cette instance est « en souffrance ». Les comités de groupes européens ne disposent pas du droit d’information et de consultation sur les données stratégiques mondiales de l’entreprise et peuvent difficilement appréhender la situation des salariés dans le reste du monde.

Quels leviers pour réguler davantage l’économie mondiale ?

Pascal Lamy déclare qu'il faut continuer à édicter des règles internationales. Cependant les forces syndicales doivent aussi s’engager dans des coalitions avec la société civile, avec les entreprises qui le veulent, et les États afin de créer de nouvelles régulations. « Mais le mouvement syndical est-il correctement organisé pour peser sur ces régulations ? », s’interroge l’ancien directeur de l’OMC. Selon lui, « il faut utiliser le poids de l’Union européenne pour imposer davantage de régulation. » De son côté, la directrice d’Orange met en garde sur les risques de réguler « a priori ». « Dans le domaine des données [le Big data], si on régule aujourd’hui, on risque de bloquer les opérateurs européens et de prendre du retard sur les concurrents ». Selon elle, la libre circulation des données aurait pu permettre par exemple détecter le scandale du Mediator.

Déficit de contrôle démocratique

Le président du DGB pointe, lui, le déficit démocratique dans les décisions des institutions internationales (FMI, OMC…) qui ont supprimé des droits syndicaux, notamment dans le sud de l’Europe, sans même un contrôle des Parlements nationaux. Il souligne le besoin des syndicats en termes d’information et de participation aux décisions. Il prône l’intégration des dimensions sociales dans les politiques de l’Union européenne. Isabelle Guillemot regrette le manque de leviers qui permettraient d'agir au-delà des frontières françaises. « Chez Alcatel, la CFDT continue à négocier de bons accords transnationaux mais nous avons beaucoup de mal à les mettre en place ailleurs, explique-t-elle. Il est indispensable que les directions reconnaissent les IRP partout dans le monde, pour cela il faut des règles internationales et des syndicats forts. Sinon, on ne pourra pas défendre les gosses qui bossent dans les usines à l’autre bout du monde. »

dblain@cfdt.fr


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Photo © Thierry Nectoux / Regard-social