La CFDT propose un nouveau modèle de développement

Publié le 05/06/2014

Après l’examen du rapport d’activité, les deux derniers jours de congrès sont consacrés à la résolution, qui fixe le cap de l’action de la CFDT pour les quatre années à venir.

   


L’Europe n’est pas le problème mais la solution

Alors que les résultats des élections européennes traduisent, notamment en France, une montée de la défiance des salariés vis-à-vis de l’Union européenne, le congrès a adopté à 96,52% une motion d’actualité qui encourage à « redonner un projet à l’Europe ».

Comme l’a rappelé Marcel Grignard, lors de la présentation du texte, « l’Europe pour la CFDT n’est pas un sujet à part qu’on aborde quand on a traité les autres. Elle est partie prenante de notre action syndicale ».

   

La secrétaire générale adjointe de la CFDT, Véronique Descacq, a présenté jeudi 5 juin la résolution de la CFDT pour la prochaine mandature, intitulée « Un nouveau modèle de développement porteur de progrès social pour tous ». Ce texte s’inscrit dans la continuité de la réflexion menée depuis déjà plusieurs années par la CFDT, notamment lors des deux précédents congrès à Grenoble puis à Tours. « Fidèle à son histoire, fidèle à ses valeurs, la CFDT a un projet pour la société », a annoncé Véronique Descacq. Un nouveau modèle social et économique dont les priorités devront être « la justice sociale, la lutte contre les inégalités, la solidarité, la démocratie, l’émancipation, la responsabilité ».

La nécessité de créer ce nouveau modèle apparaît à l’analyse des évolutions socio-économiques des dernières décennies, encore accélérées et aggravées ces dernières années. « La crise financière qui secoue le monde depuis 2007 n’est qu’un symptôme de dérives, dérèglements et mutations plus profondes que de simples “crises” comme il est convenu de les appeler », déclare Véronique Descacq. La montée des inégalités à l’intérieur même des pays et entre les différents pays, la croissance fulgurante des pays émergents, qui tirent 70 % de la croissance mondiale, score qui dans les années 90 était encore détenu par les pays riches, sont autant d’éléments qui ont radicalement changé la donne sur le plan mondial et national.

« Nous ne voulons pas d’un chèque en blanc aux entreprises »

      
    «Un nouveau modèle de développement», paroles de militants.   

Ces bouleversements sont pour les citoyens et les salariés source d’une inquiétude qui se traduit dans les urnes par un vote extrémiste en hausse. D’autant plus que « les régulations nationales sont pour l’essentiel inopérantes » et que les entreprises, elles, sont promptes à s’organiser, s’internationaliser, s’exonérer des règles nationales, faire jouer la concurrence entre les États sur les coûts, les salaires et la fiscalité. Le « modèle sur lequel fonctionnaient les économies développées » est désormais obsolète.

Dans cette compétition économique mondiale, la CFDT pense qu’un nouveau modèle doit émerger au niveau de l’Europe. Des investissements massifs sont à réaliser pour trouver de nouveaux leviers de croissance dans l’innovation et la qualité. Des investissements privés, mais aussi « des politiques publiques doivent accompagner, piloter et orienter ces transitions ». C’est l’idée du pacte de responsabilité, ajoute la secrétaire générale adjointe, qui précise : « Nous ne voulons en aucun cas d’un chèque en blanc aux entreprises », mais réitère l’exigence de la CFDT d’obtenir des contreparties tangibles tant au niveau des entreprises qu’à l’échelle nationale.

L’action publique reste à réinventer

Concrètement, Véronique Descacq a évoqué les thèmes sur lesquels la CFDT va concentrer ses efforts tout au long du prochain mandat. La question du temps – temps de travail, conciliation des temps tout au long de la vie – sera l’un des chantiers ouverts.

Dans le champ de la protection sociale, si la CFDT reste vigilante sur le dossier des retraites, notamment sur la prise en compte de la pénibilité, elle souhaite voir se poursuivre les réformes sur la perte d’autonomie, mais aussi sur des sujets primordiaux en termes de prévention des inégalités, tels que l’accueil de la petite enfance et la réussite éducative.

Autre projet d’envergure, l’action publique reste à réinventer. Selon la CFDT, elle n’est pas une charge, mais « un vecteur, un acteur essentiel du redressement du pays ». Mieux cibler les missions doit permettre de dégager des marges de manœuvre, qui « pourraient d’ailleurs, comme [la CFDT] le réclame pour le privé, être mises au service de la reconnaissance du travail des salariés et agents du public ».

Le dialogue social dans le privé comme dans le public, et qui pour la CFDT est un combat permanent, doit définitivement prendre sa place. « Un nouveau modèle n’émergera ni d’aucune forme d’autoritarisme gouvernemental ni d’aucune forme de radicalité contestataire » et, regrette Véronique Descacq, « trop peu de monde en France, que ce soit dans le personnel politique, et même parmi les “partenaires sociaux”, a, comme nous, la conviction que seul le dialogue social est à même de porter les réformes profondes dont notre pays a besoin pour rebondir ».

Des évolutions au sein de la CFDT

Quant à l’organisation en tant que telle, la secrétaire générale adjointe annonce la poursuite de la démarche engagée depuis le rapport « Le syndicalisme à un tournant, oser le changement », en proposant « un changement d’échelle » sur plusieurs chantiers : la formation syndicale, l’accompagnement des jeunes sections par les syndicats, le travail en réseau et la mutualisation des moyens. Étendre, voire généraliser, ces dispositifs améliorera l’efficacité du dialogue social au niveau des entreprises afin que soient déclinés les accords négociés au niveau national. La CFDT souhaite ainsi se donner les moyens de ses ambitions.

mneltchaninoff@cfdt.fr

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