L’espoir du mouvement syndical mondial

Publié le 06/06/2014

La Croate Dijana Sobota (UATUC) et la Cubaine Maybell Padillá Perez (CSIC), deux figures du syndicalisme dans leur pays, comptaient parmi les invités internationaux du 48e congrès de Marseille. Entretiens.

« Revenir au projet européen initial »
Dijana Sobota - Union des syndicats autonomes de Croatie (UATUC)

Dijana Sobota de UATUC (Croatie)La situation sociale de la Croatie est simple et négative. Le pays est en récession depuis neuf ans. Au cours des dix dernières années, la Croatie s’est très mal préparée à l’entrée dans l’Union européenne (en 2013). Les secteurs de l’industrie, de l’agriculture et de la pêche qui bénéficiaient de règles particulières et de subventions n’ont pas anticipé. Dans les autres secteurs de l’économie, les employeurs ne se sont pas davantage organisés. Résultat : le chômage touche 24 % de la population active (1,5 million de personnes) et 57 % des jeunes. De plus, le sous-emploi est très élevé et nous avons maintenant un salarié actif pour 1,12 retraité, ce qui met à mal notre protection sociale.

Le gouvernement social-démocrate, soutenu par la Commission européenne, a une obsession majeure : réduire la dette et les déficits. Il a tout misé sur l’austérité économique et sur la flexibilité sociale. Travailler plus longtemps, modifier le code du travail, réduire les droits des travailleurs et des syndicats, remettre en cause le droit de grève et les instances judiciaires du travail alors que les plaintes ont été multipliées par trois, semblent être les seuls objectifs de ce gouvernement. Comme employeur, l’État dénonce les conventions collectives du secteur public ce qui fait l’objet d’une plainte auprès de l’OIT. Ma Confédération s’est très impliquée dans la négociation sur le code du travail. Mais nous avons perdu confiance dans notre interlocuteur, le ministre du Travail. Il ne tient aucun compte de nos propositions. Les grèves, les manifestations, le soutien européen et international n’ont aucun impact sur ce gouvernement antisyndical dont le Premier ministre a même refusé de recevoir Bernadette Ségol, la secrétaire générale de la CES !

Depuis un an, nous sommes membre de l’Union européenne mais rien n’a changé. Ceux qui pensaient que les fonds européens allaient nous sortir de la crise rejoignent les rangs des eurosceptiques. Les interventions de la Commission européenne dans les décisions nationales plombent notre démocratie. A l’UATUC, nous croyons toujours au projet européen tel qu’il était conçu au départ pour la paix, la démocratie et la solidarité. Nous devons y revenir et défendre le modèle social européen qui est un vrai avantage pour les citoyens par rapport au système chinois ou américain. Les propositions de notre plateforme ne diffèrent pas de celle de la majorité des syndicats européens : il faut investir pour reconstruire une industrie digne de ce nom et investir dans une éducation de très haute qualité pour créer des emplois durables.

« Les négociations sont théoriques et la liberté syndicale inexistante »
 
Maybell Padillá Perez - Coalition syndicale indépendante de Cuba (CSIC)


Maybell Padillá Perez Coalition syndicale indépendante de CubaJe suis heureuse d’être présente au Congrès de la CFDT, c’est une forme de reconnaissance pour notre organisation, reconnaissance que ne nous accorde pas le gouvernement cubain. La Coalition s’est formée en 2011 à partir de trois organisations syndicales indépendantes, la CIC, la Conic et la CTIC. La plupart des dirigeants de ces organisations sont sous le coup d’une loi qui leur interdit de sortir du pays. En fait, seules les organisations répondant aux principes édictés par la révolution cubaine ont droit de cité. La CTC (Confédération des travailleurs de Cuba) est le syndicat officiel, il a le monopole. En réalité, les négociations collectives sont théoriques et la liberté syndicale n’existe pas, ce qui contrevient à la Convention 98 de l’OIT que Cuba a pourtant ratifiée. Pour prévenir la répression, nous ne pouvons pas donner trop d’informations sur nos organisations. Certains de nos membres sont clandestins mais nous luttons pour améliorer la protection des salariés, les droits des femmes et ceux des travailleurs indépendants.

Une zone franche internationale, dans laquelle 23 pays, parmi lesquels la Chine, le Vietnam, le Brésil, et le Mexique sont impliqués, est en construction à Mariel. Les entreprises ne peuvent pas embaucher directement, c’est une agence contrôlée par l’État qui gère les embauches, ce qui ouvre la porte au piston, aux pots-de-vin, à la corruption. La Coalition syndicale indépendante, avec l’aide de la solidarité syndicale internationale, veut pouvoir vérifier que les travailleurs n’y seront pas exploités. Cette solidarité internationale est indispensable car il n’y a aucun changement à attendre pour les syndicats de la part du régime cubain. »

dblain@cfdt.fr

Photos © Thierry Nectoux / Regard-social.com