[INTERVIEW] “La CFDT a beaucoup soutenu Solidarnosc”

Publié le 01/07/2014

Andrzej Adamczyk, du syndicat polonais Solidarność, comptait parmi les invités internationaux du 48e congrès de la CFDT. Vingt-cinq ans après les premières élections libres en Pologne, retour sur un combat pour la démocratie que la CFDT a soutenu.  

Aujourd’hui responsable des relations internationales de Solidarność, vous avez été un militant de la première heure. Comment le mouvement a-t-il émergé dans les années 80 ?

J’étais alors un jeune chercheur et je travaillais dans un institut scientifique en Haute-Silésie. Tout le monde voulait adhérer à Solidarność en 1980, travailleurs, étudiants, artistes… Nous avions tous un grand désir de liberté d’expression, nous voulions vivre dans une société démocratique. Créer une association ou une organisation syndicale était alors interdit. Les autorités craignaient, si elles autorisaient notre existence, de laisser le champ libre à la constitution d’un parti d’opposition. Or nous n’étions pas une organisation politique. En août 1980, un licenciement sur le chantier de Gdańsk a déclenché une grève. Quelques semaines après, l’accord de Gdańsk a donné une existence légale à Solidarność, avec à sa tête Lech Wałęsa. Nous étions la première organisation démocratique et indépendante à cette époque-là en Pologne.

Après la prise du pouvoir par le général Jaruzelski en 1981, le syndicat a été interdit. Comment ce retour à la clandestinité a-t-il été vécu ?

Dans mon institut de recherche, tout le monde savait plus ou moins qui était à Solidarność ou non. Nous avons traversé ces années 80 dans une sorte d’apathie. Vers la fin de la décennie, le syndicat était presque toléré. Puis le pays a été frappé par une grave crise économique. Des actions de protestation, des vagues de grèves se sont succédé dans tout le pays à partir de 1988, notamment dans les mines de Haute-Silésie. Le gouvernement a vu qu’il y avait un réel danger. Au printemps 1989, Wałęsa a été invité à une table ronde. Le syndicat, de nouveau légal, pouvait désormais présenter des candidats aux élections. Nous avons remporté un tiers des sièges au Sénat nouvellement créé. Pendant ce temps, d’autres peuples se libéraient. En novembre 89, le monde entier a assisté à la chute du mur de Berlin, les pays satellites de l’ex-URSS prenaient leur indépendance les uns après les autres. En 1990, Wałęsa a été élu président, contre Mazowiecki, président de transition non communiste.

Avec la CFDT nous avons appris à nous initier
au syndicalisme réformiste

Quelle aide avez-vous reçue de l’Occident ?

Solidarność était membre de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres, d’obédience non communiste, devenue la CSI, Confédération syndicale internationale) depuis 1986. Nous étions très soutenus par l’AFL-CIO américaine, et la CFDT en France. Nous avons signé avec la CFDT un accord de coopération avec un volet formation syndicale, nous nous sommes initiés à la démarche du syndicalisme réformiste. Je me souviens de nombreux échanges avec la région Nord-Pas-de-Calais, avec laquelle nous avions des liens privilégiés en raison d’une forte présence de travailleurs immigrés polonais.

N’y a-t-il pas une similitude entre la situation de la Pologne de l’époque et celle de l’Ukraine aujourd’hui ? Comment les Polonais perçoivent-ils la stratégie de Vladimir Poutine ?

L’Ukraine est un pays proche, nous éprouvons une sympathie spontanée pour les Ukrainiens. Ils sont en train de traverser une période difficile, nous sommes passés par là. Nous sommes en relation avec les organisations syndicales ukrainiennes indépendantes, mais la situation et les enjeux sont d’une grande complexité. Les Polonais restent très vigilants vis-à-vis de la Russie. C’est un grand voisin, avec qui nous pouvons avoir les meilleures relations du monde, mais cela n’a pas toujours été le cas au cours de l’histoire.

mneltchaninoff@cfdt.fr

© Photo Thierry Nectoux / regard-social.com