Retour sur cinquante ans de syndicalisme CFDT

Publié le 10/11/2014 (mis à jour le 12/11/2014)

Ils étaient plus de 1 500, le 5 novembre 2014, dans la mythique salle de la Mutualité, à Paris, pour fêter le demi-siècle écoulé depuis le congrès de Paris, en 1964, qui a vu la CFTC devenir la CFDT.

Edmond Maire, secrétaire général de 1971 à 1988, a entamé cette commémoration en rappelant « la fierté des militants de 1964 de s’être rassemblés autour des valeurs fondamentales du mouvement ouvrier » en vue de construire, selon les mots d’Eugène Descamps, le secrétaire général de la CFTC puis de la CFDT en 1964, « la grande centrale démocratique de notre temps ». Avant de laisser la parole aux autres invités, Edmond Maire a tenu à insister sur sa « confiance » envers les actuels militants CFDT, qui « ne [vivent] pas dans la nostalgie des combats d’autrefois mais, forts des valeurs qu’expriment notre histoire, [ont] la volonté de faire face aux enjeux d’aujourd’hui ».

Fidélité à ses valeurs

Pour la CFDT, commémorer ses 50 ans ne s’apparentait pas à un sursaut nostalgique. C’est bien ce qu’ont exprimé les participants aux tables rondes organisées en cette occasion. L’écrivain Hervé Hamon a ainsi rappelé que « le ciment de 1964 est la recherche d’autonomie par les militants d’alors », qui se sont « affranchis des dogmes afin de devenir des hommes libres ». Une attitude qui, selon lui, est encore valable aujourd’hui à travers la volonté constante de la CFDT de « comprendre la société pour essayer de la faire évoluer ». Cette singularité de la CFDT, le journaliste Michel Noblecourt la résume d’une formule : « Face à la CGT et FO, la CFDT était en 1964, et est sans doute aujourd’hui encore, une “osni”, une organisation syndicale non identifiée », tant elle a su se dégager des carcans idéologiques et « est capable de prendre des risques, parfois énormes, au nom de l’intérêt général ». Preuve de la modernité de la CFDT : « Elle fut, en 1972, la première organisation syndicale à se prononcer en faveur de l’avortement grâce à la pugnacité de femmes comme Jeannette Laot », rappelle la sociologue Annette Jobert. Jean Kaspar, secrétaire général de 1988 à 1992, qui fut délégué de son syndicat lors du congrès de 1964, fait la synthèse de ces cinquante ans de CFDT en insistant sur l’attitude qui la caractérise : « Regarder le monde tel qu’il est pour pouvoir le changer. » Et de conclure que « les valeurs et les grands principes n’ont de sens que si l’on essaie de les concrétiser » – ce qui passe souvent par « le compromis », qu’il qualifie de « valorisation de l’intelligence ».

Deux anciens Premiers ministres, Michel Rocard et Jean-Pierre Raffarin, sont quant à eux venus exprimer leur « respect pour le courage de la CFDT », qui a toujours su se déterminer en faveur de l’intérêt général, notamment sur le dossier des retraites, y compris lorsque « cela a pu lui coûter cher ». Un avis partagé par l’actuel locataire de Matignon, Manuel Valls, qui, tout en reconnaissant des désaccords avec la Confédération, rappelle qu’aujourd’hui « la CFDT est une force syndicale incontournable en France, qui sait se mobiliser mais également proposer et négocier ». L’hommage du Premier ministre en exercice à la position de la CFDT sur le dossier des retraites en 2003 a fait écho aux propos de François Chérèque, qui a regretté qu’en France, « si on arrive à faire des diagnostics partagés, la capacité de certains à s’engager au nom de l’intérêt général reste bien trop faible ». Même analyse de la part de Nicole Notat, qui espère que l’on va « enfin réussir à faire émerger en France les compromis dont nous avons besoin ».

Enfin, composante majeure de l’ADN de la CFDT, l’engagement européen de la Confédération a été salué à sa juste mesure par l'ancien secrétaire général de la CES (Confédération européenne des syndicats), Emilio Gabaglio, qui assure « [se] sentir un peu en famille à la CFDT ».

Hommage aux militant(e)s

      
       

En conclusion de cette journée, Laurent Berger s’est félicité que, « depuis cinquante ans, la CFDT contribue à changer le quotidien ». Mais il a surtout rendu un vibrant hommage aux « militantes et militants qui, au jour le jour, améliorent la vie de leurs collègues dans les entreprises et les administrations ». Aux yeux du secrétaire général, ces avancées-là sont sans doute les « plus grandes conquêtes de la CFDT ».

nballot@cfdt.fr

photo : © Partick Gaillardin