Voies navigables de France : La CFDT tient la barre

Publié le 29/11/2016

Depuis la création de l’établissement public, la CFDT de VNF a su représenter toutes les catégories de personnels, public comme privé. Une mission délicate qui demande persévérance et expertise.

La France possède le plus long réseau fluvial d’Europe (8 000 km). La majeure partie (6 800 km) est confiée à Voies navigables de France (VNF), chargé d’en optimiser tous les usages (transport, tourisme, préservation des ressources en eau). Depuis le 1er janvier 2013, cet ancien Épic (établissement public à caractère industriel et commercial) d’alors 400 salariés a intégré quelque 4 300 agents des services déconcentrés de l’État dans un Épa (établissement public à caractère administratif). Une transformation majeure imposée par une loi de 2012 qui, dans la foulée du Grenelle de l’environnement, visait à développer le transport fluvial en regroupant l’ensemble des personnels travaillant à la gestion de l’infrastructure et à la navigation. L’association des deux statuts – fonctionnaires de l’État et salariés du privé – a nécessité de créer des instances de représentation du personnel sur mesure. Un comité technique unique combine les missions du comité technique de la fonction publique et du comité d’entreprise, auquel s’ajoute un CHSCT central. La représentation du personnel a été confiée à des délégués syndicaux centraux – la CFDT en compte quatre de statut public et un de statut privé, conformément à la structure du personnel de VNF. Chacune des sept directions territoriales de VNF est en outre dotée d’un comité technique unique de proximité (CTUP), de CHSCT locaux et de délégués syndicaux territoriaux.
Dans ce contexte, la CFDT a dû se réorganiser en relevant un défi majeur : créer des règles communes à deux communautés de travail aux statuts différents.

     

Se faire connaître, partout, par tous
Chaque direction territoriale est composée de plusieurs dizaines de sites. Dans chacun d’eux, un militant CFDT référent accueille tous les nouveaux venus (adhérents ou non) et leur remet un livret d’accueil CFDT qui contient les noms et les coordonnées des personnes-ressources auxquelles s’adresser, les modalités d’adhésion, les acquis de la CFDT.

Communiquer efficacement
« Nos boîtes mail sont inondées de tracts en tout genre, envoyés par diverses organisations syndicales », explique Florence Dequiret, déléguée syndicale adjointe pour les salariés de droit privé. La CFDT de VNF a choisi de prendre à rebours ce flot continu d’informations « disparates et plutôt indigestes ». Une fois par mois, elle publie sur son site une newsletter, Les Eq’Eaux, qui réunit les actualités syndicales de l’établissement national et de chaque direction territoriale.

Le pari de la mixité
En choisissant de représenter les deux univers public et privé, la CFDT-VNF a réussi à gagner les élections de 2013 puis de 2014, face à la CGT et FO, qui faisaient campagne en jouant l’opposition des statuts. Aujourd’hui, la CFDT est la seule organisation syndicale qui représente à la fois les agents publics et les salariés du privé au sein du siège et de l’ensemble des directions territoriales de VNF.

     

Rassembler et gagner les élections

Rudy Deleurence, délégué syndical CFDT de l’ex-Épic de VNF, qui comptait à l’époque une dizaine de militants, s’y est attelé après avoir été élu secrétaire général lors du premier congrès du syndicat CFDT-VNF, en 2013.
« Ce n’est pas sans appréhension que nous avons vu arriver 4 300 agents de droit public, se souvient-il. Nous nous battions pour sauver notre comité d’entreprise, notre mutuelle et les accords collectifs de l’Épic, dont les moyens syndicaux que nous avions obtenus en 2007. En face, les agents voulaient conserver leur statut de fonctionnaire et la tutelle du ministère de l’Environnement. Il fallait donc rassembler et rassurer les uns et les autres. Nous devions réussir à être un syndicat uni, qui parle d’une seule voix, au service des salariés du privé comme des agents publics. C’est très compliqué de négocier en comparant ce qui n’est pas comparable ! Comment demander des augmentations de salaire face au gel du point d’indice ? »

Dans une période électorale chargée (élections au CHSCT transitoire et au conseil d’administration dès la fin 2013, élections professionnelles générales en décembre 2014 suivies de celles des délégués du personnel en janvier 2015), Rudy et son équipe ont compris qu’il fallait être présent partout. Cela supposait de constituer des listes avec des candidats des deux statuts pour chaque instance, au niveau local comme national. Rudy a fait appel à une petite agence parisienne pour mettre en place une communication claire et attrayante. Puis les équipes ont multiplié les actions sur le terrain afin de se faire connaître des nouveaux agents, expliquer le travail de la section et les valeurs de la CFDT. Succès à la clé.

Gérer un climat social tendu

Depuis 2014, la CFDT est la première organisation syndicale à VNF. Une victoire mais aussi un défi quotidien à relever dans un établissement au paysage social complexe en matière de statuts – à la fin 2015, il y avait 4 635 collaborateurs (4 142 agents publics et 493 salariés du privé) ainsi que 148 saisonniers et 55 intérimaires – comme de mixité, avec seulement 947 femmes. Sans compter des disparités extrêmement fortes : 80 % des agents publics occupent des emplois de catégorie C (fonctions d’exécution) quand une majorité des salariés de droit privé exercent des fonctions d’encadrement. « La diversité des métiers, des carrières et les réorganisations incessantes au sein des équipes sur le terrain ont considérablement augmenté les risques psychosociaux depuis trois ans », constate Patrick Becker, secrétaire général adjoint de CFDT-VNF. Organisation du travail, recrutement des saisonniers, absence de gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC…) : les problématiques s’accumulent. Les tensions et les crispations aussi. Mais la CFDT-VNF tient la barre.

« Depuis 2013, nous devons négocier tous nos accords en double, un accord public n’étant pas applicable aux salariés du privé et vice versa. C’est parfois insoluble. Ainsi, la NAO [négociation annuelle obligatoire] 2016 a été en arbitrage interministériel à Matignon pour des différences opposant VNF, le ministère des Finances et celui de l’Environnement. On espère pouvoir la signer avant la fin de l’année, car elle reste en attente du visa du contrôleur général », expose Rudy, déjà en train de batailler avec ses équipes pour adapter aux spécificités liées à l’exploitation le protocole PPCR (Parcours professionnels, carrières et rémunérations), qui doit s’appliquer en 2017 aux agents publics.

cnillus@cfdt.fr

     

Repères

• Voies navigables de France (VNF) gère, entretient et valorise un réseau de 6 800 km de fleuves, rivières et canaux, 40 000 hectares de domaine, 4 000 ouvrages d’art et 2 500 bâtiments. Son siège social se trouve à Béthune (Pas-de-Calais). Créé en 1991, VNF est, depuis 2013, un établissement public à caractère administratif (Épa) comptant 7 directions territoriales et près de 4 700 collaborateurs.

• Depuis 2014, la CFDT est première organisation syndicale devant la CGT et FO et totalise 700 adhérents.