Télétravail : Des nouvelles règles à définir

Publié le 08/07/2020

• À l’image de PSA, certains employeurs songent à développer largement le télétravail. La CFDT multiplie les mises en garde et se mobilise pour que le télétravail soit négocié dans le cadre d’un dialogue social de qualité.
• À la demande des organisations syndicales, une concertation paritaire est en cours pour améliorer le cadre juridique de l’accord national interprofessionnel de 2005.

C’est devenu un phénomène de société. Pas moins de 11 000 articles de presse ont été consacrés au télétravail depuis mars 2020 ! La CFDT, elle, réfléchit depuis vingt ans déjà à cette organisation du travail, jusque-là majoritairement réservée aux cadres du privé. Encadré par l’accord national interprofessionnel (ANI) de 2005 et flexibilisé par les ordonnances Macron de 2017, le télétravail, depuis le début de la crise sanitaire, fait l’objet d’un engouement inédit. Les entreprises réticentes ont découvert le management à distance et la capacité de leurs salariés à s’adapter au e-travail. Les employeurs y voient une aubaine pour économiser des mètres carrés de bureaux, les salariés pour s’épargner des heures de transport ou mieux concilier leurs temps de vie. Mais beaucoup d’études révèlent les risques du travail sans bureau ni collègues.

Non au télétravail massif

Toute la CFDT multiplie les initiatives

« Un quart seulement des télétravailleurs est couvert par un accord collectif », relève Catherine Pinchaut. Depuis le début de la crise, la CFDT a multiplié les initiatives afin d’aider les équipes syndicales à s’emparer du sujet, à commencer par la CFDT-Cadres, qui a mis en ligne des fiches très complètes dès les premiers jours du confinement et organisé un webinaire sur le sujet. L’URI Île-de-France a également convié ses militants le 8 juillet en vue de les outiller pour la rentrée de septembre. En Paca, l’URI a réuni ses militants en présentiel à l’occasion de la semaine de la QVT : « La demande est telle que nous organisons une journée “télétravail et handicap” le 28 septembre en partenariat avec l’Agefiph et l’Aract », explique Caroline Manzoni, secrétaire régionale. L’Uffa a également beaucoup travaillé au soutien des agents jetés dans le grand bain du télétravail sans expérience : alertes au secrétaire d’État Olivier Dussopt lors des audioconférences hebdomadaires, courriers, intervention au conseil commun de la fonction publique du 25 juin, tracts sur l’encadrement du télétravail dans les protocoles de déconfinement. Et, depuis le 15 juin, une concertation paritaire a commencé dans l’espoir de trouver un consensus avec le patronat en septembre. La CFDT espère la signature d’un nouvel accord plus protecteur – notamment pour les salariés des TPE-PME, où le dialogue social fait défaut.

« Sans remettre en cause les avantages du télétravail, la période que nous venons de vivre met en lumière ce qui doit être revu et mieux encadré, y compris pour le télétravail régulier d’avant la crise et en concertation avec les IRP », insiste Catherine Pinchaut, secrétaire nationale. C’est d’ailleurs un véritable tollé de la part des organisations syndicales qu’a suscité l’annonce de PSA, le 6 mai dernier, de mettre 3 000 salariés en télétravail trois et demi ou quatre jours par semaine sans même avoir été consultées en amont. La section CFDT a réagi en lançant une enquête en ligne : du 2 au 12 juin, elle a contacté 10 000 salariés par mail et recueilli plus de 30 % de réponses, un score impressionnant. « Le non au télétravail massif l’emporte avec 56 % de réponses, commente Hervé Hottois, élu CSE de PSA Vélizy. Mais ce qui nous a le plus frappés, c’est que le non l’emporte chez les salariés qui avaient déjà l’habitude du télétravail avant le confinement, tandis que les primo-télétravailleurs de la période se disent plutôt satisfaits. » L’enquête révèle aussi que l’impact positif du télétravail sur la vie de famille n’est pas si évident que cela et que le sujet reste clivant lorsque les frontières entre vie privée et vie professionnelle sont rendues poreuses. Surtout, les sondés se montrent inquiets quant à leur avenir professionnel en indiquant très clairement que le télétravail intensif (au-delà de trois jours par semaine, dans le cas présent) compromettrait grandement leurs objectifs individuels et collectifs. La motivation « à distance » s’effondre dans les réponses. Au final, les principaux avantages qui se dégagent du questionnaire de PSA sont les gains de temps de trajets et les économies en matière de frais de transport. On est donc loin des questions liées au travail, à la qualité du travail et à la qualité de vie au travail, et donc des véritables enjeux d’une organisation de travail quelle qu’elle soit, comme le rappelle la CFDT dans ses préconisations publiées le 15 mai (un texte signé avec la CFTC et l’Unsa).

Un très fort besoin de parler

Les milliers de questions sur la boîte mail CFDT – ainsi que les autres enquêtes menées pendant le confinement, celle de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), celle de Terra Nova en partenariat avec la CFDT (« Mon travail à distance, j’en parle ! », réalisée par Res publica) – révèlent que la perte du lien social et l’absence de visibilité sur l’emploi arrivent en tête des craintes exprimées. « Nous avons recueilli plus de 1 200 verbatim sur 3 300 réponses ! Le besoin de parler du télétravail est énorme. Les salariés sont lucides, analyse Hervé Hottois. Ils craignent pour la pérennité de leurs sites et l’externalisation de leurs activités dans un pays à bas coûts. Ils décrivent également des open spaces de plus en plus bruyants où il devient très difficile de se concentrer et qui poussent les salariés à rester chez eux. » Les résultats de cette enquête vont nourrir les revendications de la section en vue de sauvegarder au moins 50 % de la semaine en présentiel et obtenir les contreparties financières attendues par les salariés (factures EDF, équipement adapté…). « Tout est question d’équilibre, conclut Christine Virassamy, déléguée syndicale centrale de PSA : il ne s’agit pas de refuser le télétravail mais sa généralisation. Une entreprise, c’est d’abord et avant tout un collectif de travail. »

cnillus@cfdt.fr

photo © PascalSittler /RÉA