Salariés au volant : les règles de bonne conduite

Publié le 16/06/2018

Conduire un véhicule d’entreprise pour l’accomplissement d’un travail soulève de nombreuses questions juridiques en cas d’accident, d’infraction routière, de perte ou de suspension du permis de conduire… Un point sur les responsabilités, côté employeur et côté salarié.

Mise à disposition d’un véhicule par l’entreprise

Livreurs, commerciaux, agents de chantier… Il est fréquent que l’employeur mette à la disposition des salariés un véhicule de l’entreprise pour les emplois qui le nécessitent. Il peut le faire sous deux formes : soit l’employeur prête au personnel des véhicules de service (camionnette, camion, véhicule commercial), de manière non nominative et à titre exclusivement professionnel. Dans ce cas, les conditions d’utilisation et d’entretien de ces véhicules de service doivent être définies dans le règlement intérieur de l’entreprise. Une clause du contrat de travail des salariés concernés peut y faire référence. Soit l’employeur met, à titre personnel, un véhicule de fonction à disposition d’un salarié. Dans ce cas, il peut autoriser ou interdire l’utilisation de ce véhicule à des fins personnelles. Une précision dont il est préférable de définir les modalités, ainsi que les obligations d’utilisation par le salarié, dans le contrat.

Que se passe-t-il en cas d’accident de la route  ?

Juridiquement, il existe une différence fondamentale entre accident de trajet (c’est-à-dire lors du déplacement entre le domicile du salarié et son lieu de travail) et l’accident de mission, qui intervient à l’occasion d’un déplacement nécessaire à l’exécution du travail, par exemple sur le site d’un client ou d’une entreprise prestataire. 

Seul l’accident de mission est qualifié d’accident de travail (L411-1 du code de la Sécurité sociale). 

Le 9 mai dernier, la Cour de cassation a d’ailleurs rendu un arrêt qui réaffirme qu’un salarié accidenté lors d’une mission hors de son lieu de travail habituel bénéficie toujours de la législation des accidents du travail, quelles que soient les circonstances de l’événement. L’accident survenu sera donc indemnisé comme accident du travail, quel que soit l’itinéraire emprunté, qui n’a pas à être discuté. L’entreprise n’est cependant pas exonérée de toute obligation concernant les trajets domicile-travail. L’employeur peut être poursuivi au pénal dans les cas où l’accident de trajet est lié à une surcharge de travail ou au mauvais entretien du véhicule de la société, par exemple.Quant aux frais, lorsqu’un accident de la route implique un véhicule de l’entreprise, le salarié ne peut être tenu de prendre à sa charge les dommages causés à ce véhicule ni même la franchise d’assurance.

Que se passe-t-il en cas d’infraction  ?

Depuis le 1er janvier 2017, une mesure issue de la loi de Modernisation de la justice du XXIe siècle (18 novembre 2016) impose aux employeurs de révéler l’identité du salarié responsable d’une infraction commise avec un véhicule de la société, sous peine de devoir s’acquitter d’une contravention pour non-désignation. Et ce, dans douze cas d’infractions routières, telles que l’usage du téléphone tenu en main ; l’usage des voies et chaussées réservées à certaines catégories de véhicules ; la circulation sur les bandes d’arrêt d’urgence ; le franchissement et le chevauchement des lignes continues ; les vitesses maximales autorisées…

Sachant que le montant de la contravention peut atteindre 675 euros, et que la loi prévoit de quintupler le tarif en cas d’infraction forfaitaire commise par une personne morale, le système devient suffisamment dissuasif. Il a en tout cas été conçu comme tel, afin de responsabiliser à la fois les employeurs et les conducteurs, pour des motifs de sécurité routière, bien sûr (la moitié des accidents mortels du travail sont des accidents de la route), mais aussi en vue d’éviter les contournements de la loi (comme lorsqu’un employeur se fait rembourser par le salarié le montant de l’amende dite de redevabilité pécuniaire, mais ne le désigne pas afin qu’il perde les points correspondant à la contravention au titre de la responsabilité pénale).Si l’employeur révèle l’identité du salarié en cause, la perte de points correspondante sur le permis sera bien entendu supportée par ce salarié.

Droit à la déconnexion au volant  ?

Répondre au téléphone en conduisant est une infraction… mais « bien des employeurs appellent quand même leurs salariés alors qu’ils les savent sur la route. C’est un problème majeur de sécurité routière. Cependant, le droit à la déconnexion pendant la conduite n’existe pas encore », assure Patrick Royal, secrétaire adjoint du Syndicat construction et bois de Seine-Eure, qui a participé à la rédaction du guide sur le risque routier, édité par la Fédération nationale Construction et Bois de la CFDT (lire ci-dessous). « C’est toute une culture de la prévention à mettre en place. Dans certaines entreprises, les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ont réussi à faire admettre que les salariés ne répondent pas quand ils conduisent. Mais ce n’est pas la majorité. » Plus largement, la question des risques routiers dans les entreprises doit être traitée dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, actualisé chaque année.

Perte ou suspension du permis de conduire : un motif de licenciement ?

« Tout dépend de ce qui est inscrit au contrat de travail », répond-on à la délégation à la Sécurité routière. Autrement dit, il faut distinguer les situations dans lesquelles le permis est un élément essentiel à la réalisation du contrat de travail (chauffeur livreur, commercial, etc.) de celles où il est plus accessoire. Enfin, il faut différencier les cas où le salarié s’est vu retirer ou suspendre son permis hors temps de travail, dans le cadre de sa vie privée, ou s’il était en cours de mission.

« Si le retrait de permis est lié à un contrôle d’alcoolémie, avec le véhicule de l’entreprise, et pendant le temps de travail, alors oui, cela peut justifier un licenciement pour faute grave, indique Me Franc Muller, avocat en droit du travail, précisant qu’en revanche, un motif tiré de la vie personnelle du salarié ne peut, en principe, pas justifier un licenciement disciplinaire, sauf s’il constitue un manquement de l’intéressé à une obligation de son contrat de travail. »

Sur ce sujet, la Cour de cassation vient de rendre un arrêt (Cass. soc. 28.02.18, no 17-11.334) qui rappelle les règles applicables. Il faut également souligner qu’en principe, si un employeur peut demander à voir le permis de conduire de son salarié, à l’embauche par exemple, il ne peut en aucun cas exiger de connaître le nombre de points restants. 

epirat@cfdt.fr

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Guide FNCB sur le risque routier

La Fédération nationale Construction et Bois (FNCB) de la CFDT éditera, au second semestre 2018, un guide complet sur le risque routier. La fédération est très impactée par ce sujet, puisque parmi les différentes causes d’accidents mortels au travail, ceux de la route sont parmi les premières. Elle a donc fait de la prévention un motif de mobilisation syndicale.

Le guide donne des conseils pour négocier un accord de branche sur le risque routier ou sur la mise en place de la prévention dans l’entreprise, en intégrant le risque routier dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, par exemple.
On y trouve également les moyens d’intégrer un plan de prévention des déplacements en entreprise dans le programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail (le Papripact).
Plus d’info sur www.cfdt-construction-bois.fr