Quel avenir pour l’Afpa?

Publié le 22/11/2012
Alors que les personnels se mobilisent le 22 novembre, l’acteur historique de la formation professionnelle, toujours au bord du gouffre, s’est doté d’un plan de sortie de crise. À condition que l’État accepte de participer à sa recapitalisation.

Créer « le champion de la formation professionnelle en France ». C’est l’ambition du président de l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes, Yves Barou, qui a présenté le 14 novembre au comité central d’entreprise son plan de refondation décliné en trois axes : une transformation pédagogique, le développement de l’activité et un programme d’économies. « L’Afpa doit reprendre la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre auprès des demandeurs d’emploi et des salariés, juge Marie-Andrée Seguin, secrétaire nationale CFDT, qui siège au conseil d’orientation de l’Afpa. Ce plan est ambitieux, mais n’aboutira que si tous les acteurs concernés, y compris l’État, prennent leurs responsabilités. »

L’objectif prioritaire reste d’assainir la situation financière de l’Afpa (dont le déficit devrait atteindre 75 millions d’euros pour 2012) et de parvenir à l’équilibre d’ici à 2015. Car l’Afpa connaît une fois de plus une incertitude sur sa survie la plus immédiate. Les salaires de janvier des 9 000 salariés ne sont pas assurés. Tout est en effet suspendu à une aide de l’État, qui pourrait prendre la forme d’une souscription de titres associatifs et être mise en œuvre dans le cadre de la dernière loi de finances rectificative pour 2012. La somme de 200 millions d’euros évoquée à la rentrée permettant une éventuelle recapitalisation de l’Afpa n’a pas été démentie par Yves Barou.

Rappel de la spécificité de l’Afpa

Le président nommé en juillet dernier a rappelé que l’Afpa « a dû faire face à un changement brutal de son modèle économique, mal préparé et mal accompagné », au moment de l’ouverture à la con­currence du marché de la formation, en 2009, et du transfert de la commande publique aux régions. L’Afpa a en outre souffert de la « déstructuration du management »?provoquée par l’ancienne équipe de direction. Yves ­Barou a souligné son attachement à la gouvernance associative?de l’Afpa, « moderne et adaptée aux besoins des acteurs de l’économie sociale et solidaire ».

« Nous ne vendons pas des heures de formation mais des parcours de retour à l’emploi », a-t-il insisté, rappelant ce qui fait la spécificité de l’Afpa – la construction d’un projet professionnel et l’accompagnement jusqu’à l’emploi, une formation qualifiante pour les niveaux V à III dans l’industrie, le BTP et les services –, le tout accessible à tous les publics

Le second axe du plan de refondation évoque le redressement de l’activité de l’Afpa. Si sa mission est bien l’insertion sociale et professionnelle, le projet distingue deux marchés, celui des demandeurs d’emploi et celui des salariés en activité fragilisés par la crise, donc les entreprises ayant engagé des GPEC ou encore des PSE. L’organisme ambitionne de devenir l’opérateur de formation de référence pour accompagner les restructurations des 500 plus grandes entreprises françaises.

Des économies, mais sans licenciement

Enfin, le chapitre des économies, chiffrées à 102 millions d’euros. « Nous voulons une GPEC active sans aucun licenciement, précise Yves Barou, dans le cadre d’un dialogue social transparent. » Quelque 1 000 fins de CDD et 1 000 départs à la retraite sont prévus. Sur les suppressions de postes envisagées par le plan, « 233 emplois l’ont déjà été en cinq mois, sans drame », note le président. Il en reste 483 à trouver dans les mois à venir. Un plan de départs volontaires devrait être ouvert au siège. Par ailleurs, de 600 à 700 formateurs seront recrutés. « Dans la période, au regard de la situation de l’Afpa, ce plan a été bien pensé, estime Marie-Andrée Seguin, mais il ne faudrait pas que les pertes d’emploi pénalisent l’activité. » L’actuel réseau de 216 centres sera remodelé en 109 centres principaux (dont 42 centres à vocation nationale) et 24 centres jumelés. Les 83 centres restants seront des annexes des centres principaux, mobiles en fonction des besoins. Afin de s’affranchir des contraintes de l’immobilier, l’Afpa demande que l’État intervienne en signant des baux emphytéotiques (de très longue durée, et généralement au loyer modique).