Qualité de vie au travail : avancer par expérimentations

Publié le 13/12/2016 à 18H58
Devant la frilosité des entreprises à prendre en compte la parole des salariés sur le travail, plusieurs fédérations mettent en place des outils pour accompagner les équipes.
     

La QVT, un levier de compétitivité

C’est une étude passée relativement inaperçue, mais dont les enseignements pourraient rebattre les cartes du dialogue social en matière de qualité de vie au travail. Mi-octobre, Terra Nova, le réseau Anact-Aract et La Fabrique de l’industrie publiaient les résultats de l’étude « La qualité de vie au travail : un levier de compétitivité », démontrant qu’améliorer la QVT rend les entreprises plus performantes. Après avoir auditionné 11 entreprises sur leur manière de mettre en œuvre la QVT, les auteurs de l’étude pointent l’engagement des collaborateurs comme un facteur clé – alors qu’en France seuls 9 % des salariés se disaient engagés dans leur travail en 2013, le pire score de l’Union européenne. De la même manière, « la mise en place de meilleures pratiques de management [autonomie des salariés, participation aux décisions…] permettrait d’accroître significativement la rentabilité des entreprises », insiste le rapport. Mais, en France, managers et dirigeants semblent réticents à lâcher prise : « […] la distance hiérarchique est exceptionnellement forte, la confiance trop limitée et le contrôle par la hiérarchie pesant. […] Il s’agit donc de progresser pour celles des entreprises qui seraient engluées dans des modes de relations trop hiérarchiques, descendantes ou pauvres en échanges. Les entreprises françaises laissent encore trop peu de place au dialogue professionnel et au dialogue social ».

     

Trois ans après la signature de l’accord national interprofessionnel sur le sujet, la prise en compte de la qualité de vie au travail (QVT) ne va toujours pas de soi. La loi Rebsamen d’août 2015 a bien été l’occasion d’en faire un sujet de négociation obligatoire. Mais, dans les faits, la QVT est souvent réduite au seul bien-être des salariés dans l’entreprise, à grand renfort de conciergeries et de salles de sport, évacuant la question du travail lui-même. Or « ce sont les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur travail et leur capacité à s’exprimer et à agir sur le contenu de celui-ci qui déterminent la qualité de vie au travail », rappelle le secrétaire national Hervé Garnier. Certaines entreprises ont ouvert la voie en favorisant des espaces de dialogue, à l’image de Thales en 2014, Airbus en 2015 ou Natixis en septembre dernier. Cependant, la plupart restent frileuses. « Les dirigeants ont tendance à croire que ce qu’ils ont imaginé est ce qu’il y a de mieux, et que si les salariés interviennent, ils risquent de fragiliser le système », analyse Julien Pelletier, de l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail).

Les fédérations à la manœuvre

Signe du tâtonnement des entreprises sur le sujet, certaines ont installé des organes de vigilance censés relayer la parole des salariés, alors même qu’elles n’ont pas signé d’accord. C’est le cas de la Banque de France et d’EDF, où des groupes multidisciplinaires (managers, salariés, représentants du personnel) permettent de débattre de l’organisation du travail et de ses évolutions. Ces observatoires, qui s’inscrivent dans la droite ligne des espaces de discussion voulus par l’Ani de 2013, sont un premier pas encourageant. Mais les choses avancent lentement…

Alors, côté syndical, plusieurs fédérations ont choisi d’appuyer leurs équipes afin, disent-elles, de « créer un terreau favorable à l’amélioration de la qualité de vie au travail ». La CFDT-Métallurgie accompagne ainsi une dizaine de sections pilotes engagées conjointement avec leurs directions dans une démarche expérimentale d’espaces de discussion des salariés sur leur travail. « Nous avançons entreprise par entreprise, sans exiger de droits nouveaux, décrypte Jean-Luc Collin, secrétaire national à la fédération. Nous voulons démontrer par l’expérimentation que salariés, employeurs et organisations syndicales peuvent mettre en œuvre par eux-mêmes, sans intervention directe de la loi, de nouvelles formes de régulation sociale au bénéfice de tous. »

Démarche syndicale et outil de développement

Autre approche, la Fédération Chimie-Énergie organise régulièrement des formations-actions destinées aux militants souhaitant mener des enquêtes Flash QVT dans leur entreprise et accompagne les équipes tout au long du processus. À ce jour, 8 240 salariés ont répondu aux 62 enquêtes déployées sur le territoire. Avec des retombées multiples. Dans la négociation que doit entamer Sanofi au début 2017, les revendications CFDT s’appuieront sur les résultats remontés. L’enquête menée au Mans chez ColArt International a abouti à la constitution d’un groupe de travail paritaire sur les risques psychosociaux et le lancement d’une négociation sur la QVT. « Pour parfaire le tableau, on constate que toutes les équipes engagées dans la démarche ont progressé aux élections professionnelles, certaines comme Sanofi enregistrant plusieurs adhésions par mois depuis l’enquête », se félicite Jean-Luc Nicolas, secrétaire national à la fédération.

La Fédération Santé-sociaux n’est pas en reste. Depuis 2015, elle met à la disposition des syndicats et sections des enquêtes QVT spécifiques à chaque branche professionnelle. « Cet outil de proximité permet un diagnostic. Le projet CFDT, lui, naîtra de ce que diront les salariés. Mais la crédibilité des propositions repose d’abord sur le taux de retour », note Nathalie Pain, secrétaire nationale à la fédération. En Alsace, l’Association Adèle de Glaubitz (1 200 salariés) s’est ainsi lancée dans la démarche en septembre 2015. Un an plus tard, « les résultats, analysés établissement par établissement pour une meilleure perception de la réalité, permettent à la section de se présenter devant l’employeur avec de vrais indicateurs contribuant à lancer la négociation ». Et les résultats aux élections des représentants du personnel des établissements du Haut-Rhin ont aussi récompensé la démarche de la section, avec plus de 80 % des voix sur les listes CFDT.

aballe@cfdt.fr