La CFDT soutient la création d’une filière tourisme

Publié le 24/06/2014

Les assises du tourisme, entamées en novembre 2013, ont permis à la Fédération des services CFDT d’avancer ses revendications, qui visent à une meilleure structuration du secteur. Cependant, après les annonces du 19 juin, la Fédération reste très prudente.

« Faire des métiers du tourisme une filière attractive et d’excellence » : telle est l’ambition de la CFDT-Services, qui a participé activement depuis novembre dernier aux Assises du tourisme. Celles-ci se sont terminées le 19 juin. Quelques mesures annoncées par le ministre des Affaires étrangères ont retenu l’attention : le renforcement de la sécurité sur les principaux sites touristiques, la délivrance accélérée des visas, le lancement d’une liaison Roissy-Paris en 20 minutes, des négociations pour un forfait de taxi Roissy-Charles de Gaulle - Paris. D’autres mesures concernent plus directement les salariés du secteur du tourisme : la création d’un conseil de promotion du tourisme avec une conférence annuelle ; un rapport sur le tourisme en 2020, qui devrait voir le jour d’ici à la fin de l’année ; un programme d’investissement de 15 millions d’euros sur cinq pôles d’excellence (gastronomie-œnologie, montagne-sport, écotourisme-itinérance, artisanat-luxe, tourisme urbain-nocturne) ; un fonds « tourisme social » de 75 millions d’euros pour rénover les installations ; 100 000 formations prioritaires pour l’emploi ; une future négociation sur les conditions de travail, l’alternance et la formation permanente des saisonniers ; un baccalauréat hôtellerie-restauration à la rentrée 2015.

Les lobbys patronaux à la manœuvre

Mais ces mesures appellent quelques commentaires. Selon la Fédération des services CFDT, « elles sont éloignées des propositions concrètes du groupe de travail […]. La filière tourisme devrait être circonscrite aux activités proprement touristiques, et pas aux activités connexes comme le transport ». Par ailleurs, là où il faudrait mettre la pression sur les organisations patronales en vue de négocier sur les conditions de travail et la formation professionnelle, les ministères concernés (Bercy et le Quai d’Orsay) semblent céder aux influences de grands lobbys patronaux. La recommandation adressée à la Mairie de Paris pour favoriser le travail du dimanche dans les grands magasins va tout à fait dans ce sens, alors même que le gouvernement est censé préparer une loi à propos du travail dominical.

De plus, « rien n’est prévu pour les saisonniers aux niveaux législatif et réglementaire » regrette Olivier Guivarch, du pôle hôtellerie-tourisme-restauration (HTR) de la Fédération des services, qui juge « floues les mesures relatives aux deux fonds d’investissement [pôles d’excellence et tourisme social] sur la gouvernance et les modalités d’accès ».

Des outils statistiques pour mieux connaître la filière

Pour autant, la CFDT estime positive la création de la filière tourisme. Celle-ci devrait permettre d’anticiper les mutations et de prendre en compte les évolutions des métiers, des compétences et des qualifications.

D’après la Fédération des services, « le comité de pilotage de la filière, qui pourrait remplacer en lieu et place le Conseil national du tourisme, permettra de partager la prospective entre organisations représentatives ». Pour l’instant, les annonces du ministre n’apportent pas de réponse claire à cette demande. Plusieurs revendications CFDT ont été reprises dans le bilan du groupe qui a travaillé pendant plusieurs mois : le développement d’outils statistiques partagés entre services de l’État afin de mieux connaître et d’évaluer la filière, l’emploi saisonnier, les mutations des emplois, les types de contrats, les types d’entreprises. L’évaluation de l’expérimentation du « CDI emploi-formation » – qui permet de conserver sa rémunération entre deux emplois saisonniers pour acquérir un diplôme ou un certificat de qualification professionnelle – a été retenue ainsi que l’extension dans d’autres branches du permis de former qui existe dans les HCR, pour faire progresser la qualité de l’apprentissage et de l’alternance. De plus, la labellisation et le pilotage paritaire des maisons de saisonniers entre organisations patronales, organisations syndicales et pouvoirs publics sont également consignés dans ce bilan. Enfin, la mise en œuvre du contrat d’études prospectives (CEP) restauration aidera les partenaires sociaux des HCR dans leurs négociations à venir.

Un appareil de formation et un OPCA dédié

En outre, pour la CFDT, « la négociation de minima harmonisés sera nécessaire afin d’atteindre une pleine reconnaissance des compétences entre branches ». En ce qui concerne l’insertion des jeunes, elle demande « une évaluation plutôt que la création de nouveaux dispositifs ». Elle estime que « ce qui existe déjà est encore trop méconnu dans les petites entreprises, et il est nécessaire de contrôler certains programmes, par exemple l’ouverture aux emplois d’avenir dans nos secteurs. Les jeunes salariés comme les moins jeunes doivent être accompagnés dans un parcours professionnel balisé avec des titres et des diplômes reconnus ».

En matière d’organisation du travail (temps partiel, encadrement des coupures, repos, conciliation vie professionnelle et vie personnelle…), la CFDT estime que « la filière tourisme pourrait permettre de mutualiser les meilleurs dispositifs », même si cela fait l’objet de négociations directes avec le patronat.

Enfin, la CFDT appelle de ses vœux « l’émergence d’un appareil de formation cohérent qui respecte les identités professionnelles, un Opca [organisme paritaire collecteur agréé] tourisme et restauration qui rassemblerait de nombreuses branches du tourisme, et uniquement du tourisme, au service des entreprises et de leurs salariés ».

dblain@cfdt.fr

(Photo Nicolas Tavernier/Réa)