France Télécom : Ouverture d’un procès hors norme

Publié le 02/05/2019

Le moment était attendu : l’ouverture, le 6 mai, du procès de l’ex-PDG de France Télécom, Didier Lombard, et de six autres cadres dirigeants, mis en cause pour harcèlement moral. 

Au cours des deux mois et demi d’audience (le procès doit se dérouler jusqu’au 12 juillet), il s’agira de faire la lumière sur la machine à broyer qu’était devenue l’entreprise France Télécom (désormais Orange), entre 2007 et 2010, conduisant plusieurs dizaines de salariés au suicide. Des dizaines de parties civiles, dont la CFDT, attendent de ce procès qu’il fasse reconnaître la responsabilité des dirigeants de l’entreprise dans la mise en place d’un système effrayant de déstabilisation des salariés, en vue d’obtenir leur départ.

Engagée à l’époque dans le virage de la privatisation et l’arrivée des nouvelles technologies, fortement endettée, France Télécom s’était fixée comme objectif la suppression de 22 000 postes et 10 000 changements de métier dans le cadre de son plan de réorganisation NExT et sa déclinaison concernant le personnel ACT. Pour y parvenir, des méthodes à faire froid dans le dos : incitations répétées au départ, mobilités forcées, isolement, pressions diverses (placardisation, suppression de mission sans préavis, déclassement…). « Tous les services avaient des objectifs de départs. À chaque réunion de cadres, on y avait droit : “Vous en êtes où ?” Il fallait mettre en œuvre la réduction des effectifs, coûte que coûte », se souvient Laurent Riche, délégué syndical central CFDT de 2009 à 2017.

Politique délibérée

Tout l’enjeu de ce procès « sans équivalent »,selon Jonathan Cadot, l’un des avocats de la CFDT au procès, sera de « faire reconnaître qu’il s’agissait d’une politique délibérée de harcèlement et de management déviant, conçue au plus niveau et qui a concerné toute la chaîne hiérarchique. Pas seulement les lampistes ».Les trois principaux accusés (Didier Lombard, Louis-Pierre Wenès, l’ex-numéro 2, et Olivier Barberot, l’ex-directeur des ressources humaines) encourent chacun un an de prison et 15 000 euros d’amende.

epirat@cfdt.fr