Covid-19 : “Les personnels des hôpitaux ne veulent pas être des héros, ils veulent simplement des moyens”

Publié le 16/03/2020

Evelyne Rescanières, la secrétaire générale de la fédération Santé-Sociaux CFDT, fait le point sur la crise sanitaire du Covid 19 et salue l'abnégation des agents hospitaliers.

Covid WebL’hôpital public et ses agents sont en première ligne pour affronter la crise sanitaire. Peuvent-ils faire face à un évènement d’une telle ampleur ?

Il faut saluer le boulot exceptionnel de l’ensemble des professionnels de santé. Ils continuent de se donner sans compter. Comme d’habitude ! Malheureusement, malgré le dévouement et les sacrifices des soignants, il est ubuesque de penser que notre système aura les moyens d’absorber la totalité des effets d’une telle situation. La CFDT Santé-Sociaux le répète depuis des années : nous éprouvons déjà des difficultés pour faire face aux besoins de santé ordinaires... Il faut arrêter avec les mesures ponctuelles. Le déplafonnement des heures supplémentaires a été annoncé. Dans le contexte, c’est évidemment une bonne chose, mais dans les faits ce sont 23 millions d’heures qui sont déjà dues (pour l’année 2017). On voit bien que ce n’est plus cohérent.

Notre système de santé, pourtant souvent décrit comme l’un des meilleurs au monde, est-il à bout de souffle ?

Cette épidémie est un triste révélateur. On constate, par l’absurde, les conséquences de plusieurs années d’austérité, on a réduit le nombre de lits, on a multiplié les fermetures de services ou d’établissements de proximité. Les agents sont confrontés à des réorganisations permanentes… Alors que l’Est de la France est fortement touché, les personnels sont inquiets. A l’hôpital de Nancy, par exemple, 17 lits de maladies infectieuses ont été supprimés en 3 ans. 400 postes ont été détruits et 284 lits fermés entre 2014 et 2017. Pire, 400 suppressions de postes supplémentaires sont prévues d’ici 2023. En plus, des moyens humains, nous déplorons un manque global de moyen matériel. Les mobilisations de ces derniers mois, aux urgences témoignent de la fatigue et du ras-le-bol des agents. Ils doivent toujours faire plus avec toujours moins. Alors que l’épidémie s’accroit, dans la plupart des établissements, nous faisons le constat d’une pénurie de respirateurs, de masques… C’est indigne !

C’est tout le système qui doit être repensé ?

La CFDT Santé-Sociaux a présenté un Plan B. Elle fait des propositions. Les agents publics sont une richesse. Ils doivent être reconnus pour leur travail et leur engagement. Si leur dévotion n’est plus à prouver, ils ne pourront pas toujours répondre présents. Ils sont épuisés. Les félicitations et les compliments ne suffisent pas. Les agents ne veulent pas être des héros, ils veulent simplement des moyens pour offrir des soins de qualités aux usagers du service public. Si le virus est inquiétant, la capacité de notre système de soin à faire face l’est aussi. Nous devrons tirer les conséquences de cette crise. Mais pour l’instant, l’heure est à la mobilisation et à la protection des personnels soignants.

Que demande la CFDT Santé-Sociaux ?

Nous avons écrit au ministre de la Santé la semaine dernière. Il faut que dans les établissements les directions associent les organisations syndicales dans la gestion de la crise afin de répondre au mieux aux recommandations de l’organisation mondiale de la Santé (OMS). L’institution pointe les risques que la fatigue et le stress peuvent faire peser sur la sécurité et la santé dans les situations d'urgence. Nous devons mettre en œuvre des politiques sur les heures de travail, penser la durée et la rotation des quarts et des périodes de repos et anticiper des mesures pour prévenir la fatigue. Plus la fatigue sera importante plus les risques seront nombreux…

Comment peut-on aider ou soutenir les soignants ?

Chacun peut agir individuellement. L’enjeu, c’est de garder le nombre de malades infectés par le virus en deçà de la capacité d’absorption de ces patients par les hôpitaux, et d’éviter de se retrouver confronté aux drames vécus par les Italiens. Il revient à chacun de respecter les consignes pour limiter la propagation du virus. Les gestes barrières (se laver les mains, éviter de se déplacer) sont une aide précieuse pour les personnels et la meilleure façon de les remercier.

Propos recueillis par glefevre@cfdt.fr