[Dossier] La boîte à rêves (2/5)

Publié le 20/01/2020

Chez Accenture, le concept de bonheur au travail se décline dans toute l’entreprise. Trop, peut-être, au regard de ce qu’attendent réellement les salariés.

Le bonheur au travail ? Accenture fait beaucoup plus que cela ! Cette entreprise américaine spécialisée dans le conseil affiche un projet « truly human » (réellement humain), axé sur des fondamentaux dont l’égalité professionnelle femmes-hommes, la diversité et le bien-être de ses collaborateurs.

Pour cela, des truly human officers (ou ambassadeurs de communautés de travail) ont pour mission d’animer des groupes de salariés partageant les mêmes compétences. Petits déjeuners, soirées, newsletters : il faut, notamment, entretenir le sentiment d’appartenance dans une entreprise qui emploie un demi-million de personnes dans le monde et enregistre un turnover de 20 %. Un taux de rotation dû au profil des jeunes embauchés (surdiplômés, ils n’hésitent pas à se vendre ailleurs) ou au métier du conseil lui-même puisqu’il arrive souvent qu’un salarié passe plus de temps chez un client qu’au bureau.

Du sens du travail à la préservation de l’environnement en passant par le mécénat d’entreprise, Accenture ne laisse rien au hasard pour s’afficher comme une « entreprise bienveillante » prônant les vertus du sport et organisant des conférences « stress et sommeil ».

Les locaux déclinent le concept : vastes espaces de coworking vitrés, amphithéâtre garni de jolis coussins colorés, jardins, terrasses, ping-pong… Il y a même un piano et une « boîte à rêves »,sorte de cabine de sieste où l’on vient se relaxer avec lumière tamisée et musique douce.

Cet environnement de travail est très apprécié des collaborateurs. C’est, entre autres, ce que révèle le baromètre Great Place to Work®, qui récompense les entreprises où il fait bon travailler et auquel Accenture se soumet chaque année. Le dernier sondage (octobre 2018) fait état d’un taux de participation élevé (66 % de répondants). Parmi les points positifs, les salariés affirment leur fierté d’appartenir au groupe, ils louent la solidarité qui règne au sein des équipes, l’autonomie dont ils bénéficient et la compétence de leurs managers. Mais le sondage montre aussi que les salariés ont des besoins d’une tout autre nature.

La face cachée de ce collectif

En effet, les collaborateurs ont pointé les défaillances de la communication « descendante », dénoncé un système de promotion jugé trop partial et exprimé un fort besoin de « reconnaissance immatérielle ». Car la face cachée de ce collectif où il fait bon vivre, c’est le sentiment partagé de réaliser un travail invisible. « Il arrive que l’on planche six mois sur un projet qui sera présenté par d’autres et pour lequel il n’y aura aucun retour, pas même un merci ! », explique Jérôme Chemin, délégué syndical CFDT. La négation des contingences familiales ou personnelles lors de l’affectation sur une mission pèse aussi sur le moral. « Au final, personne n’est dupe : on ne demande pas à l’entreprise de nous rendre heureux ni de s’occuper de notre bonheur, qui est avant tout une affaire privée. En se présentant ainsi, elle sape la possibilité de dire ce qui ne va pas. »

cnillus@cfdt.fr