“À néosalariat, néosyndicat”

Publié le 08/04/2016

Les nouvelles formes d’emploi percutent aussi les organisations syndicales. À l’heure du numérique et avec le retour du travail « à la tâche », le néosyndicalisme se cherche encore.

« À néosalariat, néosyndicat ». C’est sur ce thème que la Fédération CFDT communication, conseil, culture (F3C) a lancé une série de rencontres avec les travailleurs indépendants, dont certains ont pour « seul contrat les conditions générales d’utilisation de la plateforme pour laquelle ils travaillent », résume Ivan Béraud, le secrétaire général de la F3C. Les chauffeurs Uber le savent bien, qui ont vu leur revenu baisser de 20 % quand l’entreprise a changé sa politique tarifaire du jour au lendemain. La CFDT-Transports & Environnement leur a aussitôt tendu la main pour leur proposer de s’« organiser ». S’organiser, c’est ce qu’ont fait les travailleurs indépendants américains, au sein du Freelancers Union (photo). La « communauté » créée à la fin 2002 propose différents services à ses 292 000 membres : mise en réseau, bourse à l’emploi, centrale d’achats, conseils comptables, fiscaux, professionnels… Mais aussi lobbying institutionnel. Et surtout une protection sociale mutualisée.

Inventer de nouveaux modèles

En Allemagne, le puissant syndicat industriel IG Metall (2,3 millions de membres) est très proactif. Le 1er mai 2015, il a lancé un site dédié aux travailleurs des plateformes, Faircrowdwork.org. L’outil leur permet de vérifier qu’ils sont correctement payés, de s’informer sur leurs obligations légales, d’obtenir des renseignements par téléphone et même d’évaluer leurs employeurs en fonction de leurs bonnes pratiques (rémunération, conditions de travail, communication). « Nous avons des appels, mais peu de personnes participent à l’évaluation des plateformes, faute de critères pertinents pour les utilisateurs », note le Californien Michael Silberman, docteur en informatique, ancien développeur freelance, qui a été recruté par IG Metall afin de faire avancer l’organisation sur ces questions. Pour lui, il y a urgence : « Si le modèle du travail de plateforme, voire le microtravail, continue de se répandre, tout ce que le syndicalisme a construit sera obsolète. L’enjeu immédiat, ce n’est pas tant l’adhésion de ces travailleurs que le fait d’inventer de nouveaux modèles de syndicalisme. Nous devons construire des réseaux, embaucher des community managers, travailler avec des chercheurs, des associations, des entreprises. Il faut tout tester, car nul ne sait de quoi demain sera fait, si ce n’est que ça ne ressemblera pas au monde d’aujourd’hui. » IG Digital reste à inventer.

aseigne@cfdt.fr

Photo Andrew Quilty_The New York Times-Redux_Réa