Une percée triomphale de la CFDT au musée d’Orsay

Publié le 11/05/2019

Avec une liste montée en un temps record, la CFDT a arraché la première place lors des dernières élections au musée d’Orsay. Premiers pas d’une section ultra-motivée.

« C’est ma première HMI [heure mensuelle d’information syndicale] et je n’ai rien d’une guerrière, annonce Hélène, élue CFDT, d’une voix douce et posée. Je suis là pour vous accompagner et je ferai de mon mieux pour vous aider dans votre travail. » Une vingtaine d’agents, surveillants de salle, administratifs, techniciens, agents de sécurité sont venus faire connaissance avec leurs représentants fraîchement élus. Hélène est en effet novice en syndicalisme, comme l’est d’ailleurs toute l’équipe qui a placé la CFDT à la première place au musée d’Orsay lors des élections de décembre 2018, au nez et à la barbe d’une CGT jusque-là indéboulonnable. « Cette élection a provoqué un séisme dans l’administration, s’amuse Cécilia Rapine, secrétaire générale adjointe du syndicat CFDT-Culture. Le musée d’Orsay fonctionne depuis de longues années en circuit fermé avec les mêmes partenaires syndicaux… et la CFDT vient de chambouler la donne. »

À la recherche d’une certaine équité

     

Plus de démocratie syndicale
Ne pas tomber dans le piège de l’opposition entre syndicats est un enjeu identifié par la section. « Nous sommes favorables à la pluralité syndicale, car c’est toujours inconfortable d’être ultramajoritaire et seul, explique Élise, élue CFDT. À chaque début d’année civile, le secrétariat du CHSCT est attribué à tour de rôle à l’une ou l’autre des trois organisations syndicales, qui se relaient pendant la mandature. Cette année, c’est le tour du Smesac. »

De l’éthique et du collectif
Dès que la section a été constituée, un premier rendez-vous a été pris avec la direction. Quel que soit l’objet de l’entrevue, la CFDT s’est donné pour règle de s’y rendre à deux ou trois militants. L’un d’entre eux assure la prise de notes et rédige un compte rendu diffusé auprès des adhérents. Par souci d’éthique, dès lors qu’un sujet peut toucher de près les intérêts personnels d’un militant, il laisse un collègue le prendre en charge à sa place.

Un coaching rapproché
Elle les a coachés depuis la création de la section : Cécilia Rapine, secrétaire générale adjointe du syndicat CFDT-Culture, continue de suivre de près les militants des musées d’Orsay et de l’Orangerie. « Ils ont ouvert beaucoup de dossiers, il ne faut pas qu’ils s’essoufflent. Tout ne peut pas être résolu en quelques mois. Je leur conseille de prendre de temps en temps de la distance, et de s’en remettre au collectif quand ils se sentent débordés. »

     

Cette heure d’information syndicale, c’est l’occasion pour les agents d’évoquer leurs motifs d’inquiétude et de colère. Une mesure récemment prise par la direction fait beaucoup parler : l’attribution d’une prime à une seule catégorie de personnel, les agents de caisse et de contrôle. « Est-ce que cela veut dire que les autres, les agents du service graphique ou de l’accueil, ne travaillent pas ?, soulève un agent. Comment faire pour rétablir l’égalité de traitement ? » Clairement, les agents pointent des avantages accordés à une catégorie de collègues majoritairement syndiqués à la CGT. « Tout le monde bosse bien et beaucoup à Orsay, réagit l’un des élus. Nous allons remettre l’ouvrage sur le métier et regarder comment cette prime a été négociée, en fonction de quels critères. Les “primes patchwork”, distribuées à la discrétion de la direction, ce n’est pas notre tasse de thé. Elles n’ont aucun effet sur le déroulement de carrière et ne comptent pas pour la retraite. Notre conception des choses, ce n’est pas que chaque baronnie tire la couverture à elle mais que tout le monde avance ensemble. C’est dans ce sens que nous allons travailler. Mais nous devons faire attention à ne pas nous laisser diviser. » Une autre voix s’élève, celle d’une surveillante en salle. Elle travaille au musée depuis plus de vingt ans. Elle dit éprouver et constater autour d’elle une forme de souffrance au travail et regrette de n’avoir aucun interlocuteur. « J’ai l’impression d’être face à un mur ; même quand nous nous exprimons, nous avons le sentiment que nos paroles n’ont aucune valeur, nous ne savons plus à qui faire confiance et chacun se replie sur soi », se désole-t-elle. « Ici, on fonctionne beaucoup en direct et de manière informelle, mais vous n’avez rien à y gagner, lui répond Ophélie, représentante syndicale au comité technique. Ne vous mettez pas en danger, c’est notre rôle de relayer votre parole et vos ressentis, d’organiser un projet commun à partir de vos réflexions et de vos suggestions. »

Les sujets systématiquement remontés

La suite de la session d’information syndicale sera consacrée à des sujets concrets de conditions de travail. Le niveau sonore dans le hall d’entrée provoque du stress et certains ont constaté une baisse de leur audition. Les sièges dans les salles d’exposition sont cassés, usés : « Ils nous font mal au dos et coupent la circulation. » Tous ces sujets seront mis à l’ordre du jour de la prochaine réunion du CHSCT, indique l’un des élus. « Des solutions existent pour se protéger du bruit, par exemple des bouchons en gel siliconé qui masquent les bruits mais ne bloquent pas les conversations, précise-t-il. Quant au mobilier, il doit être renouvelé et il serait judicieux que les agents soient associés à son choix. »

La jeune équipe CFDT du musée d’Orsay sait qu’elle va devoir mettre les bouchées doubles. Lors d’une autre réunion, organisée cette fois à l’Orangerie, un musée de taille plus modeste et dont l’ambiance est plus familiale, d’autres difficultés du quotidien sont évoquées. Pour déjeuner, les agents n’ont d’autre choix que d’apporter leur gamelle ou d’acheter un sandwich au distributeur, le quartier très chic des Tuileries étant totalement dépourvu de commerces ou restaurants bon marché. Il y a bien la cantine du musée d’Orsay située de l’autre côté de la Seine, mais il faut compter trente minutes aller-retour à pied ; c’est beaucoup sur une heure de pause. Le comité technique va se pencher sur la question, qui n’a jamais été traitée auparavant.

Au-delà des conditions de travail, c’est surtout le moral des agents qui flanche. Le malaise s’est cristallisé à la suite d’une réorganisation générale de l’établissement, mise en œuvre en 2018. « Nous avons vu notre environnement bousculé par un nouvel organigramme très vertical, pourtant préparé par des groupes de travail, explique Ophélie. Des strates hiérarchiques supplémentaires sont apparues, qui éloignent encore un peu plus des décisions et ont un impact sur le travail des agents au quotidien. Nombre d’entre eux ont l’impression que leur expertise et leur ancienneté sont niées. »

Formation accélérée

Aussi, à l’approche des élections de décembre 2018, l’idée de présenter une liste CFDT a germé dans l’esprit de quelques collègues – au départ un petit noyau dur de la direction de la conservation. Ils appellent le syndicat CFDT Culture à la rescousse. Cécilia Rapine les aide à structurer leur projet, la section est créée le 5 octobre, vingt jours avant la date limite de dépôt des listes. « Je leur ai fourni une formation accélérée, ils ont énormément bossé et nous sommes en lien permanent sur WhatsApp », explique-t-elle, admirative. « Nous nous sommes tous mis à écouter activement les agents qui se sont dirigés très naturellement vers nous, se souvient Élise. Nous voulions que toutes les catégories de personnel soient représentées sur la liste. » Les fondateurs de la section revendiquent un fonctionnement très collectif et démocratique. Pas question que tout repose sur les épaules d’une seule personne. C’est aussi une question pragmatique. Ces jeunes militants, trentenaires ou à peine plus pour la plupart, doivent jongler entre leurs obligations familiales, des métiers très prenants et leurs nouvelles responsabilités de représentants du personnel. « En trois mois, ils ont fait le boulot que d’autres n’ont pas fait en vingt ans, ils apprennent vite ! », s’exclame Cécilia. Aujourd’hui, les premières réunions d’instances se sont tenues, les dossiers sont lancés, et la section est résolue à les faire avancer.

mneltchaninoff@cfdt.fr

photo © DR

     

Repères

• L’établissement public administratif des musées d’Orsay et de l’Orangerie, placé sous la tutelle du ministère de la Culture, emploie plus de 630 agents.

• La CFDT, absente depuis plusieurs années, est arrivée en tête des élections à la fin de l’année 2018 avec 44,5 % des voix. La CGT, majoritaire depuis trente ans, a obtenu 35,9 % des voix. Le Smesac (Syndicat des musées, établissements, services autonomes culture) est en troisième position avec 19,5 %. La CFDT détient 4 sièges au comité technique (3 pour la CGT, 2 pour le Smesac).