Une implantation CFDT couronnée de succès chez SPO

Publié le 12/06/2019

Monter une section, bâtir une unité économique et sociale, construire le dialogue social, améliorer le régime du temps de travail… : en trois ans, la section de SPO a su démontrer son utilité.

« C’est une déclaration de guerre ! », lance le patron de Sécurité Protection Ouest (SPO) quand Arnaud Prem, un beau jour de 2016, lui fait part de l’implantation de la CFDT dans cette petite entreprise de sécurité, et de son tout nouveau mandat de responsable syndical. S’ensuit une longue discussion. « Je lui ai fait comprendre que ce que nous voulions, ce n’était pas la guerre mais le dialogue », se souvient Arnaud. Le dirigeant finit par s’accommoder de cette situation inattendue, à moitié rassuré par l’appartenance CFDT des syndicalistes avec lesquels il va devoir composer. En amont, cette révélation a été soigneusement préparée. À la manœuvre, le Syndicat des services du Val de Loire, qui a aidé la section à se constituer.

La création d’une unité économique et sociale justifiée

     

L’adhésion ultra-simplifiée
La Fédération des Services a développé une application qui permet d’adhérer en quelques clics. Le passage à l’acte en est facilité. Bien pratique, juge Arnaud, qui n’hésite pas à sortir son portable quand il sent qu’un salarié est suffisamment intéressé. Le futur adhérent n’a plus qu’à remplir le formulaire d’adhésion en ligne.

Les vertus du contact direct
Comment communiquer quand le collectif compte autant de lieux de travail différents que de salariés ? Arnaud ne croit guère aux réseaux sociaux. Mais c’est un fervent partisan du contact direct et du débat, dont il pense que chacun devrait faire l’apprentissage. Il discute de tous les positionnements CFDT avec les militants. « Chacun développe ses arguments et est ensuite capable de débattre avec d’autres, je trouve cela plus efficace qu’un post sur Facebook. »

Le travail en réseau
« Nicolas, le secrétaire général du Syndicat CFDT des services du Centre-Val de Loire, a été présent tout au long, depuis la création de la section jusqu’à la reconnaissance de l’UES et la négociation du protocole préélectoral », précise Arnaud. Le soutien de la fédération a également été précieux. « Je savais que je pouvais appeler à tout moment le juriste de la fédération qui suivait notre dossier. »

     

« J’ai vu débarquer Arnaud accompagné de quatre collègues, des trentenaires qui ne connaissaient rien au syndicalisme mais qui avaient envie de changer les choses dans leur entreprise, explique Nicolas Ubel, secrétaire général dudit syndicat. Ils avaient compris qu’il fallait pour cela passer par le dialogue social, et donc s’adosser à un syndicat. »

Très vite se pose la question du périmètre de l’entreprise. « Il y avait trois petites entités distinctes, dont aucune ne dépassait 50 salariés, raconte Nicolas. Je me suis plongé dans l’historique de l’entreprise. Les textes mentionnaient le même dirigeant pour les trois sociétés, évoquant une concentration des pouvoirs sur le même donneur d’ordres. Les salariés avaient des contrats de travail et des fiches de paye identiques se référant à la même convention collective… La présence d’au moins trois éléments de ce type, constitutifs d’une UES [unité économique et sociale], suffisait à prouver son existence. Nous avons lancé le processus. » L’une des trois structures est dotée de représentants du personnel sans étiquette. « Notre stratégie a été de les faire démissionner, ce que les élus en place ont accepté quand ils ont compris le but de la manœuvre, puis, après un délai de carence, nous avons demandé le déclenchement de nouvelles élections », poursuit Nicolas. Au moment de la négociation du protocole préélectoral, l’employeur saisit vite les intentions de ses interlocuteurs. Il a rédigé un protocole portant sur une seule des trois entités… Et quand les syndicalistes évoquent l’UES, leur interlocuteur leur oppose un refus catégorique. Le syndicat lui adresse alors un courrier juridiquement argumenté qui fait état d’un éventuel recours auprès du tribunal d’instance. Après avoir consulté son avocat, le directeur finit par se rendre à l’évidence et donne son aval à la tenue d’élections. « J’ai mandaté Arnaud, qui a organisé un référendum auprès des salariés pour la mise en place de l’UES », explique Nicolas. Celle-ci est approuvée à 87 %.

Les mains libres pour avancer

Les élections professionnelles se tiennent dans la foulée. Une délégation unique du personnel (DUP) à 100 % CFDT est installée, le travail syndical peut commencer. De ces débuts musclés, qui évoquent nettement plus le bras de fer que le dialogue apaisé, Arnaud dit aujourd’hui que c’était un passage obligé. « Nos relations avec la direction étaient très froides au début, mais il fallait installer ce rapport de force pour la suite », analyse-t-il. La direction commence à prendre au sérieux ses nouveaux interlocuteurs. D’autant plus qu’ils bénéficient d’un large soutien de la part des salariés. Cela grâce à un travail de terrain indispensable dans ce secteur d’activité si particulier, où les salariés ne sont jamais réunis sur un même site. Les agents de sécurité sont dispersés sur les différents « chantiers » : entreprises, hôpitaux, magasins, dont ils garantissent la sécurité, soit par des gardes statiques, soit en effectuant des tournées. Ils assurent aussi des temps d’astreinte depuis leur domicile, durant lesquels ils sont amenés à intervenir quand une alarme se déclenche chez un client. Avec ce type de communauté de travail constituée de travailleurs isolés, construire du collectif demande une bonne dose d’énergie. Arnaud et ses camarades n’en manquent pas : « Avant d’avoir nos heures de délégation, nous avons pris sur nos jours de repos pour rencontrer les collègues sur leur lieu de travail. Aujourd’hui encore, dès qu’un nouveau arrive dans l’entreprise, et c’est fréquent car nous connaissons un turnover élevé, je vais me présenter. Nous proposons toujours l’adhésion, et ça marche. Les salariés sont sensibles à l’idée d’améliorer leurs conditions de travail en s’organisant et en étant solidaires. »

Mieux-disant pour les salariés

Le premier chantier syndical de la section a été le temps de travail. Les employés de SPO travaillent 36 heures par semaine. À partir de la 36e heure, les heures supplémentaires sont majorées. En principe car, dans les faits, elles sont rarement payées mais plutôt compensées dans le cadre de la modulation du temps de travail annualisé mise en place unilatéralement par l’employeur. Celui-ci accède à la demande de la CFDT de revenir sur le sujet. Arnaud, en relation avec les experts de la Fédération des Services, creuse la question. Et finit par trouver une solution originale : « Nous avons redéfini les règles, j’ai accepté que le taux de majoration moyen passe de 25 % à 20 % ; en contrepartie, j’ai obtenu que la modulation soit calculée sur six mois au lieu d’un an, ce qui laisse moins de latitude pour transformer les heures supplémentaires en temps de repos. » Le nouvel accord tourne clairement à l’avantage des salariés, ce que l’employeur n’avait pas anticipé pendant la négociation. « Il a ensuite admis que nous avions bien joué la partie », s’amuse Arnaud. Le dialogue social naissant dans l’entreprise se construit peu à peu sur la base d’une estime réciproque. Estime du patron pour ces salariés qu’il voit sous un nouveau jour. « Les agents de sécurité sont tellement habitués à ne pas être considérés, que ce soit dans leur travail ou au sein de la société, qu’ils osent rarement relever la tête et prendre la parole ; c’est pourtant ce que nous avons fait », remarque Arnaud. Pour la petite histoire, le secteur de la prévention-sécurité peinant à recruter, le patron de SPO a fait appel au… réseau CFDT ! Question de confiance. La guerre n’a finalement pas eu lieu.

mneltchaninoff@cfdt.fr

photo © DR

 

     

Repères

• SPO (Sécurité Protection Ouest) est une entreprise de prévention-sécurité qui emploie 77 salariés et dont le chiffre d’affaires en 2018 était égal à 4,8 millions d’euros.

• Le siège de l’entreprise se trouve à Blois (Centre-Val de Loire) ; deux agences sont situées à Orléans et à Tours.

• La section CFDT, créée en 2016, compte une vingtaine d’adhérents.