Place aux jeunes !

Publié le 05/07/2018

Entre les congrès de Marseille, en 2014, et de Rennes, en juin, le renouvellement générationnel a été porté à tous les niveaux de l’organisation. Une dynamique que la CFDT souhaite  poursuivre pour permettre aux jeunes générations de prendre pleinement leur place.

Au troisième soir du congrès de Rennes, à l’issue des débats, dans un bar du centre-ville, c’est l’heure du débriefing pour la vingtaine de jeunes venus des Pays de la Loire. « Comment avez-vous vécu la journée ? », interroge Antoine Lelarge, secrétaire général de l’Union départementale 49 et initiateur de cet accompagnement. En amont, le 18 mai, une journée de préparation collective leur avait été proposée, « sorte de congrès blanc avec un débat sur un des amendements », précise Antoine Lelarge. Un tour de chauffe très apprécié des participants. « On se sent plus à l’aise, on comprend mieux les sens des votes », indique Pierre, 26 ans, délégué syndical chez Scania. Mais, à Rennes, les questions sont encore nombreuses. « Pourquoi on ne débat pas du texte de résolution générale comme on a débattu du rapport d’activité, par des interventions à la tribune ? », interroge une jeune militante. « Pourquoi, au Bureau national, n’y a-t-il pas de représentant des jeunes, comme il y a un représentant des cadres ? Il faudrait qu’on ait notre place, qu’on puisse davantage faire entendre nos revendications », ajoute Mathieu, du Syndicat Défense Anjou et Maine. Entre interpellations et commentaires, ce soir-là, les échanges sont vifs. Les jeunes présents sont avides de comprendre. « On n’est pas là juste pour faire baisser la moyenne d’âge », poursuit Mathieu, un brin provoc, mais bien représentatif de la nouvelle génération CFDT, qui ne veut pas faire de la figuration, être la « caution jeune ».

Succès des Afterwork

Point fort de la mandature 2014-2018, la question du renouvellement générationnel a été au cœur des chantiers internes, avec une politique active et volontariste. « La dynamique jeunes a bien pris durant ces quatre années, c’est une préoccupation partagée beaucoup plus largement qu’avant. L’ensemble des structures fédératives, professionnelles et interprofessionnelles, a progressé sur cet enjeu, se félicite Inès Minin, la secrétaire nationale chargée de la politique en direction des jeunes. La mandature a été riche en initiatives et l’impulsion confédérale, bien relayée. »

Notons par exemple le cycle de formation Effervescence(s), pour aider des jeunes adhérents ou militants à prendre des responsabilités. Entamé en 2016 à Bierville, il a été décliné en région tout au long de l’année 2017 : Nouvelle-Aquitaine, Île-de-France, Centre ou Paca, avec chaque fois le même succès. D’autres sessions se profilent, comme en Auvergne-Rhône-Alpes à la fin 2018. Les fédérations ne sont pas en reste. Santé-Sociaux, Formation et Enseignement privés (FEP), Protection sociale, Travail, Emploi (PSTE), pour ne citer qu’elles, organisent également des temps spécifiques.

L’organisation de nombreux événements festifs (concerts, soirées…), et l’expérimentation de nouvelles formes de rencontres, à l’instar des Afterwork, rencontrent eux aussi un succès grandissant et poussent certaines régions à vouloir innover, en envisageant des Afterwork ciblés sur les travailleurs du numérique.

“On ne peut se contenter d’événementiel”

Si le bilan de la mandature foisonne d’initiatives, « il y a un véritable enjeu à ne pas se contenter d’événementiel. Nous devons aussi imaginer des formats qui facilitent la rencontre avec les jeunes, leur syndicalisation, avoir une réflexion sur leur parcours dans l’organisation pour leur permettre de prendre leur place », précise Inès Minin. Le Dispositif Jeunes Europe (DJE), lancé par la Bretagne et les Pays de la Loire, fait justement partie de ces initiatives-phares qui ont permis à de jeunes Ligériens ou Bretons (une vingtaine à chaque session de formation sur les questions européennes) de prendre du galon : quatre d’entre eux ont ainsi intégré le bureau régional en Pays de la Loire en juin 2017. En Bretagne, « neuf sont montés en responsabilité dans leurs exécutifs, en interpro ou ont pris des mandats fédéraux », indique Rozenn Breton, responsable jeunes de la région. « Surtout, ces militants ont gagné en légitimité sur un sujet autre que “les jeunes”. Ils interviennent dans des assemblées générales, des congrès ou des conseils pour parler de l’Europe. Dorénavant, on ne les oppose plus systématiquement aux plus anciens. »

“Aider nos syndicats à bâtir une dynamique jeunes”

À la Fédération des Services, le groupe jeunes, sous la houlette de Véronique Revillod, la responsable fédérale du dossier, a visiblement trouvé le bon équilibre : des moments festifs, comme la Work’s Party, le 30 avril, à Paris, avec 250 préadhésions à la clé, soit 250 jeunes qui vont bénéficier d’un service personnalisé et gratuit pendant six mois. En parallèle, la création d’un groupe de réflexion avec des jeunes issus de tous les secteurs (commerce, grande distribution, loisirs, etc.) pour « construire des revendications en lien avec les évolutions du monde du travail et de la société », explique Arnold Mabungu, 30 ans, du syndicat Sico (Syndicat interdépartemental du commerce d’Île-de-France) : « Le festif, ça va bien un moment, mais il ne faut pas en oublier ce qui fait le syndicalisme – les conditions de travail, les rémunérations, la santé, etc. Les jeunes, ce sont les salariés de demain, à nous de savoir les toucher par des messages et des propositions qui leur parlent. » La tâche n’est pas simple. « Défendre l’image du syndicalisme auprès des jeunes, ça reste compliqué », concède Nicolas Lartigau, membre du Syndicat Défense de l’Aquitaine, présent au congrès. Aller vers les publics jeunes, les convaincre d’adhérer, les encourager à passer de l’adhésion à l’engagement, leur permettre de prendre leur place dans l’organisation, « aider nos syndicats à bâtir une dynamique jeunes sur leur territoire », selon Inès Minin… La liste des défis de l’actuelle mandature est longue. Mais la dynamique du renouvellement n’est pas négociable. Sur ce point aussi, la CFDT sera à l’offensive !

epirat@cfdt.fr