Parcours militants : Valoriser les acquis de son mandat

Publié le 13/02/2019

Instauré depuis le début de l’année, le nouveau dispositif de valorisation des compétences acquises dans le cadre d’un mandat syndical doit permettre aux militants de capitaliser leur expérience pour se repositionner professionnellement.

Tout a commencé par un mail : une information concernant un nouveau dispositif national de valorisation des compétences militantes, que l’Union régionale des Pays de la Loire allait expérimenter. Cyril Duval, 45 ans à l’époque, un CAP hôtellerie en poche, est un militant chevronné. Il est passé par à peu près tous les mandats qu’offre le syndicalisme. Dans son entreprise, Scania (spécialisée dans la fabrication de camions et bus), il fut tour à tour délégué du personnel, secrétaire du CHSCT, élu CE, délégué syndical… sans compter les mandats de groupe au niveau international mais aussi dans son union départementale et au bureau régional. Tous ses mandats syndicaux, il les a exercés en poursuivant son activité de magasinier-cariste à mi-temps en entreprise. « Je sentais que je ne ferais pas cela éternellement. J’aspirais à autre chose, à me réorienter. Mais quand et comment, je n’en avais aucune idée. Le fait de savoir que je n’avais pas de diplôme me freinait », admet-il. Aussi, quand la proposition de l’URI arrive, il n’a pas hésité. S’ensuivent deux mois intenses, pour évaluer les compétences acquises dans le cadre de ses mandats et travailler sur un projet de reconversion.

Un certificat de compétences professionnelles

     

Un calendrier national

Trois sessions sont prévues en 2019. Avec, pour chaque session, un déroulé identique : une réunion d’information collective, suivie d’un entretien de « positionnement professionnel » avec un psychologue de l’Afpa et de cinq ateliers collectifs d’évaluation des compétences. Le parcours se termine par un passage devant un jury. Le tout dure dix semaines. Les prochaines journées d’information se dérouleront au début avril puis à la mi-septembre. Pour de plus amples informations, rapprochez-vous de votre union régionale.

     

Avec lui, neuf autres militants syndicaux ont composé cette première promotion expérimentale née d’une disposition de la loi Rebsamen de 2015 : une variante de la validation des acquis de l’expérience (VAE), qui permet aux militants de repérer des « compétences transférables » et d’obtenir un certificat de compétences professionnelles (CCP). « Encadrement et animation d’équipe », « Suivi de dossier social d’entreprise », « Prospection et négociation commerciale »… Aujourd’hui, six certificats reconnus par le ministère du Travail sont proposés, mais « le dispositif doit monter en puissance, et nous espérons proposer à terme une trentaine de certificats. Nous allons travailler avec d’autres ministères, comme celui de la santé, ou le Conservatoire national des arts et métiers pour élargir des CCP proposés », indique Corinne Raffini, secrétaire confédérale chargée du dossier. Le dispositif ne concerne actuellement que les mandats d’entreprise (DP, CE ou DS) mais doit progressivement inclure tous les types de mandats syndicaux.

1000 militants en 2019

Après une année de lancement et d’expérimentation, 2019 est celle du déploiement du dispositif. L’objectif, avancé par l’opérateur de formation, l’Afpa, est de 1 000 militants accompagnés dans l’année. Trois sessions vont se tenir, dans toutes les régions de France (lire l’encadré). « Ce dispositif est l’aboutissement d’une revendication de longue date de la CFDT, note Catherine Pinchaut, secrétaire nationale chargée de la formation syndicale. Il doit permettre à nos militants de rebondir, en valorisant leur travail militant. Il s’agit d’une mesure nécessaire à l’heure de la mise en place des CSE, où, nous le savons, près de 40 % des élus et mandatés vont devoir se repositionner professionnellement. L’organisation doit pouvoir les accompagner et leur montrer que l’engagement syndical n’est pas un frein à leur évolution professionnelle. Au contraire. Plus largement, il est important, dans la période, que l’on acte la reconnaissance de l’utilité sociétale du syndicalisme ! » À ce stade du processus, elle appelle tous les acteurs à jouer le jeu. « Notamment les employeurs. S’ils ne proposent pas des postes correspondant aux compétences validées, on risque d’avoir de nombreuses déceptions. »

Participant de la première expérimentation, Philippe Michaud, 42 ans, a eu la chance d’avoir un employeur qui l’encourage dans sa démarche de repositionnement. Technicien de maintenance chez Fleury Michon depuis une quinzaine d’années et élu CE, il a manifesté son intérêt pour le dispositif, souhaitant évoluer vers d’autres responsabilités en tant que technico-commercial. « Trésorier du CE, j’ai pu développer des compétences dans la négociation avec les prestataires. J’ai réalisé que je m’éclatais dans ce domaine, ce qui m’a décidé à choisir le certificat de prospection et négociation commerciale. » Mais l’obtention de son certificat de compétences professionnelles (CCP) n’est qu’une première étape. Il doit désormais poursuivre une formation afin d’obtenir un titre professionnel. Pour cela, il songe à utiliser son compte personnel de formation.

La force de rebondir

Sandrine Papot, comptable au siège de l’entreprise O2 (services à la personne) et déléguée syndicale, a progressivement compris que son métier d’origine ne la satisfaisait plus. Elle pense à une reconversion, et le dispositif lui a d’ores et déjà permis d’ouvrir des pistes. Elle a pu y valider le CCP « Encadrement et animation d’équipe ». « Mais ma réflexion sur mon projet n’est pas terminée. J’ai repéré une formation, un master en négociation et relations sociales à Paris-Dauphine. Sauf que nous sommes en pleine négociation pour la mise en place du CSE. Alors je m’y consacre à fond. »

Elle le reconnaît volontiers : participer au dispositif de valorisation des compétences permet de prendre du recul par rapport à son expérience et à son parcours militant. « Dans l’activité syndicale, on est toujours dans l’urgence, le nez dans le guidon. Ça fait beaucoup de bien de prendre conscience du chemin parcouru, ça donne de la force pour rebondir. »

epirat@cfdt.fr

photo © L Cerino / Réa