Agora du 3 octobre : Quelle stratégie syndicale face aux ordonnances

Publié le 03/10/2017 à 18H49
Lors du grand rassemblement "le Progrès en tête!" qui a réuni 10 000 militants le 3 octobre 2017, deux agoras dédiées aux ordonnances réformant le code du travail ont permis aux militants de débattre du contenu des textes et de la stratégie adoptée par la CFDT.

« Pourquoi ne pas aller manifester dans la rue contre les ordonnances réformant le code du travail ? » La question a été posée, sous cette forme et bien d’autres, lors des deux agoras consacrées au sujet, le 3 octobre. À l’issue de deux heures trente de débat s’est confirmé le fait que, selon les mots de Louis Baron, secrétaire général de la CFDT-Bretagne, « nous n’avons pas de désaccord sur le contenu des ordonnances avec lesquelles nous avons de nombreux points de désaccord ; nous pouvons en avoir sur la stratégie à adopter ».

Sur le fond, la CFDT est satisfaite du premier volet de la réforme, sur l’articulation entre négociation d’entreprise, branches et code du travail, avec l’ajout de la qualité de l’emploi aux domaines réservés de la branche. « Le volet relations de travail est une concession aux vieilles lunes patronales selon lesquelles faciliter le licenciement permettrait de résorber le chômage alors que les faits ont prouvé le contraire », a pointé le secrétaire général de la CFDT-Métallurgie, Philippe Portier. « Nous avons tout de même obtenu la revalorisation des indemnités légales, même si elle n’est pas à la hauteur de ce que nous escomptions », a complété Véronique Descacq. Quant au volet sur le dialogue social, a pointé la secrétaire générale adjointe de la CFDT, « il trahit à la fois la lettre et l’esprit de cette réforme présentée comme devant renforcer le dialogue social ». Et de citer la négociation sans délégué syndical dans les entreprises de moins de 50 salariés – « le gouvernement voulait aller jusqu’à 300 mais nous nous sommes battus » –, et surtout dans les moins de 20, avec un véritable pouvoir unilatéral donné aux employeurs, ou encore la fusion forcée des instances.

« Ce texte est l’œuvre d’un gouvernement qui se méfie des organisations syndicales. Il joue les salariés contre les syndicats, à nous de leur prouver qu’ils se trompent. » 

Alors justement, quelle stratégie adopter ? « Le syndicalisme CFDT est un syndicalisme de résultats. Aller manifester sans perspective, ce que n’est pas ce que les salariés nous demandent. Pas question d’emmener nos militants dans le mur et de faire perdre une journée de salaire aux salariés ! », a lancé la secrétaire générale adjointe de la CFDT, Véronique Descacq. Et à ceux qui ont reproché un manque de combativité, elle a rétorqué : « La combativité, ce n’est pas mettre des militants syndicaux dans la rue. C’est être auprès des salariés qui ont besoin de nous au quotidien. L’ambition et la combativité, c’est d’aller voir les 80% de salariés des TPE qui ne croient pas au syndicalisme et de leur prouver qu’ils ont besoin de nous. C’est montrer à ceux, au gouvernement et au patronat, qui ne croient pas au dialogue social que c’est eux, l’ancien monde ! » a assené Véronique Descacq. Abondant pleinement aux propos de Louis Baron : « On ne va quand même pas reprendre les méthodes syndicales de ceux à qui on a pris la place de première organisation syndicale ! » C’est ce que, ce 3 octobre, la CFDT a confirmé.

aseigne@cfdt.fr