[Portraits] Ces militants qui font la CFDT

Publié le 19/12/2014

Adhérents cfdt, ils ont un jour franchi le pas de l’engagement militant. Leurs motivations, leur parcours et leurs missions disent toute la diversité de la société. Plongée dans le quotidien de nos élus.

 

DARIO VINETTIDario Vinetti, 47 ans, délégué syndical à Coliposte

Savoir s’adapter, aimer écouter

Dario Vinetti est ce qu’on peut appeler un personnage. Charismatique, il se qualifie lui-même de « bombe atomique ». Postier depuis quatorze ans et militant CFDT depuis quatre ans, il a consacré une part de son énergie au développement du Syndicat communication, conseil et culture d’Aquitaine (S3C). Délégué syndical sur la plateforme Coliposte de Bègles, près de Bordeaux, alors bastion de la CGT, il a fait passer la CFDT de 0,38 % des voix à 38 % en deux ans. Aujourd’hui, il est secrétaire territorial à Libourne. Dario a le talent de s’adapter à tous ses interlocuteurs et d’abord de les écouter. Il convainc aussi bien les cadres que les facteurs.

D’ailleurs, « s’adapter » est son maître-mot. S’il se l’applique à lui-même, il estime que le syndicat aussi doit s’adapter « à l’entreprise [La Poste] qui évolue vers le privé avec des critères de rentabilité ». Et d’ajouter : « Les agents commencent à en avoir marre des discours radicaux qui ne changent rien. Nous sommes le syndicat du compromis qui apporte des solutions. Si l’entreprise a tort, il faut le dire fort. Si elle a raison, il faut l’accompagner. »

Ce travail de conviction nécessite d’être doté d’« une forte personnalité, convient Dario, d’aimer l’humain, le relationnel, d’avoir le sens des responsabilités, de savoir se débrouiller et d’avoir de la volonté parce qu’on a à faire face à des situations difficiles avec des bas salaires et de la souffrance. Les postiers n’adhèrent pas du premier coup. Alors il faut aussi de la ténacité et savoir rendre service sans rien attendre en retour ». Pour autant, il garde précieusement dans son portable quelques messages de remerciements envoyés par les postiers et qui lui font chaud au cœur.

« Sans travail d’équipe, on n’est rien, affirme encore cet électron libre, qui est souvent en première ligne. La CFDT m’a fait confiance, reconnaît-il. À mon tour, je fais confiance à d’autres, je repère, je délègue. Et si demain, je trouve un jeune meilleur que moi, je lui laisse ma place. Je trouverai bien autre chose à faire dans le syndicat. »


Betty Soubet Credit FACELLYBetty Soubet,
déléguée syndicale nationale chez H&M

Au secours des victimes de la mode

Betty Soubet n’est pas de ces révoltés permanents prêts à sauter sur n’importe quelle cause perdue. La déléguée syndicale nationale CFDT de la célèbre enseigne suédoise de vêtements est plutôt du genre à plancher sérieusement sur ses sujets afin de monter des dossiers bien ficelés prêts à être défendus en comité d’entreprise ou au CHSCT. 

Justement, dans cette dernière instance où elle siège comme représentante CFDT, elle mène actuellement deux affaires épineuses. D’une part, l’exposition des salariés aux produits nocifs et, d’autre part, les risques psycho-sociaux et troubles musculo-squelettiques (TMS) qui les frappent de plus en plus.

« Dans la maroquinerie et la jeannerie, les fabricants utilisent des produits interdits au sein de l’Union européenne mais autorisés dans les pays où sont fabriqués les vêtements », explique Betty Soubet. Or, les salariés du géant de la mode jetable manipulent ces vêtements à la sortie des containers. Ils inhalent et touchent quantité de ces produits. Betty a relevé de nombreux cas d’allergie, de la simple rougeur à l’eczéma. « J’ai interpellé la direction en CHSCT sur une enquête qui avait été menée dans nos magasins en Allemagne, raconte Betty, elle s’est défaussée en me présentant une copie des engagements de l’entreprise sur les obligations sanitaires européennes, ce qui ne répondait pas au problème. »

Idem pour le dossier des risques psycho-sociaux. L’entreprise a tenté, par une action en justice, d’empêcher une expertise sur la question. « Elle a perdu », commente sobrement Betty. H&M a mis au point une stratégie de fonctionnement qui consiste à évaluer un nombre d’heures travaillées nécessaire, en fonction du nombre de clients potentiel. Avec cette logique, qui privilégie le temps
de travail sur l’humain, « l’absentéisme n’a pas été pris en compte, observe Betty. Résultat :
les salariés sont amenés à gérer une quantité de travail bien supérieure à ce qu’ils sont supposés faire. Et moi, je rencontre des jeunes de 20 à 30 ans qui souffrent de TMS aux mains, aux genoux et au dos comme des salariés âgés usés. 
Que vont-ils devenir lorsqu’ils seront inaptes au travail ? H&M avait inventé la “mode Kleenex” dans les années 90 ; aujourd’hui, ce sont les salariés Kleenex. » Mais Betty est bien décidée à remettre ces dossiers à l’ordre du jour jusqu’à obtenir la mise en place de préconisations pour protéger la santé des salariés.


Aude ChironAude Chiron, 38 ans, déléguée syndicale à la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique
Le temps de la démocratie 

Quand elle parle de son action, Aude Chiron utilise le « nous » plutôt que le « je ». Si elle a choisi de rejoindre la CFDT, c’est parce qu’elle y trouve « plein de belles valeurs comme la démocratie ». Pas question de prendre une décision seule et à la va-vite. «  Nous prenons le temps de l’échange et de la réflexion collective au sein de l’équipe.  » Les plus anciens partagent leur pratique et confortent les jeunes élus, comme Aude, dans cette approche : « Ils nous disent qu’il ne faut pas partir tout feu tout flamme. Construire par la voie du compromis prend du temps mais on sait où on va. »

Après que la chambre d’agriculture a annoncé aux salariés ses difficultés financières, les militants cédétistes se sont longuement interrogés : est-il opportun de demander une expertise comptable, sachant que cette étude aura un coût non négligeable qui pourrait provoquer un conflit avec la direction ? « Il nous a fallu un an et demi avant d’être unanimes, mais ainsi nous étions solides pour y aller.
C’est une réalité : on bouge ensemble. »
Et de fait, même la direction a bougé ! L’expertise demandée par la CFDT a démontré que les salariés avaient augmenté leur productivité et a désamorcé les inquiétudes. L’employeur a changé d’attitude avec les élus du comité d’entreprise. Ils sont désormais informés des budgets prévisionnels sur les trois années à venir. À l’échelle nationale, la CFDT se bat pour faire évoluer le statut du personnel des chambres d’agriculture. Il est tellement particulier qu’il est en deçà du code du travail ! Pour Aude, l’action menée au sein de son comité d’entreprise a contribué à casser cette image de « salariés au rabais  ». «  Obtenir une expertise a été un geste fort. Nous nous sommes tous formés pour en maîtriser les enjeux et cela a créé une dynamique parmi les salariés qui ont compris qu’on pouvait être acteur plutôt que subir.  » Au point de créer des émules : les candidats CFDT ne manquent pas pour les élections professionnelles qui se dérouleront en mars 2015 !


PATRICE ACERBISPatrice Acerbis, 40 ans, ripeur pour la Communauté d’agglomération de Montbéliard

Lutter pour la défense des droits

Il a ça dans le sang. «  Se battre pour montrer qu’on n’est pas des machines  ». À tout juste 40 ans, Patrice Acerbis a eu de multiples occasions de montrer son talent pour la défense des droits. Jamais résigné, toujours en action, partout où il est passé, ce père de six enfants a toujours contribué à « faire bouger les choses  ». «  J’ai toujours milité, même sans carte. Il fallait toujours que je l’ouvre . » De ses débuts, comme sommelier-barman dans le Sud de la France, à son retour aux racines familiales à Montbéliard et alentours, où il réussit plusieurs reconversions professionnelles. Le destin l’a pourtant souvent amené à faire face à des situations délicates. Mais rien ne l’arrête. Sa route croise celle de la CFDT début 2013.

À l’époque, il travaille depuis six ans comme chauffeur-ripeur à la Charmotte, le centre de collecte et de recyclage de l’agglomération du Pays de Montbéliard (29 communes). Il est encarté dans un autre syndicat, qu’il a choisi un peu par hasard, après son embauche, parce que, dit-il : «  Mon objectif, en arrivant à la déchetterie, c’était de monter une section syndicale. Sous quelle étiquette ? À l’époque, ça n’était pas le souci. J’arrivais de l’industrie, et je n’avais jamais vu de telles conditions de travail. Les agents devaient faire leur tournée même avec trois centimètres de verglas, sans aucune considération de la part des employeurs, ni aucune conscience des dangers. Il fallait stopper cela. » Lorsqu’il découvre certaines pratiques de son syndicat, qu’il dénonce, il décide de changer de crémerie. La CFDT sera son nouvel ancrage. Celui du vrai syndicalisme, celui où il se reconnaît, celui « fondé sur la négociation, la recherche de consensus et du respect du patron.  » Et Patrice ajoute : « L’idée, ce n’est pas de lui rentrer dedans, mais de négocier les termes pour travailler dans de bonnes conditions. »

Fin 2013, il est en première ligne pour l’organisation d’une grève. Lui et ses collègues revendiquent, entre autres, l’obtention d’une prime d’insalubrité, la nouvelle bonification indiciaire (NBI) pour la centaine d’agents du site, et l’amélioration du dialogue social, désastreux à l’époque. « La direction a compris qu’en face, elle avait des interlocuteurs crédibles. » La majeure partie des revendications a été obtenue. Mais il reste beaucoup à faire, en termes de conditions de travail et d’amélioration des rémunérations. « Au moins, maintenant, on est davantage considérés. On nous demande notre avis, et la direction a mis en place des groupes de travail. » Sa dernière victoire : son élection, le 4 décembre, au CHSCT.
 

Michel CrepinMichel Crépin, 56 ans, secrétaire général de l’UTI Artois-Douaisis

Sur tous les fronts

Tient-il son goût des autres de son métier d’origine, instituteur ? Michel Crépin, 56 ans, avoue surtout un caractère «  curieux de tout  ». «  J’aime cette infinie richesse et diversité de mon mandat interpro, où l’on passe sans cesse d’un univers professionnel à un autre  », raconte le secrétaire général de l’Union territoriale interprofessionnelle (UTI) de l’Artois-Douaisis, l’une des quatre unions de la région Nord-Pas-de-Calais. Une structuration qui répond à un souci de cohérence des bassins d’emploi sur ce territoire partagé entre le littoral et l’intérieur des terres, voués à l’industrie. Michel a pourtant fait ses premiers pas de militant au syndicat des enseignants,
le Sgen-CFDT, en 1991. «  Mais je souhaitais aussi prendre des responsabilités militantes en dehors de mon milieu. Cela permet
une ouverture, mais aussi une mise en perspective des réalités de ce monde-là.  »

Pour parler de son engagement, il préfère mettre en avant le «  collectif, sans lequel on n’est rien  », plutôt que son «  action personnelle  ». Que ce soit lorsqu’il évoque le travail d’implantation de la CFDT au sein de la gigantesque plateforme logistique d’Amazon, à Lauwin-Planque, près de Douai (850 salariés et des centaines de saisonniers pour Noël), ou lorsqu’il revient sur le combat de la CFDT aux côtés des 330 salariés de Stora Enso, dont l’usine de papeterie de Corbehem a fermé en juin 2014, après des mois de tractations visant à trouver des solutions de reclassement. «  C’était important de les soutenir, concrètement, en leur ouvrant le réseau CFDT, et moralement.  » À cette évocation, il reconnaît que «  sur le plan humain, c’était une expérience très forte  ».

D’un bout à l’autre du territoire, toujours sur la brèche, passant d’un univers professionnel à un autre (automobile, agroalimentaire, services, etc.), on sent sa passion intacte. Sa fierté aussi, d’incarner un syndicalisme «  capable de proposer, de s’engager, même s’il faut parfois en payer le prix  ». Il ne veut pas cacher «  qu’il y aussi des échecs, des déceptions, quand les choses n’aboutissent pas  ».
Mais la satisfaction qu’il retire lorsqu’il arrive à être utile aux autres l’emporte toujours. 

 

Francoise DuhenFrançoise Duhen, 63 ans mandatée à la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail

Militante un jour, engagée toujours 

Françoise Duhen est une retraitée dynamique. À 63 ans, cette ancienne infirmière, adhérente CFDT et militante «  depuis… toujours  », s’est vu confier par l’Union régionale interprofessionnelle (Uri) Nord-Pas-de-Calais l’un des deux mandats de représentant de la CFDT à la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) Nord-Picardie. «  Cela ne nécessite pas forcément d’être retraitée, précise-t-elle, la loi prévoit un remboursement de l’employeur si le mandaté est salarié.  » En général, ce mandat lui demande une demi-journée de travail par mois, rarement plus. Il consiste à assister au Conseil d’administration de la Carsat. «  Nous n’y avons qu’un pouvoir consultatif, observe-t-elle, mais cela n’empêche pas de demander des comptes. C’est le cas en ce moment à propos des retards importants liés au traitement des dossiers des retraites.  » Son réseau, celui de la CFDT mais aussi les cas individuels qui la saisissent lui font remonter les informations du terrain et les questions qu’elle peut exposer lors du conseil d’administration.

Mais là n’est pas l’essentiel. Françoise Duhen est aussi présidente de la commission de l’action sanitaire et sociale de la Carsat. 

À ce titre, avec les membres de la commission, elle gère des budgets de plusieurs millions d’euros destinés à financer les établissements pour personnes âgées, leur construction ou rénovation, des équipements, mais aussi les aides individuelles ciblées sur les populations les plus en difficultés, comme les « Paniers de services », expérimentés dans le cadre de la prévention de la perte d’autonomie, etc. Les dossiers sont instruits par les services puis présentés à la commission. « C’est une importante responsabilité, nous sommes décisionnaires, explique-t-elle, et nous avons des marges de manœuvre. »

Ce mandat lui a permis d’acquérir une véritable connaissance du dossier retraite. Ce savoir, Françoise le met au service des adhérents CFDT futurs retraités afin de les aider à liquider leur retraite, notamment lorsque le dossier présente des difficultés. Mais cela, c’est un petit plus qui n’est pas dans le mandat Carsat.


Franck HontebeyrieFranck Hontebeyrie, 42 ans, délégué syndical chez Signature Industrie

 Une école de la vie

«  Je n’avais pas de culture politique, encore moins syndicale. C’est la CFDT qui m’a tout appris, c’est une sacrée école de la vie !  » Franck Hontebeyrie est délégué syndical depuis huit ans chez Signature Industrie. Située à Urrugne (Pyrénées-Atlantiques), au pied des montagnes du Pays basque, cette entreprise de 200 salariés est spécialisée dans la fabrication de panneaux de signalisation routiers. Franck y travaille en tant qu’intérimaire pendant six ans. Il finit par intégrer définitivement la PME après avoir passé trois fois les tests d’embauche. Les obstacles auxquels il a été confronté pour faire reconnaître ses compétences professionnelles le conduisent à s’engager syndicalement. « J’avais la conviction qu’il fallait combattre les inégalités, et puis j’ai rencontré des militants qui m’ont transmis leur culture de la participation, de l’échange et de la démocratie. Ce sont eux qui sont venus me voir et m’ont incité à m’exprimer. Je me suis senti reconnu au sein de la CFDT. »

Membre du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), Franck est d’abord élu suppléant au comité d’entreprise (CE). Il fait ainsi « ses premières armes » avant de devenir secrétaire du CE. Il suit tout un parcours syndical qui le conduira à être désigné délégué syndical. Parmi les mots qu’il associe à la CFDT, « émancipation  » fait partie des essentiels.

 

Issu d’une famille d’ouvriers, il a quitté le système scolaire après l’obtention d’un CAP. «  En quinze ans de syndicalisme, j’ai accumulé beaucoup de connaissances juridiques, économiques, sociales, etc. J’ai récemment fait un bilan de compétences et j’ai été surpris quand on m’a dit que tout ce que j’avais appris en tant que syndicaliste équivalait à un niveau de cadre.  » Ces acquis viennent, entre autres, des formations dispensées par la CFDT, mais aussi «  d’un collectif qui donne envie de continuer à se battre. Un représentant du personnel doit faire des choix. Le travail collectif au sein de la section syndicale est indispensable pour ne pas avoir à porter seul le poids de la décision  ». Ces échanges permettent aussi «  d’être force de proposition et d’innover dans la mobilisation pour faire bouger la direction  ». Avec, au bout, des victoires collectives.

Franck se souvient avec émotion d’une renégociation de la grille salariale. Grâce au soutien des salariés, la CFDT a obtenu jusqu’à 4 % d’augmentation. Courant 2014, les salariés de Signature ont dû faire face à un plan de sauvegarde de l’emploi. Bien que non concernés par les suppressions de postes, les ouvriers ont manifesté leur solidarité auprès des cadres dont les emplois étaient menacés. Les salariés n’ont pas hésité à être présents pendant leurs RTT quand la direction faisait blocage. Celle-ci a fini par accepter de diminuer le nombre de licenciements contraints. Et les mesures d’accompagnement pour les quinze personnes finalement licenciées 

ont été améliorées. Malgré les incertitudes qui demeurent sur l’avenir du site, la conviction de Franck reste intacte. Celle des salariés aussi, dont le taux de syndicalisation ne cesse d’augmenter. Ils sont 120 adhérents à la CFDT aujourd’hui.

nfigarol@cfdt.fr ; dblain@cfdt.fr epirat@cfdt.fr

© Photos Albert Facelly - Frédéric Fournier / Signatures -D.R - Daniel Quèze - Francis Reinoso / L’Est républicain