Une CFDT pleine d’énergie chez Framatome

Publié le 22/01/2019

La restructuration du secteur nucléaire français à la suite de l’éclatement d’Areva n’a pas découragé les militants CFDT de Framatome. Ils sont sur tous les fronts : emploi, compétences et pouvoir d’achat.

« Soulagés ! », confie Alexandre Cretiaux, délégué syndical central CFDT de Framatome, au lendemain des élections professionnelles de novembre 2018. Il a le succès modeste car les résultats confortent la CFDT à la première place dans les douze sites du groupe. À l’usine de Saint-Marcel, en Saône-et-Loire, où sont assemblées les pièces lourdes qui composent les réacteurs nucléaires, la section affiche même une majorité confortable en progressant de 7,3 points par rapport au scrutin de 2014. « On ne pensait pas faire autant », poursuit Alexandre. Mais il reconnaît que durant les trois années qui viennent de s’écouler, les militants CFDT de Framatome ont fourni un énorme travail pour maintenir le dialogue social à la suite du plan de sauvetage d’Areva, en 2015.

     

Savoir bien s’entourer
La section CFDT de Framatome a développé un dialogue social et territorial à plusieurs échelons. Rattachée à la Fédération CFDT Mines et Métallurgie, elle échange régulièrement avec la Fédération Chimie-Énergie, dont dépend la CFDT d’EDF. Elle a aussi œuvré pour se faire entendre des acteurs locaux et participe à toutes les instances départementales et régionales capables de relayer ses revendications en faveur de l’emploi.

Informer en toute transparence
Depuis 2015, la section de Saint-Marcel organise chaque année quatre assemblées générales du personnel afin de restituer l’actualité et l’information de manière transparente à tous les salariés présents : contexte social, politique, informations locales, etc. Aujourd’hui, sur 940 salariés, de 550 à 600 personnes y assistent.

Échanger les pratiques
Tous les deux mois, des réunions Inter CFDT Framatome sont organisées avec les délégués syndicaux et un membre de chaque établissement, auxquelles s’ajoute une fois par an une réunion délocalisée sur un site Framatome. Ces réunions permettent tout à la fois d’évoquer l’actualité de chaque établissement, de prendre des mandats clairs pour les négociations, de rédiger les grandes lignes de communication et de créer des groupes de travail sur les différents sujets (CHSCT, rémunérations, QVT, dialogue social…).

     

Depuis le 1er janvier 2018, Framatome est passé sous pavillon EDF, désormais son actionnaire à 75,5 % et son principal client. Pour la CFDT, c’est le grand chamboulement. Certes, Framatome a gardé son cœur de métier, la fabrication de composants destinés aux réacteurs nucléaires – dont les EPR, réacteurs de troisième génération. Mais la crise qu’a connue Areva s’est soldée par 4 000 suppressions d’emplois au total, dont 1 800 pour l’activité propre aux sites de Framatome. « À Saint-Marcel, nous avons dû accompagner 188 départs dans cette période. Chaque salarié a été suivi et soutenu, précise la section bourguignonne. Nous avons également obtenu que 63 personnes soient intégrées dans le plan de départs volontaires pour cause de pénibilité. » L’opération était compliquée : il fallait négocier le plan de départs volontaires à l’échelle du groupe et, dans le même temps, faire valoir ce qui localement exigeait des critères spécifiques… « Ici, à l’usine d’assemblage, les emplois de chaudronnier et de soudeur sont physiquement très éprouvants. »

Vingt et un accords signés en seulement deux ans

Globalement, la scission d’avec Areva a quelque peu bouleversé les pratiques, la CFDT de Framatome devant travailler de concert avec la CFDT d’EDF et par ricochet avec de nouveaux champs fédéraux. Aujourd’hui, la jonction est solide ; en témoignent les vingt et un accords de groupe négociés en deux ans. Au menu, des accords interfiliales (plan épargne groupe, intéressement…) et d’autres plus spécifiques comme un accord mutuelle et prévoyance. « Il y avait un gros enjeu car les effectifs du groupe ayant fondu, la négociation d’un meilleur contrat semblait compromise », remarque Alexandre. Au terme de vingt-six réunions, la CFDT de Framatome obtient pourtant une amélioration des prestations et des remboursements, sans que le prix de la mutuelle pour les salariés soit augmenté, ainsi qu’une prise en charge totale de la prévoyance par l’employeur. Le nouvel accord (il sera effectif au 1er janvier 2019) a déjà fait l’objet d’une vaste communication auprès des salariés. « Cela a pesé dans les urnes », estime Alexandre. La CFDT s’est aussi pleinement investie dans la NAO (négociation annuelle obligatoire). Elle est d’ailleurs signataire de l’accord 2018 qui acte une revalorisation salariale de 2,3 %, après quatre ans de gel des rémunérations. La CGT, en demandant 5 %, n’a ni obtenu ce qu’elle voulait ni pu signer un accord qui était trop éloigné de ses revendications. « La ligne CFDT, plus modérée, lui a permis de signer sans se renier », résume le DSC. Elle peut en outre se targuer d’avoir offert un coup de pouce aux soudeurs, qui touchent désormais 40 euros de plus en salaire mensuel de base. Une revalorisation intervenue en sus des accords NAO, afin de mieux ajuster compétences et salaires…

La volonté de peser sur la stratégie industrielle

La section de Saint-Marcel se soucie d’un autre enjeu tout aussi vital pour l’entreprise : obtenir de la visibilité sur l’activité de la société. Actuellement, Framatome bénéficie du contrat de fabrication d’Hinkley Point C (le futur EPR britannique) confié à EDF. « La réalisation des deux chaudières nucléaires, de leur conception et leur approvisionnement jusqu’à leur mise en service, est sous notre responsabilité. Ce marché a créé un énorme appel d’air, au point que Framatome a dû recruter 2 000 personnes en deux ans ! », explique la section.

Mais l’embellie pourrait s’éclipser d’ici à cinq ans (le temps de fabrication de la cuve d’un réacteur), et les dernières annonces ne sont pas de nature à rassurer. Il y a quelques semaines, EDF a choisi Mitsubishi (concurrent direct et actionnaire de Framatome à hauteur de 20 %) pour remplacer douze générateurs de vapeur à destination des centrales vieillissantes du parc français, un contrat de 500 000 heures de travail, sur lequel Framatome comptait beaucoup. « Nous sommes très surpris qu’EDF ne nous ait pas attribué ce marché : c’est la survie du nucléaire français qui est en jeu. Nous venons d’écrire au gouvernement, actionnaire à 83,5 % d’EDF, lui-même actionnaire à 75,5 % de Framatome, précise Alexandre. Alors que plusieurs opérations de recapitalisation ont été réalisées par l’État pour préserver la filière française, la perte de ce contrat va impacter les compétences et les emplois en Saône-et-Loire. Nous voulons des explications. » La CFDT veut notamment récupérer 100 000 heures du contrat remporté par Mitsubishi afin de conserver une charge de travail suffisante. « Chaque baisse d’activité menace nos compétences car nos métiers sont à la fois très techniques et hyperréglementés. Si un soudeur n’a pas travaillé pendant six mois, il perd sa licence. Il doit la repasser, et le coût supporté par l’employeur est très élevé, jusqu’à 30 000 euros pour certaines qualifications. C’est dommage de le laisser partir ensuite ! »

Une action menée sur le long terme

Autre sujet brûlant pour Framatome : la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour la période 2018-2023. Annoncée la semaine dernière, la PPE définit le mix énergétique français (qui détermine la part du nucléaire et celle du renouvelable dans la production d’énergie). Elle aura inévitablement un impact sur l’avenir des salariés du secteur de l’énergie. Pour la CFDT de Framatome, la ligne est claire : il faut moderniser le parc nucléaire français avec des centrales plus sûres et plus économiques tout en plaidant en faveur d’un mix énergétique qui réduise la dépendance de la France à l’atome. « On est à la manœuvre et nous agissons pour le long terme », insiste Alexandre. Dans un tel contexte anxiogène, on mesure d’autant mieux toute la confiance que les salariés de Framatome viennent de renouveler aux militants CFDT.

cnillus@cfdt.fr 

       

Repères

• Filiale d’EDF depuis le 1er janvier 2018, Framatome (ex-Areva Nuclear Power) emploie 8 000 salariés en France répartis sur douze sites de production.

• Le site de Saint-Marcel, qui fabrique des composants lourds pour les centrales nucléaires, compte 940 personnes, dont 100 adhérents CFDT.

• Déjà majoritaire en 2014 (47 %), la CFDT a renforcé son leadership en novembre. Elle pèse aujourd’hui 54,3 %, devant la CFE-CGC (28,92 %), la CGT (21,79 %) et FO (18,15 %). Au niveau national, elle pèse 31,14 %.

   

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