Transports de l’agglomération de Nîmes : Construire un réseau adapté aux besoins

Publié le 08/08/2019

Pour assurer le bon fonctionnement des transports urbains, la CFDT a travaillé en réseau avec tous les acteurs concernés : salariés, usagers, élus municipaux. Un exemple de démocratie participative.

Saviez-vous que la ville de Nîmes est plus étendue que Paris ? Avec 161 km2, la superficie de la préfecture du Gard, en Occitanie, dépasse celle de la capitale et ses 105 km2. Au nord et à l’ouest, la ville s’étend sur des kilomètres de collines et de garrigues. Pas moins de quinze lignes de bus les relient au centre-ville. C’est dire si Tango, le réseau de transports urbains de l’agglomération nîmoise, joue un rôle central dans la vie et la mobilité des habitants. Confié à l’opérateur Transdev depuis le 1er janvier 2019, Tango est depuis toujours un bastion CGT. Mais, depuis quatre ans, la section CFDT fait un travail remarquable, et remarqué, pour sauver les acquis des salariés face aux plans d’économie successifs demandés par l’agglomération. « Alors, maintenant, on nous consulte ! », se félicite Samir Rachdi, militant CFDT élu au comité d’entreprise (CE).

Une dégradation continue du service depuis 2014

     

Le travail avec les associations
Pendant la renégociation du contrat de délégation de service public, la section SNTU-CFDT de Nîmes a mis l’agglomération face à ses responsabilités : les militants ont rencontré les usagers, collecté leurs doléances et défendu dans le même temps les conditions de travail des salariés chargés de les transporter. En outre, elle a organisé des réunions avec les associations de quartier, la direction de l’entreprise, le président de l’agglomération et la préfecture pour trouver des solutions face aux incivilités, qui augmentent.

La démocratie interne
La section fait voter toutes les décisions qui seront remontées à la direction. « C’est important de respecter ce principe même si, parfois, nous avons, nous les élus, des positions différentes », fait remarquer Nasser Mohamedi, délégué syndical de la section SNTU-CFDT. Les militants ont ainsi obtenu que les adhérents participent à la vie de la section et s’impliquent davantage.

Une présence à toute heure
Dans une entreprise où les relations de travail sont atomisées – chacun dans son bus –, il faut provoquer les rencontres. Arriver plus tôt au dépôt le matin, rester plus tard le soir afin de croiser le plus grand nombre de salariés permet d’entretenir le lien. La section utilise également beaucoup la communication par SMS quand il s’agit de transmettre des informations en lien avec le métier.

     

Depuis 2014, l’agglo nîmoise a décidé de faire des économies sur un budget des transports qui grève ses comptes. Elle a supprimé un million de kilomètres annuel : moins de bus, des horaires moins étendus (moins de départs très tôt le matin et de dessertes tard le soir), et a exigé de Keolis, alors délégataire, qu’il revoie sa marge à la baisse. L’entreprise a obtempéré moyennant un gel des salaires et des embauches pendant quatre ans, un coup dur pour les conducteurs. Peu à peu, le service se dégrade : bus bondés, augmentation des prix des billets, explosion du nombre de fraudeurs, etc. « Cette gestion a tiré le service vers le bas. Pour nous qui sommes à la fois syndicalistes et citoyens, impossible de laisser faire ! », estiment les militants CFDT qui sont allés rencontrer directement les usagers dans des associations de quartier afin de discuter avec eux et leur donner des informations sur les réaménagements du réseau. « Les riverains ont envoyé des courriers pour expliquer leurs besoins et faire pression de leur côté ; nous faisions la même chose en multipliant les démarches et les rendez-vous avec les élus communaux dans l’espoir de rectifier le tir. Il est impensable que dans certains quartiers où des dessertes ont été supprimées, les habitants soient obligés de faire un kilomètre à pied pour rentrer chez eux, sacs de courses à la main, parce qu’il n’y a pas de commerces proches… », commente Nasser Mohamedi, délégué syndical, qui connaît bien ces quartiers excentrés.

En 2017, nouveau coup de rabot : l’agglomération, en conflit avec Keolis, décide de lancer un nouvel appel d’offres et c’est Transdev qui remporte la mise moyennant la promesse, une fois encore, de mesures d’économies. « Une aubaine pour la ville qui doit permettre de financer les travaux d’une deuxième ligne de bus en site propre, explique Nasser. Seulement, cela signifiait également la remise en cause du modèle social de l’entreprise ainsi que de nouvelles entailles sur le réseau au détriment des usagers. » Tandis que la signature du contrat avec Transdev se profile, la section s’organise : alarme sociale, préavis de grève. « Au final, nous avons limité la casse et obtenu des garanties sur le maintien des salaires, les critères de rémunération, la fréquence des bus (pas plus de vingt minutes d’attente sur certaines lignes) », résume Samir. Mais tout n’est pas gagné !

Les coupes budgétaires successives ont multiplié les tensions sur le réseau : les bus sont toujours pleins à craquer, les horaires de plus en plus inadaptés aux besoins, les agressions toujours plus fréquentes. En 2018, le réseau nîmois a dénombré plus de 250 caillassages de bus, conduisant la ville à ne plus vouloir investir sur certaines lignes jugées sensibles.

Des réunions organisées par la CFDT dans les quartiers

Pour tous, la situation est devenue ingérable. Car en cas d’agression ou de jets de pierre, le service peut être suspendu plusieurs jours (voire plusieurs mois dans les cas les plus graves), ce qui pénalise les habitants. Les conducteurs, victimes d’incivilités à répétition, vont travailler la boule au ventre, et le taux d’absentéisme grimpe. Comment s’en sortir ? « Il n’y a d’autre solution que de se parler et se rencontrer autrement que sur le terrain du conflit », estime Nasser. Pour assurer au mieux le service de transport mais aussi tenter de faire bouger les mentalités, la section multiplie en 2019 des rencontres dans les quartiers sensibles. Des « comités jets de pierre » sont organisés, réunissant dans une même salle la direction, les usagers, la police municipale et le préfet. « Beaucoup d’habitants se sentent démunis. Pénalisés à cause de quelques adolescents, les parents n’osent pas dénoncer, car ici tout le monde se connaît. D’autres déplorent la disparition de la police de proximité », résume Samir. Chacun à sa manière demande de l’aide : plus de rondes la nuit, des caméras de vidéosurveillance et, surtout, le retour des médiateurs. « Il y en avait vingt-deux avant la suppression des contrats aidés, il n’en reste plus que sept. Ces personnes étaient précisément issues de ces quartiers et temporisaient. Après cinq ans, l’entreprise les embauchait. Le système fonctionnait très bien. » De son côté, la section demande des aménagements pratiques : mise en place de caméras aux endroits critiques et transformation d’un mur de pierres, situé sur un trajet à problèmes. La direction s’est engagée à mettre en œuvre certaines d’entre elles dans les mois à venir, mais la section reste prudente. « Tant que ces mesures de sécurité ne seront pas prises, les bus continueront à circuler de manière aléatoire sur les lignes les plus sensibles », estiment les militants.

L’implication des adhérents dans la vie de la section

Cet aspect de démocratie participative, la section a décidé de l’appliquer également à son fonctionnement interne. « L’usage des numéros de portable personnels nous permet d’être très réactifs, admet Samir. Mais nous avons besoin de relais dans l’entreprise. Pour que nos adhérents s’impliquent davantage, nous avons décidé de les faire participer à la vie de la section. Depuis décembre dernier, nous invitons tous nos adhérents qui le souhaitent à donner des petits coups de main pour nous soulager. Les tâches consistent à rédiger des comptes rendus, à assurer l’intendance de la section – avec un ordre du jour et un organigramme à remplir pour qu’ils puissent s’inscrire. Et ça marche ! » La section tient également une réunion mensuelle à jour fixe, le premier jeudi du mois, afin d’échanger toutes les informations ascendantes et descendantes.

Le maintien du contact pour éviter le sentiment d’abandon

À l’issue de chacune d’entre elles, les décisions sont prises à la majorité. « Ici, nous partageons le pouvoir ! Si nous ne sommes pas d’accord, nous votons et nous informons la direction de la décision prise collectivement. Même si ce n’est pas exactement notre avis, c’est le seul moyen de garder la confiance des salariés », insiste Nasser. « Les salariés ont parfois en tête l’idée que nous sommes “achetables” par la direction. Respecter le vote, c’est une manière de garantir notre crédibilité et notre indépendance », ajoute Samir.

Pour rester en contact avec leurs adhérents, les militants envoient très régulièrement des informations par SMS entre deux comptes rendus de CE. « On envoie surtout des informations sur tout ce qui peut avoir un lien avec notre métier. Une manière pour eux de ne pas se sentir oubliés. » Cette co-construction à l’externe comme à l’interne, les élus en ont vite vu les effets. Chaque mois depuis le début de l’année, la section SNTU-CFDT de Nîmes réalise de nouvelles adhésions. Et si elle préfère rester prudente sur le résultat des élections (prévues à la fin 2019), elle a bon espoir. En quelques années, la CFDT est devenue un acteur incontournable, soucieux que le réseau fonctionne le mieux possible.

cnillus@cfdt.fr

     

Repères

• Réseau des transports de l’agglomération de Nîmes, Tango dessert 27 communes. Il transporte 19 millions de passagers par an, avec 85 lignes de bus dont une en site propre, deux à la demande et 46 bus scolaires

• Tango emploie 363 salariés en CDI, dont 274 conducteurs de bus.

• La SNTU-CFDT est arrivée quatrième aux élections professionnelles de 2015 avec 11 % des voix, derrière la CGT (60 %), l’Unsa (15 %) et la CFTC (14 %). La section compte une trentaine d’adhérents.