Thalamer Quiberon : une thérapie CFDT pour les conditions de travail

Publié le 03/11/2015

L’équipe CFDT des trois établissements Thalamer de Quiberon était pratiquement parvenue à résorber les troubles musculo-squelettiques. De nouvelles conditions de travail ont remis en cause cette avancée. Avec la confiance des salariés, l’équipe remet l’ouvrage sur le métier.

« Les salariés viennent vers nous, ils nous parlent, ils ont confiance. » C’est le constat que dresse Philippe Carriou, le délégué syndical CFDT du Sofitel Diététique de Quiberon (Morbihan). Au sein de cet établissement, 95 % des travailleurs votent CFDT. Sur l’ensemble Thalamer (filiale du groupe Accor), qui comprend l’Institut de thalassothérapie et bien-être à Quiberon, le Sofitel Thalassa et quatre établissements au Touquet et à Oléron, la CFDT obtient 88,13 % des suffrages en 2014 – sensiblement le même score depuis près de… trente ans. Elle compte aussi plus de soixante-dix adhérents à Quiberon sur 350 salariés. D’autres organisations ont tenté de la détrôner, toutes s’y sont cassé les dents. Seule la CGC survit chez les cadres et agents de maîtrise.

À l’écoute du personnel, des mots sur les maux

     

Se former plutôt que chômer

Après négociation, les salaires ont été maintenus par l’employeur pendant les neuf mois de travaux, qui ont permis aux établissements de passer de 4 à 5 étoiles entre 2010 et 2011 avec seulement un peu de chômage partiel. Les salariés ont mis bout à bout leurs RTT, leurs congés payés et ont bénéficié de formations sur les nouveaux équipements mis en place. De leurs côtés, les militants CFDT ont pu faire des formations comité d’entreprise et CHSCT.

Assurer proximité et écoute

L’équipe CFDT, avec ses trois sections, compte plus de soixante-dix adhérents sur les trois établissements. « Ça permet un quadrillage de tous les services et de faire remonter les informations du terrain, explique Pascal Sourget. Par cette écoute, nous nous tenons au plus près des préoccupations des salariés. » La baisse des effectifs, les départs en retraite ont affecté les sections. Mais de jeunes salariés sensibles à cette écoute adhèrent et devraient assurer la relève.

Progresser aux élections

S’il n’est pas possible de faire mieux que 100 % des voix dans le collège employés, ce que la CFDT a réalisé en 2012 et 2014, elle a en revanche progressé dans le collège cadres et agents de maîtrise, passant de 16 % en 2012 à 30 % en 2014.

     
             

Le secret de cette longévité ? « L’écoute, d’abord », répondent en chœur Jean-Luc Palaud et Yvon Le Bideau, tous deux membres des CHSCT des hôtels. « Il y a dix ans, commence le premier, une dizaine de femmes de chambre sur quatorze se plaignaient de lombalgies et d’autres troubles musculo-squelettiques (TMS) liés à leur activité professionnelle. Elles étaient aussi stressées en raison des cadences de travail. J’ai alerté le CHSCT. »

Dans les deux hôtels, les femmes de chambre connaissent les mêmes maux. Elles transportent de grosses quantités de linge et de produits de ménage, se baissent des dizaines de fois par jour. À l’Institut de thalassothérapie, les hydrothérapeutes, à 95 % des femmes, travaillent en permanence dans une atmosphère humide et chaude ; restent debout de longues heures, massent, manipulent des jets d’eau d’une puissance de 4 bars, ce qui provoque chez elles de véritables souffrances. Un comble quand on sait que ces salariées prodiguent les soins aux clients qui souffrent de… TMS ! Dans les situations les plus graves, cela peut aller jusqu’à l’ulcère variqueux. C’est le cas de Sylvie Cozic, qui, après vingt et un ans de travail en hydrothérapie, a dû être reclassée à l’accueil. « Elles sont victimes d’inflammations du canal carpien ou de tendinites », explique Colette Le Bail, déléguée syndicale de l’Institut. Là encore, le CHSCT est alerté. Mais la direction ne réagit pas aussi vite que le souhaiteraient les syndicalistes.

« Les responsables CHSCT des trois sections se sont alors formés sur les TMS avec l’Aract* et aux risques psychosociaux (RPS) avec un cabinet spécialisé, raconte Pascal Sourget, le délégué syndical central. L’Aract a associé les membres du CHSCT à ses interventions, qui consistaient à observer et à auditionner des salariés avant de faire des propositions. » « Évidemment, le matériel et les formations permettant de répondre à ces TMS ont un coût pour la direction, explique Yvon Le Bideau, mais nous leur avons rappelé que les arrêts maladie, les maladies professionnelles ont aussi un coût non négligeable. » Les CHSCT obtiennent alors de la direction qu’elle mette en place des formations « gestes et postures » destinées aux femmes de chambre. Progressivement, des équipements de protection individuels tels que des ceintures abdominales leur sont aussi proposés.

Les CHSCT négocient que les chambres soient équipées d’ergolits, des lève-lits évitant aux salariés de se baisser pour changer les draps ou passer l’aspirateur. « Avec les formations gestes et postures, les équipements de protection individuels et l’arrivée des ergolits, on a résorbé 90 % des TMS des femmes de chambre », explique Jean-Luc Palaud. Pour les hydrothérapeutes, le CHSCT de l’Institut de thalassothérapie négocie des changements de poste toutes les deux heures afin de soulager les salariés. « On a mis une dizaine d’années à résoudre le problème », souligne la DS Colette Le Bail.

Montée en gamme + crise économique = retour des TMS

Mais, au début de 2010, deux événements majeurs remettent en cause ces avancées. La crise, d’abord. « La fréquentation a baissé. Surtout, elle est devenue très irrégulière et plus compliquée à planifier, observe Julien Bosquaux, membre du CHSCT du Sofitel Thalassa. On pallie en prenant des séminaires, ce qui rééquilibre un peu, mais nos activités restent malgré tout en dents de scie. »

Deuxième événement : les deux hôtels passent de 4 à 5 étoiles en 2010-2011. Les travaux vont durer neuf mois, durant lesquels les établissements sont fermés. « On a négocié un accord afin de profiter de cette période pour former les salariés aux nouvelles conditions de travail, nouveaux logiciels, nouveaux appareils mais aussi pour que les militants bénéficient de formations syndicales », raconte Pascal Sourget. Cette montée en gamme implique de nouvelles exigences : tenue et politesse irréprochables, distance avec les clients, etc. Si l’on ajoute à cela une fréquentation moins planifiable et une baisse des effectifs, les effets sur les salariés sont immédiats : les TMS font leur grand retour, augmentés de risques psychosociaux.

« J’ai des problèmes de bassin, de cervicales et je suis stressée », déplore Agnès Yhuel, femme de chambre de 44 ans qui travaille là depuis 1999 et avoue ne pas utiliser les ergolits : « Ils sont trop lourds, trop vieux. » Le matériel a vieilli, en effet, constate le CHSCT. Au cours de la rénovation, des armoires d’étage ont été aménagées dans lesquelles le linge est entreposé. Les femmes de chambre font moins d’allers-retours et sont aidées d’équipiers qui apportent tout le matériel nécessaire dans la chambre. Mais cette aide nouvelle a ses contreparties. « Il faut aller plus vite, finir plus tôt », explique Séverine Le Roch, qui a le sentiment de moins bien travailler qu’auparavant et connaît maintenant des maux de dos, des tendinites.

“Pétages de plombs et arrêts maladie”

De plus, les équipiers à leur tour connaissent des difficultés. « J’ai perdu 20 kilos au cours des sept premiers mois », se souvient Christophe Decroix, équipier depuis trois ans. Ils sont deux autres comme lui au Sofitel Thalassa, mais avec les congés « on n’est jamais trois », regrette-t-il.

La pression se fait plus forte partout. « Les gens des services du personnel connaissent de gros problèmes depuis un an avec l’arrivée d’ADP, le nouveau logiciel de paie, explique Alain Ruault, du CHSCT de l’Institut. L’accompagnement et la formation ont été totalement insuffisants. Les salariés se sont retrouvés à travailler le soir et le week-end chez eux pour un résultat… médiocre. On a dû faire face à des pétages de plombs et des arrêts maladie. » « Ce logiciel a fait des dégâts dans tous les hôtels du groupe Accor où il a été installé », a constaté Pascal Sourget, qui siège au comité de groupe.

Bref, l’heure est venue de remettre l’ouvrage syndical sur le métier. « Nous avons recommencé les observations et les auditions avec l’Aract. Nous ferons bientôt des propositions, explique le DSC. Il nous faut d’abord un diagnostic sérieux. » Au-delà, il met en lien la dégradation des conditions de travail et l’évolution du groupe Accor. « La rationalisation des coûts, les suppressions de services et de personnels, les exigences de rentabilité sont les marques visibles des deux actionnaires principaux, Colony Capital et Eurazeo, des investisseurs américain et européen qui détenaient récemment encore 21 % du capital du groupe et qui aujourd’hui se désengagent. » Est-ce le début de grandes manœuvres financières dans l’hôtellerie ? En attendant, à Quiberon, la CFDT ne va pas se contenter de voir les conditions de travail se dégrader.

dblain@cfdt.fr

* Aract : Association régionale pour l’amélioration des conditions de travail.