Textile : Vivarte sabre dans ses emplois

Publié le 10/04/2015

Au moins 1 600 salariés, déjà précarisés, vont faire les frais d’une gestion hasardeuse et d’une stratégie mal ficelée qui ont conduit le groupe à s’endetter. Fragilisé, il est devenu la proie de fonds de pension spéculatifs. 

La Halle aux Vêtements, André et Kookaï : le groupe Vivarte (17 000 salariés) a annoncé le 7 avril la suppression de 1 600 postes dans ces enseignes. La direction prévoit la fermeture de 174 magasins La Halle aux Vêtements sur 620, avec 1 500 emplois supprimés sur 4 000, 34 magasins André, soit une centaine de suppressions de postes sur 500, et une trentaine de postes supprimés chez Kookaï. « En réalité, ce sont 244 magasins qui sont sous le coup d’une fermeture, affirme Jean-Louis Alfred, le représentant CFDT* au comité de groupe. La direction présente les choses comme si 70 de ces magasins étaient d’ores et déjà repris par la Halle aux Chaussures et d’autres repreneurs, avant même que l’on ait discuté du PSE [plan de sauvegarde de l’emploi]. » Le syndicaliste craint que « ce ne soient là que des préliminaires. Vivarte est sous le contrôle d’Oaktree et Alcentra, des fonds de pension spéculatifs sans esprit entrepreneurial. Ils veulent restructurer le groupe pour le revendre ».

Un milliard d’euros d’intérêt de la dette

Les difficultés de Vivarte, qui a vu trois PDG se succéder en quatre ans, ne sont pas nouvelles. Manque d’anticipation, ratage du virage technologique, saturation du marché français, stratégie de montée en gamme mal ficelée ont conduit le groupe à fermer une centaine de magasins dès 2013. Dans un tel contexte, la révélation des indemnités de départ du précédent PDG, Marc Lelandais, s’élevant à 3 millions d’euros (ce que l’intéressé dément) apparaissent scandaleuses. « Si c’est vrai, c’est effectivement un scandale, juge Jean-Louis Alfred, mais il en est un autre bien plus grave : c’est le milliard d’euros que le groupe a versé entre 2007 et 2011pour rembourser les intérêts de sa dette. » Pour finir en 2014, le rachat d’une grosse partie de cette dette permet aux fonds de pensions Oaktree et Alcentra d’entrer au conseil d’administration. « Aujourd’hui, plus aucune décision ne se prend sans eux », constate le syndicaliste.

Des salariés précarisés

En même temps que les suppressions de poste, le nouveau PDG, Richard Simonin, a annoncé un retour à la stratégie de bas prix qui a fondé le succès de la Halle aux vêtements avec des produits destinés à une clientèle populaire. En attendant plus de 1 600 salariés – essentiellement des temps partiels, souvent des femmes vivant sous le seuil de pauvreté – vont faire les frais de cette gestion hasardeuse. La CFDT, avec l’intersyndicale du groupe, entend défendre au mieux les intérêts de ces salariés dans la négociation d’un accord-cadre qui commencera le 15 avril.

dblain@cfdt.fr

 

La CFDT est 2e organisation syndicale avec 29,75 % des voix derrière la CGT à 31 %.

  


Vivarte en chiffres

Le groupe Vivarte rassemble 16 marques dont La Halle, André, Naf Naf, Minelli, San Marina, Kookaï, Caroll, Pataugas, Chevignon, etc. Il emploie 17 000 personnes dans 4 800 points de vente. Son chiffre d’affaires annuel est de 2,7 milliards d’euros.