Starbucks, la petite section CFDT qui monte…

Publié le 08/09/2014

Créée en 2012 pour lutter contre les abus d’une direction toute-puissante, la section CFDT de Starbucks est devenue incontournable en obtenant 46,3 % des voix aux dernières élections professionnelles. La jeune équipe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

« Honnêtement, je n’aurais jamais imaginé que cela me plaise autant. » Délégué syndical CFDT de Starbucks depuis seulement quelques mois, Mouhamed Touré est un militant débordé mais heureux. « J’y passe beaucoup de temps, je sacrifie une partie de ma vie de famille, mais lorsque l’on voit concrètement ce que l’on apporte aux salariés, on se dit que ça vaut le coup. On est fier du travail accompli. »

   


Une approche directe mais constructive
Les salariés de Starbucks le savent : lorsque la CFDT a quelque chose à dire à la direction, elle n’y va pas par quatre chemins. Cette approche directe, qui fait sa marque de fabrique, ne l’empêche pas d’adopter une démarche constructive. « Nous sommes conscients de ne pas avoir les mêmes intérêts, mais nous recherchons en permanence un terrain d’entente. Chacun est dans son rôle », résume Mouhamed.

Un travail d’équipe
Bien que peu expérimentés, les militants forment déjà une équipe structurée qui se réunit régulièrement. Mouhamed, devenu délégué syndical à la suite du départ de Cédric, a prévu la personne qui pourrait lui succéder en cas de besoin. Le nombre croissant de salariés qui demandent à prendre des responsabilités syndicales atteste du dynamisme de la section.

Une communication efficace
Les élus utilisent leurs heures de délégation pour faire la tournée des établissements afin de recueillir l’avis des salariés. Chaque mois, ils font remonter les problèmes soulevés lors d’une réunion avec la direction. Pendant ces tournées, ils récupèrent les adresses e-mail des collègues qui le souhaitent. Ils n’ont pas encore réussi à réunir l’ensemble des adhérents CFDT du groupe, mais en ont le projet.

   

Manager dans un des cafés parisiens de la multinationale américaine, Mouhamed n’avait jamais pensé militer dans une organisation syndicale avant de rencontrer, il y a un peu plus d’un an, un autre manager de café bien décidé à lutter contre l’arbitraire des décisions prises par la direction française de Starbucks.

Une rencontre décisive pour l’engagement syndical

« À l’approche des élections professionnelles de 2013, Cédric m’a demandé de rejoindre l’équipe qu’il était en train de constituer. Il m’a expliqué son projet pour les salariés, mais aussi le rôle des organisations syndicales, les valeurs défendues par la CFDT et les risques que cela comportait pour ma carrière dans l’entreprise. J’ai été conquis. »

Quelques semaines plus tard, Cédric, Mouhamed, mais aussi Ebenezer, Johanna, Faiza, William, Jérôme et les autres se sont donc retrouvés sur les routes de France afin de mener leur première campagne électorale. Grâce au bouche-à-oreille, aux collègues de collègues et aux amis d’amis, Cédric réussit son pari : créer une équipe soudée pour implanter la CFDT dans une entreprise qui n’avait aucune culture de dialogue social. « Nous avons visité les cent cafés implantés sur tout le territoire pour distribuer notre tract », se souvient Mouhamed. Au programme : écoute des salariés, lutte contre les décisions arbitraires, respect des temps de pause et revalorisation des salaires. « Starbucks s’est développé très vite en France sans forcément respecter toutes les règles conventionnelles, souligne Mouhamed. Il était temps qu’un véritable dialogue social s’instaure. »

L’initiative a été bien accueillie par toute l’entreprise… à l’exception de la direction, qui est allée jusqu’à susciter la candidature d’autres organisations syndicales et a fini par voter avec ces dernières pour empêcher la CFDT de diriger le comité d’entreprise, en dépit de ses 46,3 % de voix obtenues aux élections.

Une direction qui prend enfin la section CFDT au sérieux

Heureusement, ces débuts peu glorieux s’apparentent aujourd’hui à de l’histoire ancienne. Depuis, la direction a changé, les ressources humaines se sont professionnalisées, et il semblerait que la présence de la CFDT ne soit plus synonyme de cauchemar. « Ils ont compris que nous étions costauds et avions toute une organisation derrière nous, souligne Mouhamed. Très vite, quand nous avons commencé à faire remonter des problèmes en réunion, la direction nous a pris au sérieux. C’est même elle qui communique à présent sur l’importance pour Starbucks de respecter les règles qui étaient, quelques mois auparavant, largement contournées. »

Avec environ 300 adhérents, la section CFDT est ainsi devenue incontournable et continue de se structurer à grande vitesse, notamment grâce à la formation syndicale. Même le départ de Cédric de l’entreprise n’a pas freiné la dynamique. Mouhamed lui a succédé comme délégué syndical et il vient de signer – non sans émotion – deux accords avec la direction. L’un sur le droit syndical ; l’autre, beaucoup plus important aux yeux de l’équipe, sur l’égalité professionnelle. Grâce à la CFDT, les employées en congé maternité passent aujourd’hui un entretien avec les ressources humaines, un mois avant leur reprise de poste, afin d’organiser au mieux leur retour.

Cela peut paraître peu, mais les salariées qui ont connu des mutations à l’autre bout de la région, avec tous les problèmes de garde que cela implique, savent l’importance de tels accords. « Le jour où l’on paraphe le document, cela fait vraiment quelque chose, avoue le jeune délégué syndical. On se dit qu’on améliore concrètement la vie des salariés. »

La négociation sur les salaires se profile à l’horizon…

Dans quelques semaines, une autre négociation va commencer, et ce n’est pas la plus simple : celle sur les salaires. La CFDT demande un treizième mois ; la direction répond par un système complexe de don d’actions : les discussions risquent d’être compliquées, mais la section compte bien trouver un terrain d’entente. « L’important, c’est d’être crédible aux yeux de la hiérarchie, conclut Mouhamed. Lorsque la direction nous dit quelque chose, elle sait aujourd’hui, d’une part, que nous allons tout vérifier et, d’autre part, que nous pouvons nous faire aider par toutes les structures CFDT. Après, nous verrons bien où nous mèneront les discussions. »

jcitron@cfdt.fr

   


Du café et des chiffres

Starbucks Logo 2011
  • Avec plus de 18 000 salons dans 61 pays, Starbucks est le premier torréfacteur et revendeur de café au monde. La compagnie ouvre en moyenne 2 points de vente par jour depuis 1987. Elle emploie près de 150 000 salariés.
  •  L’entreprise s’est implantée en France en 2004. Elle compte aujourd’hui une centaine d’établissements et plus de 1 000 employés. Depuis peu, la marque se développe en franchise (20 % des établissements environ).
  • La CFDT est la première organisation syndicale avec 46,3 % des voix, devant FO et la CFTC.