Socopa Cherré : Ensemble, c’est tout

Publié le 06/08/2020

Dotés d’un fonctionnement propre, assoiffés de proximité avec les salariés, les élus de Socopa Cherré démontrent que le syndicalisme est avant tout un sport collectif. Aux dernières élections, les salariés ne s’y sont pas trompés.

Heureux, le coordinateur CFDT du groupe Bigard, Bruno Beunardeau, peut enfin souffler un peu. Ça fait dix-huit mois qu’il arpente sans relâche la cinquantaine de sites du leader français de la filière viande pour suivre la mise en place des comités économiques et sociaux (CSE) issus des ordonnances Travail. En novembre, sept sites tenaient encore leurs élections. Le résultat de ce marathon est sans équivoque. « On est rincés mais cela en valait la peine : quasiment partout, la CFDT est majoritaire. Et nous dépassons les 50 % des voix dans une quinzaine de sites du groupe », lâche-t-il.

Socopa Cherré fait partie de ceux-là. Dans cet abattoir sarthois, la CFDT a obtenu 60,91 % des voix et 24 des 32 sièges au CSE. Une performance qui peut s’expliquer tant par sa préparation que par son organisation. « L’annonce de la mise en place de cette nouvelle instance a été un électrochoc, admet volontiers Tatiana Fournier, secrétaire du CSE. Mais on ne s’est pas laissé démonter. On a mis en place un groupe de travail et discuté ensemble du type de dialogue social que nous voulions construire pour Cherré avec la section et des actions à mener. »

Complémentarité et proximité

Développement tous azimuts
Pour maintenir un bon rapport de force et améliorer sa représentativité, la section mise depuis 2009 sur un développement global, en investissant pleinement les collèges cadres et agents de maîtrise tout en continuant à se développer dans le collège employés. Chaque adhérent est d’ailleurs invité à faire adhérer deux salariés par an. Un objectif globalement tenu, qui permet aujourd’hui à la CFDT d’afficher un taux de syndicalisation de 21 %.

La pénibilité, priorité en 2020
Malgré plusieurs accords signés depuis 2011, la reconnaissance de la pénibilité n’est pas homogène au sein du groupe Bigard. À Cherré, les élus ont été alertés par les salariés sur l’iniquité de traitement ou d’attribution de points sur le compte pénibilité. « Des problèmes similaires, remontés en CSE sur le site de Charal Cholet, ont pu être réglés. Il n’y a pas de raison que cela ne marche pas ici », affirme Bruno, coordinateur CFDT du groupe.

Défense syndicale estampillée CFDT
À Cherré, 90 % de la défense syndicale est assurée par la CFDT. Un taux plus qu’enviable et reconnu tant par les salariés que par la direction. « Ce résultat, nous le devons à notre présence sur le terrain ; les salariés nous identifient comme un interlocuteur fiable, à l’écoute. Mais nous devons veiller à ne pas nous laisser enfermer dans ce seul rôle et être toujours force de proposition », précise Gaëtan, élu à la commission santé, sécurité et conditions de travail.

Ces actions tournent toutes autour des deux mots d’ordre suivants : complémentarité et proximité. Partant du principe que le développement est l’affaire de tous, chaque élu s’y implique, quel que soit son mandat. « On fait attention au cumul des mandats et à ce que chacun ait une compétence spécifique dans un domaine qui l’accroche. Cette complémentarité nous assure un meilleur suivi des dossiers », développe Gaëtan, qui entame son second mandat comme élu CSSCT (commission santé, sécurité et conditions de travail).

Si la diversité des profils constitue le socle de fonctionnement de la section, la proximité en est le moteur. La section l’assure : 90 % du temps syndical est consacré au terrain et à l’écoute des difficultés rencontrées par les salariés. « Quand il est question de sécurité, on ne transige pas, quitte à faire stopper les lignes de production. Mais c’est parce que l’on est présent tant pour soulever les problèmes que pour améliorer le quotidien des salariés que l’on obtient des résultats auprès de la direction », explique John-William Destholières, élu CSSCT. L’information aux salariés témoigne de la même exigence de la part des élus, qui organisent des opérations de tractage entre 5 et 14 heures de manière à toucher tous les salariés ou des cafés-accueil pour, là encore, prendre le temps d’échanger avec les salariés. À cette proximité quotidienne la section a adjoint des actions coup de poing tous les deux mois, des tournées pendant lesquelles les élus se rendent dans l’un des secteurs (abattage, désossage, conditionnement…) qui n’est pas leur secteur d’origine. « Cela permet aux salariés d’identifier tous les élus et à ces derniers de découvrir des problématiques qu’ils ne soupçonnent pas forcément mais qui peuvent avoir une incidence sur d’autres services », explique Tatiana.

Une section avec ouvriers, agents de maîtrise et cadres

Mais tous le reconnaissent : sans le groupe Bigard, certains dossiers n’avanceraient pas. Bruno se souvient d’une époque où le dialogue social ne faisait pas recette dans l’entreprise et où la vie syndicale était compliquée. « Les cadres et les agents de maîtrise ne s’adressaient que rarement aux représentants du personnel. Et la peur de se syndiquer était réelle. Moralité, notre section était composée quasi exclusivement d’adhérents ouvriers. » Ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui. La section compte 290 adhérents répartis dans l’ensemble des collèges. Et ne compte pas s’arrêter là !

Une CFDT extrêmement présente sur le terrain

Le rachat de Socopa par le groupe en 2009 et le changement de direction ont également été dans le sens d’une plus grande liberté de fonctionnement accordée aux organisations syndicales. La CFDT a su en tirer profit, en se montrant sur le terrain. Les élus peuvent en outre s’appuyer sur l’accord de dialogue social qui prévaut dans le groupe depuis 2012. Celui-ci vient d’ailleurs d’être renégocié pour tenir compte des nouvelles règles liées à la mise en place des CSE, permettre une meilleure mutualisation des moyens et accompagner la formation syndicale des plus petites entités du groupe. La section souhaite en parallèle faire bouger les lignes pour les suppléants qui n’ont pas d’heures de délégation. « Nous avons voulu que chaque titulaire donne six heures par mois à son suppléant pour lui permettre de participer aux instances. C’est inscrit dans notre cahier revendicatif », résume Tatiana.

Cette complémentarité et cette mutualisation des moyens participent à la cohésion entre les élus, qui ont dû apprendre à travailler à vingt-quatre. Leur secret : la formation syndicale. Déjà, en 2016-2017, l’ensemble de l’équipe CFDT en place a suivi la formation « Proposer l’adhésion » assurée par l’Union départementale de la Sarthe. Une pratique qu’ils ont poursuivie bien après les élections de 2017. « Le fait que nous nous soyons formés ensemble est une vraie force, plaide Tatiana. Du coup, on propose aux nouveaux élus de faire la formation “Connaître la CFDT” en équipe. » Neuf d’entre eux participaient à ce titre, il y a quelques semaines, au rallye pédestre de la FGA-CFDT, une journée dédiée aux nouveaux élus qui ont un premier mandat dans le cadre de la mise en place des CSE (lire SH no 3708, p. 8). D’après Martine Paumard, cette formation a été un moyen de s’approprier le fonctionnement et les valeurs de la CFDT, mais surtout « l’occasion de découvrir des militants d’autres horizons de l’agroalimentaire et de créer des liens militants en dehors de la Socopa ».

Une antenne de proximité à La Ferté-Bernard

Proximité, cohésion, complémentarité : ces trois piliers, l’équipe a souhaité en faire bénéficier les salariés de Socopa, mais aussi en faire profiter d’autres salariés, plus isolés. Après des mois de tractation, l’Union départementale accepte en 2017 de mettre en place une antenne de proximité à La Ferté-Bernard dont les permanences seront assurées par les militants de Cherré. « Nous accueillons des salariés des usines voisines qui n’ont pas de présence syndicale au sein de leur entreprise et il nous arrive de donner rendez-vous aux salariés de Socopa, à leur demande, hors de notre lieu de travail », précise Tatiana. En un an, cette permanence a conduit à la création de quatre nouvelles sections CFDT dans les environs et a permis d’accompagner de nombreux salariés. « On nous parle souvent de circuit court. Nous, à Cherré, on s’est dit que cela pouvait aussi marcher pour le syndicalisme ! »

aballe@cfdt.fr

photo © DR

Repères

• Leader français de la filière viande, le groupe Bigard (Bigard, Charal et Socopa) compte 16 000 collaborateurs en France répartis sur 54 sites dont 28 abattoirs.

• À Cherré (Sarthe), les 1 429 salariés de Socopa abattent, désossent, découpent et transforment environ 23 000 tonnes de viande par an.

• En février 2019, la CFDT a obtenu 60,91 % des voix aux élections CSE (52,28 % en 2017) devant FO (29,32 %) et la CGC (9,77 %). La section compte 290 adhérents.