Violences sexistes et sexuelles : il est temps de passer du constat à l’action

Publié le 13/03/2019

Prévention du sexisme, accompagnement des victimes : les équipes syndicales s’emparent de ces sujets trop longtemps ignorés. Cette démarche volontariste implique formation et sensibilisation à tous les niveaux.

Deux ans après la déflagration #MeToo, les violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) sont toujours d’actualité. Ce sujet, la CFDT a décidé de l’investir pleinement. Côté juridique, la loi Avenir professionnel impose la présence de deux référents sur les violences sexistes et sexuelles, l’un désigné parmi les élus du comité social et économique (CSE), l’autre par la direction des ressources humaines dans les entreprises de plus de 250 salariés. Dans la fonction publique, l’accord sur l’égalité professionnelle de décembre 2018 rend obligatoire, par la négociation ou la concertation, la mise en place d’un plan d’égalité professionnelle prévoyant un dispositif de signalement des violences sexuelles. Mais pour que ces mesures soient effectives, les élus doivent se familiariser avec le sujet. « Les référents du CSE doivent impérativement être formés, insiste la secrétaire nationale Béatrice Lestic. La CFDT a créé avec l’Association contre les violences faites aux femmes [AVFT] un module de formation d’une journée et un guide pratique qui font référence. »

Deux cent cinquante militants bretons formés

L’union régionale de Bretagne a fait de cette formation une priorité. En juillet, l’URI gagnait un appel à projet sur le thème de la prévention des violences lancé par le secrétariat d’État chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes. « Nous avons conventionné avec l’AVFT, qui nous a apporté son expertise. Par ailleurs, Dominique Marchal, déléguée femmes confédérale, a formé une dizaine de responsables CFDT afin qu’ils animent des sessions de sensibilisation des militants à l’aide du micromodule confédéral sur les VSST », explique Karine Foucher, pilote du projet.

À ce jour, plus de 250 militants ont suivi cette session, à commencer par tous les membres du bureau régional, puis les militants des unions départementales et des syndicats. Les sollicitations se multiplient. Les syndicats Construction-Bois et Santé-Sociaux sont très motivés par le projet. « Les professionnels de la santé vivent un rapport au corps spécifique, qui induit des situations à risque », constate Karine. La direction de l’hôpital de Saint-Malo l’a contactée afin de mettre en place un plan de prévention et d’accompagnement avec la section CFDT. « La sensibilisation au sexisme et aux violences se diffuse à tous les niveaux, se félicite Karine. Les préventeurs et médecins du travail du comité régional d’orientation des conditions de travail [Croct], où nous siégeons, sont attentifs à l’avancée de nos projets. » L’étape suivante sera de constituer un réseau régional en partenariat avec les associations compétentes sur le sujet, les centres d’information sur les droits des femmes et des avocats, afin d’assurer un accompagnement intégral des victimes. « Il faut démystifier le sujet, souligne Karine. Et si l’on ne se sent pas capable d’accompagner une victime, il suffit de savoir vers qui l’orienter. »

Un avis partagé par Annick Ingert, du Syndicat Interco des services publics parisiens. Là, tout s’est accéléré depuis l’affaire Weinstein. En deux ans, la mise en place par le CHSCT d’un groupe de travail piloté par une psychologue du travail a permis de constituer une équipe formée, spécialisée dans l’écoute et l’accompagnement. « Nous avons reçu 200 appels en une année ; un cas sur dix relève de violences sexistes ou sexuelles à des degrés divers. Nous accompagnons les femmes qui le souhaitent jusqu’à ce qu’elles soient reconnues victimes et que l’administration leur propose une solution, explique Annick. Nous allons parfois jusqu’au dépôt de plainte et la demande de protection juridique auprès de l’administration. » Mais le plus important aux yeux d’Annick reste la prévention au quotidien. Le groupe de travail a élaboré un dépliant sur les définitions des agissements sexistes, les droits, recours et personnes à contacter. Celui-ci est régulièrement distribué auprès des 58 000 agents de la Ville de Paris.

Des interlocuteurs compétents

Même démarche chez Thales, où les membres du groupe de travail égalité professionnelle sont devenus des référents, avant même que la loi ne l’impose. « Nous sommes identifiés comme étant des interlocuteurs compétents sur la question des VSST et avons déjà pris en charge nombre de cas, explique Marie-Pierre André, secrétaire du CHSCT de Thales à Saint-Étienne. Pour les femmes victimes de harcèlement sexuel, le risque existe d’être licenciée ou placardisée. Je conseille de ne pas gérer seul ces dossiers mais de s’appuyer sur le collectif. » L’implication de tous est aussi la clé pour changer les mentalités.

mneltchaninoff@cfdt.fr

       


À la CFDT Air France, une campagne sur le long terme

« Les hommes, présents et solidaires, montrent l’exemple », affirme Sylvia Sales, chargée du dossier égalité professionnelle et formatrice VSST chez Air France. Dans cette entreprise où les secteurs d’activité sont très genrés et les propos sexistes courants, les hommes ont choisi de se mettre en première ligne à l’occasion du 8 mars dans une campagne sur les réseaux sociaux. L’engagement de tous les militants sur les VSST n’est pas nouveau. Déjà, lors du dernier accord sur l’égalité professionnelle, plusieurs pistes d’action avaient émergé : mise en place d’une campagne « #Osonsledire » pour libérer la parole des salariés en les encourageant à partager les remarques sexistes entendues au quotidien, coaching interne pour booster les carrières des femmes… Cette campagne autour du 8 mars se veut le prolongement du travail entrepris. Suivront des journées de sensibilisation et de formation des militants aux VSST. « On reprend le b.a-ba, dit Sylvie Sales : faire la différence entre harcèlement et agression, savoir ce qui est légal ou pas, apprendre à accompagner les victimes ; c’est notre rôle de syndicalistes, et nous devons être prêts. » Car selon le secrétaire du Spasaf (CFDT du groupe Air France), Christophe Dewatine, « c’est bien là le rôle d’une organisation syndicale : protéger les salariés dans tous les domaines, y compris des violences sexistes ».